Diffusé sur une chaîne australienne, un reportage montrant les réactions « des locaux » face au port du burkini par des australiennes sur une plage de Villeneuve-Loubet entend dénoncer le « racisme français » et « l’interdiction du burkini ».
Si la polémique autour du burkini a particulièrement agité la France cet été, elle est aussi partiellement retombée, notamment depuis la décision du Conseil d’État de suspendre son interdiction. Mais elle n’a pas fini d’alimenter les réactions à l’étranger. Ni les critiques. Ni les leçons de morales. En témoigne le reportage, diffusé par chaîne australienne Channel 7, dressant le portrait caricatural d’une France raciste tout en mettant en scène le voyage de Zeynab Alshelh, une jeune australienne musulmane, sous fond de musique dramatique.
Déterminée à « montrer sa solidarité avec les musulmanes françaises » et à défendre « la façon de vivre australienne », cette étudiante en médecine et judokate de 23 ans a décidé de porter son burkini -ce maillot de bain inventé par une couturière australienne- sur une plage de Villeneuve-Loubet. Cette ville du sud de la France, dirigée par Lionnel Luca (Les Républicains), avait été l’une des premières à interdire le port du burkini.
« Forcés de faire demi-tour »
« Juste après avoir posé les pieds sur cette plage française [avec des membres de sa famille, NDLR], ils ont reçu une leçon montrant jusqu’à quel point les locaux peuvent être hostiles envers les musulmans », lance la journaliste qui accompagne la famille, tout en filmant un homme leur demandant de « faire demi-tour » et de « partir » et une femme brandissant son pouce orienté vers le bas.
« On a été forcé de partir, on a été menacé par les locaux qui nous ont dit que si on ne quittait pas la plage ils appelleraient la police« , témoigne ensuite Zeynab Alshelh face caméra, visiblement émue.
Dans un article publié en même temps que la diffusion du reportage, Channel 7 n’hésite pas à déclarer que « le sentiment antimusulman (…) est plus fort en France que dans n’importe quel autre pays ».Une affirmation illustrée par l’interview de Lionel Tivoli, président du groupe FN au Conseil municipal d’Antibes et seul politique français interrogé dans le reportage, qui affirme notamment que « l’islamisme est responsable des attaques terroristes ».
Certains s’indignent que l’on ose comparer les attaques dont les musulmans sont aujourd’hui l’objet à l’antisémitisme d’autrefois. Il ne s’agit bien évidemment pas de la Shoah, auquel cas le parallèle serait effectivement scandaleux.
Mais le discours islamophobe qui gagne chaque jour un plus de terrain ressemble en tous points aux théories antisémites qui fleurissaient en France dans les années 30 : il repose sur une base largement fantasmatique à laquelle une construction savante donne les apparences de la vérité et de l’évidence. Il essentialise et stigmatise une population prise dans son ensemble. Enfin, il est soutenu et développé par des figures majeures du paysage intellectuel et politique.
Au final, l’opinion finit par être persuadée de l’existence d’un « problème musulman » comme on avait réussi naguère à la convaincre de l’existence d’une « question juive ».
GUILLAUME WEILL-RAYNAL : Ancien avocat, essayiste. Il est l’auteur d’Une haine imaginaire (2005) et des Nouveaux Désinformateurs (2007), parus aux éditions Armand Colin.
Une Australienne musulmane portant un burkini a affirmé avoir été forcée de quitter une plage à Villeneuve-Loubet dans le sud-est de la France, mais la mairie s’est défendue en jugeant son attitude provocatrice. Zeynab Alshelh, étudiante en médecine de 23 ans, a affirmé à la chaîne de télévision australienne Channel 7 que son voyage récent en Europe visait à montrer sa solidarité avec les musulmanes françaises en portant à la plage ce maillot de bain intégral avec voile, inventé par une couturière australienne.
Une vidéo diffusée par la télévision a montré d’autres baigneurs faisant des gestes inappropriés envers cette femme, assise sur la plage avec sa mère. « Nous avons été menacées par des gens qui nous ont dit que si on ne quittait pas la plage ils appelleraient la police », a-t-elle déclaré.
« Je suis sincèrement désolé pour cette jeune Australienne », a réagi le maire de la ville, Lionnel Luca, membre du parti de droite Les Républicains. Mais « elle aurait quand même pu peut-être se demander si les gens du coin n’étaient pas encore sous le coup de l’émotion de l’attentat qui a fait 86 victimes » en juillet à Nice, a-t-il ajouté. « Elle ne peut pas venir en toute innocence sur nos plages comme ça avec un habit religieux qui est le signe de l’intégrisme qui nous a meurtri« . « En rajouter, en pointant du doigt telle commune une fois rentrée au pays, je trouve ça aussi assez indécent », a-t-il précisé.
Le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative française, a suspendu en août un arrêté municipal prohibant le port du burkini sur les plages de Villeneuve-Loubet, y voyant « une violation illégale des libertés fondamentales ». Plusieurs villes, dont Nice, avaient pris cet été des arrêtés similaires, arguant de la nécessité de protéger l’ordre public.
La montée de l’islamophobie en Europe préoccupe les ONG. Après la récente charge du haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, contre les discours de haine des leaders populistes à l’encontre des musulmans et des réfugiés, le débat sur la place de l’islam dans les démocraties européennes prend de l’ampleur dans les enceintes onusiennes.
Idriss Jazairy, ex-ambassadeur d’Algérie auprès de l’ONU
A l’initiative du Geneva Centre for Human Rights Advancement and Global Dialogue, dirigé par Idriss Jazairy, ex-ambassadeur d’Algérie auprès de l’ONU, plusieurs personnalités issues du monde musulman ont tenté de mener, en marge de la session du Conseil des droits de l’homme, une réflexion de fond sur la question.
Les attentats commis au nom de l’islam ont causé de terribles dégâts dans les opinions publiques. «Pour les musulmans, c’est la double peine», déplore Idriss Jazairy. «Ils sont à la fois victimes du terrorisme dans le monde arabe et aussi, avec d’autres innocents, en Europe, où ils sont confrontés en outre à la montée d’un populisme qui suscite la peur de l’autre.»
«Il faut que les médias arrêtent d’employer le terme de combattants musulmans à propos des terroristes», exhorte Hanif Hassan Ali Al Qassim, qui préside le conseil d’administration de l’ONG. «Nous devons privilégier le dialogue entre les cultures et les religions. Nous voyons bien que cette peur de l’autre conduit à des décisions absurdes sur le voile et le burkini», explique-t-il.
Pour Zidane Meriboute, auteur de l’étude Les musulmans en Europe. La voie vers l’harmonie sociale, les discriminations dont les musulmans ont été et sont la cible aujourd’hui sont anciennes. Pire, explique-t-il, le moteur de la doctrine des mouvements populistes européens serait l’humiliation des communautés musulmanes fondée sur le racialisme. Tous les intervenants sont d’accord pour dire qu’il faut déconstruire le discours de haine et de peur pour trouver le chemin du vivre-ensemble. Mais pour cela, disent-ils, les pays européens doivent accepter qu’une partie de leur population puisse pratiquer la religion musulmane en toute sérénité.
Idriss Jazairy préconise pour l’Europe «une laïcité inclusive soucieuse des droits de l’homme et non un laïcisme marginalisateur». Malheureusement, si elle s’est fait l’écho de la préoccupation des musulmans, cette conférence n’a pas donné lieu à un vrai débat avec des représentants de pays européens.
Les salariés dont l’apparence signale une origine étrangère ont davantage d’obstacles à surmonter au cours de leur vie professionnelle que les autres. Comme le souligne une étude du Défenseur des droits publiée lundi, ceux qui sont perçus comme « arabes » doivent plus fréquemment se justifier de leur religion réelle ou supposée, tandis que les personnes identifiées comme « noires » sont, elles, plus souvent réduites à la couleur de leur peau.
Après le sondage « sur les musulmans » du JDD qui a fait grand bruit tout au long du week-end, le Défenseur des droits Jacques Toubon publie, lundi 19 septembre, une étude sur les discriminations liées à l’origine dans l’accès à l’emploi (la lire ici) « Accès à l’emploi et discriminations liées aux origines ». Il est possible qu’elle attire moins l’attention, alors qu’elle est des plus intéressantes.
Ce Juif marocain explique qu’il veut vivre dans son pays d’origine, le Maroc en tant que Juif après qu’on lui ai demandé pourquoi il choisit de rester là et ne pas faire son Alya.
«Je vis dans le Mellah, entouré de plus d’Arabes et de musulmans que tout autre Juif dans le monde, mais je me sens plus à l’aise, plus sûr, ici, que partout ailleurs où j’ai vécu …».
Son interlocuteur lui répond : “…. il y a d’autres pays où vous pourriez vivre … .vous aimerez vous déplacer dans l’un de ces pays?
«Je suis 100% marocain. Mes ancêtres ont vécu au Maroc depuis 2500 ans … et [aussi de] l’expulsion d’Espagne en 1492. Peu importe ce qu’on dit, ceci est une terre juive et ma terre ….
Permettez-moi de vous expliquer, je ne vais pas aller en Israël, je ne vais pas aller en Amérique ou en France. Je dois tout à cet endroit …. Je possède le seul restaurant casher [Restaurant Dar Ima] à Marrakech.
Nous avons une grande synagogue, avec un [service de prière] et le minyan chaque jour …. Dans certaines villes, il y a beaucoup de Juifs, et ils ne sont pas intéressés par le minyan. Pas ici….
A New York, quand je vivais parmi les Hassidim de Satmar , j’ai vu qu’ils avaient une synagogue où ils avaient minyanim directement à partir de six heures du matin jusqu’à minuit …. Mais je ne me sentais pas la bienvenue parmi eux … Ils ne m’ont jamais accepté ….
Ici, tout le monde est le bienvenu, j’ai de la nourriture casher, je fais le Shabbat, j’ai toujours un minyan, et je vis dans un pays qui …. [Mais pas parfait] m’accepte …. J’ai toujours senti la bienvenue à Marrakech …. C’est une ville étonnante. C’est la ville de ma naissance ».
Absence de communautarisme : 78% des musulmans voteraient pour un président non musulman
4. l’absence d’un communautarisme musulman généralisé : 78 % des enquêtés qui se déclarent musulmans – inscrits sur les listes électorales – disent qu’ils ne votent pas systématiquement pour un candidat musulman aux différentes élections.
Un rapport réalisé par Hakim El Karoui à partir d’une enquête commandée à l’Ifop par l’Institut Montaigne met en évidence la bonne intégration de la population musulmane, mais aussi l’inquiétante rupture des plus jeunes avec les valeurs républicaines.
Comment les musulmans vivent-ils en France? Quels sont leurs rapports à l’islam, à la société, à la politique et aux lois de la République? Un rapport réalisé par Hakim El Karoui à partir d’une enquête commandée à l’Ifop par l’Institut Montaigne – cercle de réflexion privé d’obédience libérale – et publié en exclusivité par le JDD –, apporte à ces questions des réponses d’une précision inédite. Pendant neuf mois, l’Institut Montaigne (qui milite depuis longtemps en faveur des statistiques ethniques et du CV anonyme) a fait interroger la population musulmane sur des dizaines de points, sous le contrôle scientifique d’Antoine Jardin, docteur en science politique et ingénieur de recherche au CNRS. C’est ainsi un autoportrait rigoureux et original des musulmans qui se dégage, avec ses surprises, ses confirmations et ses contradictions.
Moins nombreux qu’on ne le dit, mais des jeunes
Ils seraient entre 3 et 4 millions. L’Institut Montaigne ose un chiffre sur la présence – souvent fantasmée – de musulmans dans notre pays. On est loin des 8% à 10% de la population brandis par les théoriciens catastrophistes du « grand remplacement ». Selon l’Ifop, ils représenteraient 5,6% des plus de 15 ans vivant en France, et 10% des moins de 25 ans. Il s’agit donc d’un groupe social particulièrement jeune : 84% ont moins de 50 ans. L’âge moyen s’établit à 35,8 ans (il est de 53 ans chez ceux qui se déclarent chrétiens et de 43 ans pour les « sans religion »).
Le Halal et le voile, marqueurs d’identité
La consommation de viande halal apparaît centrale dans la vie des musulmans de France : 80 % des pratiquants et 67 % des non-religieux considèrent que les enfants devraient pouvoir manger halaldans les cantines scolaires – avis partagé quels que soient le niveau d’études, la situation professionnelle et l’âge. Les musulmans sont plus divisés sur la question du voile, qui reste cependant un point de convergence identitaire : 60% des sondés estiment que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile à l’école et au collège contre 37% des non-musulmans…
Ils fréquentent peu les lieux de culte et ignorent le CFCM
Un tiers des musulmans ne se rendent jamais à la mosquée, un tiers pour les fêtes religieuses, 29% s’y rendent chaque semaine dont le vendredi et 5 % quotidiennement. Ces chiffres méritent d’être médités, au moment où le gouvernement tente une nouvelle fois d’organiser l’islam de France autour des lieux de culte. La plupart des musulmans (68%) ne connaissent pas le Conseil français du culte musulman (CFCM).
Il faut le regarder, car on entend peu, contrairement à ce qu’affirme l’ex-journaliste Françoise Laborde, de femmes voilées s’exprimer à la télévision. Et parce que ce dialogue va à l’encontre d’un fantasme et d’un amalgame de plus en plus présent dans la société, selon lequel les femmes qui portent le voile intégral seraient des graines de terroristes.
Vendredi, France Télévisions a publié sur son site Internet un reportage où l’on voit une femme en niqab dialoguer avec une autre femme, une Toulousaine, visiblement en colère. Alors que la première vient de déposer une gerbe de fleurs sur la promenade des Anglais, à Nice, en hommage aux victimes de l’attentat de juillet, la deuxième l’accuse de «provocation». La rencontre, précise France Télévisions dans l’article qui accompagne la vidéo, est fortuite.
«Vous n’avez pas l’impression de faire un peu de la provoc’, surtout là?», demande la touriste toulousaine. S’ensuit une conversation où Stéphanie Lécuyer, «une Française qui porte le niqab depuis vingt ans» précise le reportage, prône le dialogue entre femmes voilées et personnes non-voilées. «A un moment donné, il faut s’arrêter, et discuter. Et je pense que la meilleure des choses ça va être le dialogue avec le temps», dit-elle. Elle parle de paix, de respect, des paroles qui visiblement touchent la touriste, qui quelques minutes après déclare, très calme: «Si c’est votre idée, votre vie, il faut la vivre».
Elle commente également ses propres tweets, dans une sorte de drôle de dialogue de Laborde avec elle-même. Car si Françoise Laborde ne veut pas qu’on dialogue avec une femme en niqab, elle ne semble pas non plus vouloir dialoguer avec quiconque ne partage pas son avis:
Une «mise en scène»?
Qu’est-ce qui énerve Françoise Laborde? Plusieurs choses. D’abord, le fait que selon elle le reportage est une«mise en scène». Stéphanie Lécuyer a été contactée via Rachid Nekkaz, homme d’affaires et militant politique algérien qui paie les amendes des femmes en niqab depuis la loi d’interdiction sur la dissimulation du visage dans l’espace public de 2010. On aperçoit d’ailleurs le militant présent à ses côtés au début de la vidéo. Une mise en scène que Françoise Laborde compare à la télé-réalité:
«Il s’agit de faire intervenir un élément extérieur inhabituel pour voir comment les gens réagissent: ici sur la Promenade des Anglais à Nice, il s’agissait d’amener sur place une jeune femme portant la burkha (sic) accompagné (sic) par un militant, et voir comment la population réagissait. Cette démarche est en soi détestable et n’a rien à voir avec le journalisme même si elle est de plus en plus pratiquée dans le cadre de ces émissions qui prétendent faire des enquêtes ou des contre-enquêtes», explique-t-elle sur Facebook.
Accordons-lui un demi-point là-dessus: oui, le sujet de France Télévisions ne dit pas que la femme en niqab n’a pas été croisée par hasard sur la promenade des Anglais. Si la rencontre est bien «fortuite» en un sens, comme le précise France Télévisions dans l’article qui accompagne la vidéo – puisque la touriste, elle, n’a pas été contactée par avance – elle ne l’est qu’à moitié. Il manque aussi sans doute quelques lignes de présentation pour expliquer qui est Stéphanie Lécuyer, régulièrement interviewée par les médias, et qu’Atlantico qualifie de «porteuse officielle de la burqa dans l’Hexagone depuis deux décennies» (sauf que non, il ne s’agit pas d’une burqa, raté, mais d’un niqab: la burqa comporte carrément un grillage à la place des yeux, et elle est portée essentiellement en Afghanistan).
Pour autant, le journalisme ne se limite pas à «prendre sur le vif» des conversations ou des scènes «naturelles», dans une illusion de naturel, d’ailleurs, car on sait depuis que la sociologie étudie les médias que le cadrage, notamment, est un parti-pris. Faire dialoguer des personnes qui ont des opinions différentes est une pratique récurrente, particulièrement quand il s’agit d’intellectuels en désaccord. On voit mal pourquoi, si on permet à Michel Sardou et Guy Bedos de dialoguer ensemble, ou à Marcel Gauchet et Philippe Meirieu, on le refuserait à une femme en niqab et une touriste en colère, toutes les deux venues sur la promenade des Anglais à Nice, quand bien même une de ces personnes aurait été contactée en amont, et l’autre rencontrée par hasard. D’autant que dans ce cas particulier c’est quelque chose que l’on voit rarement, ou plutôt même jamais, ce qui fait son intérêt, et que la vidéo ne véhicule aucun message d’incitation à la haine, au contraire.
«On imagine déjà dans ce contexte les résultats espérés par les initiateurs du reportage!», clame Françoise Laborde, qui insinue que France Télévisions aurait planifié de filmer des insultes. On ne sait pas, en réalité, ce qui s’est passé en dehors des images qu’on nous présente. Mais quoi qu’il en soit, ce ne sont pas des insultes et de la haine que France Télévisions nous livre, et il y a plutôt de quoi s’en réjouir, dans un contexte fortement marqué par les tensions.
On voit peu de femmes voilées à la télévision
Ce qui semble plus profondément gêner Françoise Laborde, c’est aussi tout simplement qu’on ait donné la parole à une femme en niqab. C’est ce qu’elle explique au HuffPost, affirmant que France Télévisions a selon elle depuis quelque temps «une fâcheuse tendance à faire témoigner des femmes en niqab, alors que de très nombreuses femmes musulmanes ne le portent pas mais ne sont jamais interrogées alors qu’elles ont une opinion intéressante sur leur société.»
On ne sait pas si par musulmanes, Françoise Laborde entend des musulmanes voilées, mais ce qui est absolument certain, c’est que les femmes voilées, de manière générale, sont très peu représentées à la télévision. Elles ne sont jamais invitées dans les émissions, ou alors très rarement, et si c’est le cas, c’est pour jouer le rôle de la «femme voilée». Si quelqu’un peut me citer une femme voilée invitée dans une émission de C’est dans l’air, ou sur le plateau du JT de France 2, pour parler d’autre chose que de son voile, bingo, il aura gagné tout mon respect, car cela ne doit pas être facile à dégotter. Pas étonnant dans ce contexte que des fantasmes et des idées reçues ne se développent autour des femmes voilées.
Hier, alors que je l’interviewais pour un tout autre sujet, ce n’est rien de moins que la présidente de Ni putes ni soumises, cette association qui a pour slogan les trois mots «laïcité», «mixité» et «égalité», qui me le confirmait: «On nous parle du voile à toutes les sauces, mais il n’y a jamais de femmes voilées à la télévision, elles sont invisibles», me confiait-elle. Et il n’y a pas besoin d’enquête du CSA pour s’en rendre compte: à la télévision, les femmes voilées n’ont jamais la parole.
C’est donc pour cela que le document de France Télévisions est important, parce qu’il permet de faire se confronter la vision forcément fantasmée du spectateur, qui s’identifie à la touriste, à la réalité vécue par une femme qui porte le niqab. Ce reportage permet de comprendre que non, le niqab n’est pas synonyme de terrorisme, et qu’on peut porter un voile intégral sans prêter allégeance à Daech, contrairement à un amalgame de plus en plus répandu. Il permet aussi de comprendre que certaines de ces femmes ont un caractère bien trempé, comme j’ai pu moi aussi m’en rendre compte en interviewant certaines d’entre elles, ce qui remet en cause l’idée totalement stéréotypée qu’elles seraient «soumises à leur mari». Il montre aussi qu’on peut se cacher derrière un long voile, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, avoir envie de dialoguer avec quelqu’un, ou avoir en tous cas envie de renvoyer aux spectateurs une image de dialogue. En bref, il ouvre à la complexité.
Oui, on doit interviewer des personnes dans l’illégalité
Un argument également relayé par Céline Pina, ex-élue PS qui s’est fait connaître en dénonçant le salon de «la femme musulmane» de Pontoise:
«Il se trouve que dès le début, on ressent une gêne intense: le niqab est interdit par la loi. Non seulement il est clair que se balader avec est une provocation, mais c’est même un délit»
Rappelons tout de même que ce n’est pas vraiment le niqab qui est interdit, et encore moins la burqa comme Françoise Laborde le dit (elle se trompe, encore une fois, ce n’est pas une burqa), mais la dissimulation du visage. Ce n’est pas l’objet religieux – ou considéré comme religieux – que le législateur sanctionne, mais le fait de se couvrir le visage, et de ne pouvoir être identifié. C’est à ce seul titre que le Conseil constitutionnel a validé la loi, malgré les mises en garde du Conseil d’Etat qui recommandait que les députés abandonnent leur idée de vouloir interdire le voile intégral dans l’espace public. Et c’est à ce seul titre que la Cour européenne des droits de l’homme n’a pas condamné la loi, tout en émettant des réserves.
Si le journaliste n’est pas un «animateur socioculturel» ou un militant, il n’est pas non plus un juge, chargé de l’application des lois, précisément. Oui, il doit interviewer des personnes qui sont dans l’illégalité, pour comprendre leurs motivations. Et il peut interroger le bien-fondé des lois, ou leur efficacité. Il n’a pas à être le bras armé des députés, à moins de tomber dans le pur et simple totalitarisme. Il faut interviewer des consommateurs de drogue, pour comprendre pourquoi et comment ils basculent dans la drogue. Il faut ou faudra, maintenant que la loi pénalise les clients de prostituées, comprendre pourquoi certains continuent à fréquenter des prostituées, pour tout simplement vérifier si cette loi est véritablement dissuasive, ou pas, et si oui, en quel sens. Et on pourrait multiplier les exemples.
On peut penser que Françoise Laborde, qui siège au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, qui défend l’avortement, n’est pas choquée par le fait que des journalistes aient interviewé, il y a quarante ans, des femmes qui bravaient la loi contre l’avortement. L’argument selon lequel un journaliste ne devrait pas interviewer quelqu’un qui commet quelque chose d’illégal est donc tout simplement irrecevable.
Mehdi, recalé sur le tarmac de Zaventem, porte plainte contre Ryanair pour comportement raciste.
Par son métier, Mehdi, 39 ans, a l’habitude de voyager. Ce samedi, il devait s’envoler à destination de Rome pour y rencontrer des fournisseurs. Sac sur le dos, Mehdi passe tous les contrôles habituels à l’aéroport de Zaventem avant d’arriver devant la porte de l’embarquement du vol Ryanair dont le départ est prévu pour 16 h 30. Mais voilà, Mehdi se fait refouler à la porte de l’entrée de l’appareil par l’hôtesse chargée d’accueillir les passagers.
Cette dernière refuse de voir Mehdi embarquer muni de son sac à dos. L’homme lui explique qu’on ne lui a fait aucune remarque jusque-là pour ce bagage à main mais l’hôtesse ne veut rien entendre et fait appel au pilote. « Intervenu, le pilote a eu une phrase terriblement choquante à mon égard. Il m’a dit :‘Avec vous, les Arabes, on a toujours des problèmes’. Je lui ai demandé de ne pas mettre tout le monde dans le même panier mais, tant lui que l’hôtesse ne voulaient rien savoir, pas même me laisser mettre mon sac à dos dans la soute à bagages .
Appel est alors fait à la police par le personnel de bord afin d’évacuer Mehdi de l’appareil, prêt à décoller. « Même les policiers intervenus sur place me disaient ne pas comprendre pourquoi mon sac posait un souci », affirme Mehdi, qui décide de se rendre dans le commissariat le plus proche de chez lui afin d’y déposer plainte contre l’hôtesse et le pilote de Ryanair pour comportement raciste.
« Il était hors de question que je laisse passer cela », s’exclame Mehdi, par téléphone depuis Rome. Notre passager refoulé est en effet parvenu à rejoindre la capitale italienne dès le lendemain, soit dimanche dernier, via la compagnie Jetair.« Mon épouse m’a trouvé un vol en partance d’Anvers. Je n’ai eu aucun souci et pourtant, je disposais du même sac à dos », assure celui qui a pu finalement arriver à temps à ses rendez-vous professionnels, non sans garder un très mauvais souvenir de son expérience avec Ryanair.
Contacté par nos soins, le porte-parole de la compagnie nous a fait la déclaration suivante.« Cet individu est devenu perturbateur au cours du processus d’embarquement et a refusé que son bagage à main soit stocké dans la soute de l’avion (il n’y a d’espace que pour les 90 premiers bagages à main dans la cabine).
L’équipage a donc fait appel à la police et cet individu a été débarqué de l’avion. Nous ne tolérerons aucun comportement indiscipliné ou perturbateur à tout moment et la sécurité et le confort de nos clients, de l’équipage et de l’avion restent notre priorité numéro un », nous précise Yann Delomez.
Prénoms « français » : quand Zemmour raconte n’importe quoi
C’est la rentrée : Éric Zemmour veut vendre des livres. Et pour vendre, quoi de mieux que de surfer sur les haines du temps en se saisissant d’un sujet qui n’en est pas un pour faire monter la mayonnaise en tapant à nouveau sur sa cible préférée, les musulmans de France. L’enjeu ? Après leur nourriture et leurs vêtements, voilà qu’il s’intéresse à leurs prénoms. Et raconte une nouvelle fois n’importe quoi.
Premier épisode le 6 septembre : sur France 5, Eric Zemmour affirme dans l’émission « C à vous » que « donner un prénom qui n’est pas un prénom français à ses enfants, c’est ne pas se détacher de l’islam. C’est vouloir continuer l’identité islamique en France ». Rien que ça.
Ravi de s’être taillé son petit succès, il fait rebelote sur LCI le 12 septembre – mais cette fois-ci Éric Zemmour, qui a eu le temps de potasser son sujet avec plus d’attention qu’il n’en consacre à la relecture de ses propres livres, s’appuie sur toute la rigueur de la loi, et pas n’importe laquelle : une loi de la grande époque napoléonienne s’il vous plaît :
« Un prénom français, c’est un prénom chrétien, cela vient d’une loi établie par Bonaparte » et abrogée (déplore-t-il) en 1993.
Le problème, c’est qu’Éric Zemmour s’arrange joyeusement avec la réalité d’un document historique, pariant sur le fait que les journalistes en face n’ont évidemment pas le temps ni les moyens de vérifier ses affirmations en direct. La loi qu’il évoque est pourtant un tantinet différente.
La « loi de Bonaparte » ne mentionne strictement aucun « prénom chrétien »
La fameuse loi qu’évoque Zemmour existe bel et bien. C’est la loi n°2614 du 11 Germinal an XI, ou plus simplement du 1er avril 1803, « relative aux prénoms et aux changements de noms ». Elle a effectivement été abolie en 1993 mais voici ce que disait son titre premier, article 1 :
« A compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms sur les registres de l’état civil destinés à constater la naissance des enfants ; et il est interdit aux officiels publics d’en admettre aucun autre dans leurs actes »
N’en déplaise à Éric Zemmour, il n’y a donc pas l’ombre d’une quelconque référence aux « prénoms chrétiens ». Ils y sont bien entendus compris : ce sont ceux de l’éphéméride catholique . Mais la loi parle bien DES calendriers et pour cause : le calendrier en vigueur N’EST PAS catholique ; c’est le calendrier révolutionnaire et ses prénoms savoureux : Philogon, Tydrique ou Télesphore pour les garçons ; Rusicule, Vénéfride ou Egobille pour les filles. Moderne, tellement moderne et si français.
Mieux : l’autorisation d’avoir recours aux « personnages connus de l’histoire ancienne » autorise de fait l’usage des prénoms de l’Antiquité grecque, romaine ou … persane : on doute que Sadi Carnot, dont le prénom vient d’un poète iranien, ait ainsi pu devenir président de la République en 1887avec un prénom illégal…
En revanche, Bonaparte n’aimait pas trop les prénoms juifs
Quitte à appeler Napoléon au secours de ses idées, il est bien étrange qu’Eric Zemmour n’ait pas fait allusion à une autre loi de Napoléon, en l’occurrence directement dirigée contre une autre religion que la religion musulmane : la foi juive.
Revenant sur le travail accompli par la Révolution, Napoléon revient à partir de 1807 sur les droits accordés aux citoyens de confession juive, accusés de maux qui évoquent de façon frappante ceux qu’on associe aujourd’hui aux Français musulmans. Les Juifs sont ainsi obligés de répondre à un questionnaire qui rappelle largement celui qu’un autre grand esprit, Nicolas Dupont-Aignan, voudrait imposer aux imams français : considèrent-ils la France comme leur patrie, sont-ils polygames, sont-ils prêts à se battre pour le pays, etc. Les Juifs, eux, ne cessent de réclamer qu’on revienne au seul respect du Code civil, qui ne prévoit aucune obligation particulière.
Napoléon ignore cette demande ; le 17 mars 1808, une loi vient durcir considérablement le statut des Juifs, dont la vie privée ou professionnelle devient soumise à une série d’autorisations. Le 20 juillet, deuxième lame : un décret impérial prévoit que dans les trois mois, tous les Juifs de France sont tenus de changer de prénom et de nom de famille. L’article 3 est limpide : « ne seront point admis comme nom de famille aucun nom tiré de l’Ancien Testament (…) Pourront être pris comme prénoms ceux autorisés par la loi du 11 Germinal an XI » – celle qu’évoquait donc Éric Zemmour comme un modèle à suivre.
Le résultat ? Même s’il est difficile d’évaluer la concrétisation de ces mesures, les préfets se penchent bel et bien sur la question et un peu partout, des officiers civils « francisent » les noms des citoyens juifs, parfois avec une imagination débordante : Jacob devient Julien, Isaac Low-Lowi devient Jacques Lion et Wolff-Lazard devient…. Daniel-Alexandre Pompet.
L’antisémitisme d’état et l’assimilation forcée voulue par une monarchie militaire, est-ce bien là l’idéal de société que porte Éric Zemmour ?
Traces de l’apartheid, scandale raciste pour la rentrée scolaire 2016 en Afrique du Sud. Un lycée huppé de Pretoria, capitale administrative du pays, principalement fréquenté par des enfants de la bourgeoisie blanche, interdit aux rares filles noires de venir les cheveux au naturel, en coiffure « afro », c’est à dire non lissés artificiellement.
« Des enseignants leur disent qu’elles ressemblent à des singes ou ont des nids sur la tête, a-t-il ajouté. Le règlement intérieur (…) doit être revu et dans l’immédiat, le paragraphe sur le style de cheveux doit être suspendu. »
Discriminations racistes en tout genre
Lors de leur rencontre avec les autorités provinciales, des élèves ont aussi affirmé ne pas être autorisées à parler dans l’établissement leur langue locale et être victimes de discrimination de la part d’enseignants et d’élèves blancs.
Le ministère a également dénoncé l’attitude du lycée qui a fait appel à la police et à des gardes armés lors d’une manifestation d’élèves noires coiffées de coupes afro et de tresses.
Mme Koketso Moeti de l’ONG Amandia Mobi n’est pas étonnée : « Cela montre qu’il reste des traces de l’héritage colonial dans notre système. On a pensé que mettre nos enfants noirs à l’école suffirait. Mais on n’a pas pensé que ces écoles avaient été conçues pour des blancs, avec de très vieux codes de conduite. »
Le lycée accueillait seulement des Blancs jusqu’à la fin officielle du régime raciste d’apartheid en 1994. Depuis, les élèves noirs et métis y sont admis.
La révolte des élèves du Lycée pour filles de Pretoria résonne dans toute l’Afrique du sud. Depuis que des étudiants ont accusé le corps enseignant du prestigieux lycée de Pretoria de racisme après avoir subi des remarques désobligeantes sur leur coupe de cheveux « afro », la colère s’est répandue. Au Cap notamment, où les élèves du lycée Sans Souci ont relayé le mouvement.
Soutenues par leur mère, les écolières exigent que les codes vestimentaires des écoles privées de la province du Cap soient assoupliset demandent l’autorisation de parler leur langue maternelle entre elles. « Ma fille a des cheveux épais et elle est obligée de se mettre de l’eau dessus tous les matins pour pouvoir être acceptée car ils n’autorisent aucune ‘afro’.
Ils ne les autorisent pas non plus à parler xhoza dans les couloirs ou pendant le déjeuner. On sait qu’il ne faut pas le parler en cours, mais en dehors, ils pourraient quand même pouvoir parler leur langue maternelle! » s’offusque une mère au micro de France 24. Le xhoza fait partie des 11 langues officielles d’Afrique du Sud, l’enseignement dans ces lycées privés est en anglais.
Le terme « exotique » est problèmatique
Déclarant avoir été contraintes de lisser artificiellement leurs cheveux, les manifestantes dénoncent une politique raciste et discriminatoire. « Ils utilisent le mot ‘exotique’ pour qualifier les cheveux en désordre. Mais ce terme est problématique : dire que le corps africain, sur le sol africain, est ‘exotique’, n’est pas la bonne définition. Quand ils disent qu’il faut que les cheveux soient propres et ordonnés, que veulent-ils dire ? », questionne Billie Jean Demas, ancienne élève du lycée venue prêter sa voix au mouvement.
Le président des Etats-Unis a nommé le premier juge fédéral musulman. Mais il est peu probable que le Sénat, contrôlé par les Républicains, confirme cette nomination
Le président des États-Unis Barack Obama a marqué l’histoire mardi en nommant le premier musulman au poste de juge fédéral.
« Je suis heureux de nommer M. Abid Qureshi pour siéger à la cour du tribunal de district des États-Unis », a déclaré Obama dans un communiqué. « Je suis convaincu qu’il servira le peuple américain avec intégrité et un engagement indéfectible envers la justice. »
Une valeur symbolique
Il est cependant peu probable que la nomination de M. Qureshi à la Cour de district des États-Unis soit retenue. Il ne reste que quelques mois avant la fin du mandat d’Obama et les républicains ont refusé de considérer les candidats judiciaires du président depuis plusieurs mois.
Mais la nomination présente une valeur symbolique : elle arrive au milieu d’une campagne présidentielle tumultueuse dans laquelle le candidat à la présidence Donald Trump a affirmé qu’un juge fédéral musulman ne serait pas en mesure d’avoir un jugement équitable [ en raison de ses appels à l’interdiction des musulmans d’entrer dans le pays] .
Les avocats musulmans ont salué la nomination de M. Qureshi, un Américain d’origine pakistanaise.
« Le meilleur et les plus brillants »
« Je félicite le président Obama pour avoir choisi le meilleur et les plus brillants de chaque communauté pour servir le système judiciaire de notre pays », a déclaré Farhana Khera, directeur exécutif des avocats musulmans, une organisation d’assistance judiciaire.
« Un système judiciaire qui reflète la riche diversité de notre pays contribue à assurer une administration juste et équitable de la loi, et il est vital pour les musulmans américains de l’inclure. M. Qureshi a un profond engagement pour le droit et la justice pour les personnes de toutes origines ce qui fait de lui un candidat exceptionnel. » a-t-il ajouté.
Si la candidate démocrate Hillary Clinton remporte les élections de novembre, elle pourrait lui proposer le même poste en 2017. La nomination de M. Qureshi, actuellement associé au prestigieux cabinet d’avocat Latham & Watkins, faisait l’objet de rumeurs depuis plusieurs mois.