Laïcité : Le Conseil d’Etat autorise la Crèche dans les mairies

Le Conseil d’Etat se penchait ce vendredi 21 octobre sur le dossier sensible des crèches de Noël dans les lieux publics. Le rapporteur public de l’institution préconise leur autorisation « sous conditions ».
 
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La question divise. Ce vendredi 21 octobre, le rapporteur public du Conseil d’Etat a recommandé d’autoriser, sous conditions, les crèches de Noël dans les bâtiments publics. Dans un pays à vif sur la laïcité, la plus haute juridiction administrative devait trancher entre deux cas de figure. D’un côté le tribunal administratif de Nantes, qui a validé l’installation d’une crèche en mairie, de l’autre la cour de Paris, qui a quant à elle reconnu légitime d’en interdire la présence.

Alors quelles sont ces conditions, évoquées par le rapporteur public ? Selon lui, l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 et plus généralement le principe de neutralité « n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public », sauf quand une « intention religieuse » préside à une telle manifestation. Une interprétation que pourrait choisir de ne pas suivre le Conseil d’Etat, qui rendra sa décisiion dans quelques semaines.

Une décision qui pourrait venir clore des polémiques, remises au goût du jour à chaque période hivernale, lorsque mairies et associations se déchirent sur l’inauguration d’un symbole religieux dans l’antre de la République. En décembre 2015, c’est Julien Sanchez, maire Front national de Beaucaire, qui créait le débat, venant s’ajouter à une liste déjà bien fournie d’élus – frontistes ou assimilés pour la plupart – tenant à l’exposition controversée.

LCI

Macron dénonce ceux qui «font de la laïcité une arme de combat contre l’islam»

Macron s’attaque à la «laïcité revancharde» comme «arme» contre «la religion musulmane»

Dans un entretien à Marianne, l’ancien ministre de l’Economie s’est notamment prononcé contre l’interdiction du voile à l’université. Il s’émeut, toutefois, des écoles confessionnelles qui enseignent « la haine de la République ».

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71% des musulmans d’accord «avec la laïcité et les lois de la République»

Absence de communautarisme : 78% des musulmans voteraient pour un président non musulman

4. l’absence d’un communautarisme musulman généralisé :
78 % des enquêtés qui se déclarent musulmans – inscrits sur les listes électorales – disent qu’ils ne votent pas systématiquement pour un candidat musulman aux différentes élections.

Institut Montaigne


Un rapport réalisé par Hakim El Karoui à partir d’une enquête commandée à l’Ifop par l’Institut Montaigne met en évidence la bonne intégration de la population musulmane, mais aussi l’inquiétante rupture des plus jeunes avec les valeurs républicaines.

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71% des musulmans seraient en accord avec « avec la laïcité et les lois de la République ». Mais 28% seraient « rigoristes » et « mal à l’aise » avec la laïcité, selon un sondage Ifop/Institut Montaigne, révélé dimanche par le JDD.

Comment les musulmans vivent-ils en France? Quels sont leurs rapports à l’islam, à la société, à la politique et aux lois de la République? Un rapport réalisé par Hakim El Karoui à partir d’une enquête commandée à l’Ifop par l’Institut Montaigne – cercle de réflexion privé d’obédience libérale – et publié en exclusivité par le JDD –, apporte à ces questions des réponses d’une précision inédite. Pendant neuf mois, l’Institut Montaigne (qui milite depuis longtemps en faveur des statistiques ethniques et du CV anonyme) a fait interroger la population musulmane sur des dizaines de points, sous le contrôle scientifique d’Antoine Jardin, docteur en science politique et ingénieur de recherche au CNRS. C’est ainsi un autoportrait rigoureux et original des musulmans qui se dégage, avec ses surprises, ses confirmations et ses contradictions.

Moins nombreux qu’on ne le dit, mais des jeunes

Ils seraient entre 3 et 4 millions. L’Institut Montaigne ose un chiffre sur la présence – souvent fantasmée – de musulmans dans notre pays. On est loin des 8% à 10% de la population brandis par les théoriciens catastrophistes du « grand remplacement ». Selon l’Ifop, ils représenteraient 5,6% des plus de 15 ans vivant en France, et 10% des moins de 25 ans. Il s’agit donc d’un groupe social particulièrement jeune : 84% ont moins de 50 ans. L’âge moyen s’établit à 35,8 ans (il est de 53 ans chez ceux qui se déclarent chrétiens et de 43 ans pour les « sans religion »).

Le Halal et le voile, marqueurs d’identité

La consommation de viande halal apparaît centrale dans la vie des musulmans de France : 80 % des pratiquants et 67 % des non-religieux considèrent que les enfants devraient pouvoir manger halaldans les cantines scolaires – avis partagé quels que soient le niveau d’études, la situation professionnelle et l’âge. Les musulmans sont plus divisés sur la question du voile, qui reste cependant un point de convergence identitaire : 60% des sondés estiment que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile à l’école et au collège contre 37% des non-musulmans…

Ils fréquentent peu les lieux de culte et ignorent le CFCM

Un tiers des musulmans ne se rendent jamais à la mosquée, un tiers pour les fêtes religieuses, 29% s’y rendent chaque semaine dont le vendredi et 5 % quotidiennement. Ces chiffres méritent d’être médités, au moment où le gouvernement tente une nouvelle fois d’organiser l’islam de France autour des lieux de culte. La plupart des musulmans (68%) ne connaissent pas le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Le JDD

Laïcité : Gérard Collomb, maire de Lyon, critiqué pour sa « soumission au pouvoir catholique »

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L’association Le Poing Commun a adressé une lettre ouverte à Gérard Collomb concernant le vœu des échevins, qui aura lieu ce jeudi 8 septembre à Lyon. Durant cette cérémonie, le maire de Lyon remet un écu d’or au cardinal de la ville, en l’occurrence l’archevêque Barbarin, pour que la cité soit protégée. Une tradition religieuse qui n’est pas vraiment du goût du Poing Commun, l’association y voyant la symbolique de « la soumission du pouvoir politique au pouvoir religieux ».

« [Soumission] abolie avec la révolution française. Ni l’Empire, ni la monarchie de Juillet n’osèrent le rétablirent [le vœu des échevins]. Il faudra attendre Vichy pour qu’il redevienne officiel. Nous préférons affirmer avec conviction que la France n’est pas la fille aînée de l’Église, elle est la fille aînée des Lumières », écrit l’association dans sa lettre ouverte.

« Nous partageons avec vous le goût du folklore, déclare Le Poing Commun à Gérard Collomb, mais pas celui de la bigoterie, un attachement aux traditions de notre ville, mais pas au clientélisme électoral. La raison vous paraît-elle avoir suffisamment triomphé ces derniers temps que vous trouviez opportun de demander “la bénédiction de la ville” ? »

Le Poing Commun est une association marquée à gauche qui promeut « la défense des fondamentaux républicains ». On y retrouve par exemple Soel Diab, le président des jeunes du Mouvement républicain et citoyen (MRC) ou encore Elliott Aubin, membre du Parti de gauche et adjoint de Nathalie Perrin-Gilbert dans le 1er arrondissement.

Lyon Capitale

Laïcité: en Aveyron, la messe pour inaugurer un équipement public n’aura finalement pas lieu

A Saint-Julien-de-Rodelle (Aveyron), le nouveau club-house du club de foot devait être inauguré samedi par… une messe et une bénédiction religieuse. Cet accroc à la laïcité a fait bondir certains élus. Finalement, la messe n’aura pas lieu.

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C’est un carton d’invitation qui a fait bondir la Ligue des Droits de l’Homme ou encore des élus comme Guilhem Serieys, conseiller régional Front de Gauche d’Occitanie : on y voit (ci-dessous), près des logos du Conseil régional, du Conseil départemental de l’Aveyron ou encore de la communautés de communes de Bozoul-Comtal, que le club-house du club de foot de Saint-Julien de Rodelle (12), financé par de l’argent public, sera inauguré par une messe et une bénédiction religieuse. 

La région ne sera pas représentée

Dans un courrier adressé ce vendredi à la Ligue des Droits de l’Homme de l’Aveyron qui l’avait saisie, Carole Delga écrit que le Conseil régional, bien que financeur de cet équipement, ne sera pas représenté à l’inauguration. « Je ne cautionne aucunement la tenue de cérémonies religieuses dans ce cadre, écrit-elle, une inauguration de bâtiments ayant bénéficié de fonds publics doit se faire dans le respect du principe de laïcité républicaine ».

La loi de 1905

Contactée par nos soins, la préfecture de l’Aveyron indique avoir été en contact avec le maire de Rodelle et rapelle que la loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat impose qu’il n’y ait pas de caractère cultuel sur les bâtiments publics et que toute action publique doit se faire avec la plus grande neutralité religieuse.
Samedi 10 septembre, le club-house de Saint-Julien de Rondelle sera donc inauguré sans messe. La laïcité est sauve.

France 3

Le fondamentalisme laïc fragilise la France des droits de l’homme et de la femme

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Par Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’EHESS et directeur du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (Cadis, EHESS-CNRS)

Il aura fallu l’article du New York Times et, avant cela, les affaires du « burkini » et les réactions internationales pour qu’en France on puisse donner la parole à ceux qui voudraient faire entendre une version apaisée de la laïcité et dénoncer les dérives d’un laïcisme frénétique, qui compte désormais interdire le foulard ou les signes islamiques dans l’espace public et criminaliser ainsi, sur le long terme, le voile.

Ce courant où se rejoignent les féministes éradicatrices, la droite populiste, l’extrême droite pure et dure française et européenne et nombre d’intellectuels laïcistes étouffe littéralement la voix des laïques modérés comme Jean-Louis Bianco, Jean Baubérot, Michel Wieviorka, Etienne Balibar et des féministes ouvertes comme Françoise Gaspard et Christine Delphy, entre autres.

L’enjeu est massif et fondamental : il s’agit, d’un côté, d’une vision intolérante de la laïcité fondée sur la substantialisation et la réification de la musulmane (pour ses tenants, le foulard est par essence le symbole de l’infériorité de la femme) ; de l’autre, d’une vision sereine de la laïcité, qui entend préserver la neutralité de l’Etat au sein d’une société civile diversifiée.

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Laïcité : la ville de Nice emmenera les victimes de l’attentat 14juillet rencontrer le pape

La ville de Nice a déclaré jeudi qu’elle emmènerait les victimes de l’attentat du 14 juillet rencontrer le pape François au Vatican pour une audience privée prévue le 24 septembre prochain. 

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Définition erronée : L’Observatoire de la Laïcité interpelle l’éditeur d’un manuel scolaire

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Après le site d’extrême droite cité dans un manuel d’éducation civique de CAP, voici un autre malaise dans un autre manuel scolaire, cette fois celui d’histoire pour les terminales L, ES et S édité par Hatier en 2014. On y lit en effet, p. 348, que la laïcité «suppose aussi le refus de toute expression religieuse dans l’espace public». Une affirmation fausse puisque la laïcité suppose au contraire la libre expression des opinions religieuses dans l’espace public, à des conditions notamment d’ordre public.

Ce que rappelle l’Observatoire de la laïcité dans un courrier adressé ce mercredi aux éditions Hatier, en leur demandant quelles actions elles comptent mener «pour apporter les corrections nécessaires à ce manuel scolaire». Contactées hier par nos soins, les éditions n’ont pas encore donné suite.

Libération

Nouvelle prière de rue devant l’église Sainte Rita, sous le regard passif de la police

Interdiction des signes religieux : le FN face à la fronde des catholiques d’extrême droite

Face à la colère de certains élus, les cadres du Front national ont diffusé mercredi une note interne rappelant la position officielle du parti sur le sujet épineux de l’interdiction des signes religieux dans l’espace public.

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Il s’agit d’éteindre les braises. Face à la colère de certains élus d’extrême droite attachés aux racines chrétiennes de la France après la prise de parole de Florian Philippot sur l’interdiction des signes religieux dans l’espace public, le FN clarifie les éléments de langage de ses troupes. Selon Le Monde, une note interne aurait été diffusée mercredi dans l’objectif de préserver une unité essentielle au sein du parti, qui manque régulièrement les divisions de ses adversaires.

Selon le quotidien du soir, le communiqué signé par le directeur de cabinet de Florian Philippot, Joffrey Bollée, définit clairement la position du parti sur la question délicate du port des croix chrétiennes, au cœur du débat. «Seraient concernés les signes religieux ostensibles, tels que définis par la loi du 15 mars 2004, n’empêchant aucunement le port de signes discrets tels que les bijoux et autres pendentifs», précise le texte.

Vendredi dernier, le vice-président du Front national, Florian Philippot, annonçait sur RMC/BFMTV que «le voile, la grande croix, (…) et la kippa», seraient concernés par cette mesure d’interdiction.

Levée de boucliers immédiate à l’extrême droite: Robert Ménard et Jacques Bompard, fervents défenseurs des racines chrétiennes de la France, sont montés au créneau. Le maire de Béziers dénonçant au Scan une «attitude laïcarde», le député et maire d’Orange parlant pour sa part «des petits Robespierre» pour évoquer notamment le vice-président du parti. Selon nos confrères, un conseiller régional FN du sud de la France aurait confié que «la sortie de Philippot chez Bourdin a sidéré tout le monde». Il estime que ce sujet aurait dû être débattu en comité politique.

Le Figaro

Police des mœurs laïques : une femme verbalisée pour le port d’un simple foulard à Cannes

Femme voilée verbalisée a cannes : « rentrez chez vous » « Ici on est catholiques » Siam a été lynchée par la foule

Mathilde Cusin, journaliste à France 4, est témoin par hasard de ce qui se passe depuis le boulevard du Midi, le long de la plage. Puis elle s’est approchée et a assisté à toute la scène. Notre consœur raconte : « J’ai vu trois policiers en train de regarder la plage. Deux d’entre eux avaient le doigt sur la gâchette de leur bombe lacrymo, sans doute au poivre. Ça m’a interpellée. Puis je les ai vus traverser la plage vers une femme voilée, elle portait un simple hijab sur les cheveux. »

Une policière se baisse à la hauteur de Siam. « Elle m’a dit : ‘Vous êtes au courant qu’il y a un arrêté sur la ville de Cannes ?’ J’ai dit que non, je ne savais pas exactement de quoi il en retournait, je n’avais pas trop suivi la polémique », explique alors la mère de famille.

Siam, sa sœur, sa mère et une amie de cette dernière sont stupéfaites, même si elles commencent à entrevoir que c’est le voile qui est visé : « Qu’est-ce qu’une tenue correcte pour vous ? » demande la jeune femme. Les deux autres policiers, qui ont rejoint leur collègue, lui rétorquent :

Si vous mettez votre foulard sous forme de bandeau autour de la tête, vous pouvez rester sur la plage. »

Dans le climat actuel, vous comprenez, « on est obligés de verbaliser », m’ont-il dit. »

Siam refuse toutefois de se dévêtir ou de quitter la plage.

« Ici, on est catholiques ! »

« Mes enfants étaient en pleurs, témoins de mon humiliation, ainsi que ma famille », raconte Siam. « Moi-même je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Ils nous ont humiliées. »Autour d’elle s’est créé un attroupement. Si certains prennent sa défense, arguant qu’elle ne cause de tort à personne et ne porte pas de « burkini », d’autres se lâchent, les insultent fusent. 

« La parole raciste s’est totalement libérée. J’étais abasourdie », raconte-t-elle. « J’ai entendu des choses que l’on ne m’avait jamais dites en face, comme ‘rentrez chez vous !’ ‘Madame, la loi c’est la loi, on en a marre de ces histoires’, ‘Ici, on est catholiques !' »

« Certains ont carrément applaudi les policiers. D’autres ont traversé la route pour se joindre à la mêlée sur la plage. »

« Les gens lui demandaient de partir ou d’enlever son voile, c’était assez violent« , appuie Mathilde Cusin, « J’ai eu l’impression de voir une meute s’acharner sur une femme assise au sol en pleurs avec sa fillette. Ce qui m’a choquée, c’est que c’était surtout des trentenaires, pas des personnes âgées comme on pourrait l’imaginer. »

Les proches de Siam demandent aux policiers : « Si ce sont les signes religieux ostentatoires qui sont visés, comme vous dites, pourquoi n’allez-vous pas chasser les croix ? » « On ne va pas faire la chasse aux croix », leur répond-on. « Allez sur la route, madame, on vous demande de quitter la plage. »

Crier à l’amalgame et à la stigmatisation n’y fera rien : les policiers lui remettent alors une amende de 11 euros, qu’elle accepte à contrecœur de payer pour rester sur la plage.

« Aujourd’hui, on nous interdit la plage. Demain, la rue ? Après-demain, on nous interdira de pratiquer notre culte chez nous ? » s’insurge la Toulousaine. « Dans le pays des droits de l’homme, je ne vois pas de trace des principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Je suis révoltée que cela puisse se passer en France. »

« C’est vraiment du racisme pur et dur »

« C’est la première fois que je subis une discrimination », souffle Siam avec son accent toulousain. Au départ, elle a beaucoup hésité à parler de ce qui s’est passé, par peur de se mettre en avant.

« J’ai bien réfléchi. Je me suis dit que l’on ne pouvait pas laisser passer ça dans notre pays. Le pire, c’est que je suis un peu ‘Française de souche‘ ! Mes parents sont français, mes grands-parents sont françaisQuand on me dit ‘rentre chez toi’, ça me fait doucement rigoler, c’est vraiment du racisme pur et dur… »

Passé le choc, elle décide de réagir et contacte le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dont elle a découvert l’existence en même temps que celle de la polémique sur le « burkini » à son retour. Soutenue par une juriste pour monter son dossier, elle pense porter plainte contre la mairie de Cannes et l’Etat français.

 

L’Obs


Siam, 34 ans, maman de deux enfants, originaire de Toulouse, qui souhaite garder l’anonymat, se souviendra longtemps de sa petite escapade sur la côte d’Azur. 

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  Ce mardi 16 août, elle est tranquillement assise sur la plage de Cannes La Bocca avec ses enfants et des membres de sa famille, quand trois policiers viennent à son encontre. « Ils m’ont dit que ma tenue n’était pas correcte et que le maire avait pris un arrêté qui leur donnait la possibilité de verbaliser celles et ceux qui ne respectaient pas la loi », dit-elle, toujours abasourdie par une telle décision.

Le 28 juillet dernier,  le maire Les Républicains (LR) de Cannes, David Lisnard, avait pris cet arrêté disposant que « l’accès aux plages et à la baignade sont interdits à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime ». En gros, un arrêté « anti-burkini », du nom de ce costume de bain pour femme couvrant le torse, ainsi qu’une partie des membres et de la tête.

Siam verbalisée à la plage pour son voile

Pourtant, ce jour-là, Siam ne portait pas de burkini, assure-t-elle, mais un « simple hijab sur les cheveux ». « Je ne comptais pas me baigner, j’étais tout habillée« , précise encore cette dernière.

Après quelques vaines protestations, les policiers lui remettent une contravention de 11 euros, mais ne l’oblige pas pour autant à quitter la plage. De « nature discrète », sur le coup, elle hésite à en parler.

Ce n’est que vendredi dernier qu’elle décide à faire connaître sa mésaventure, d’abord sur les réseaux sociaux, puis en contactant des associations de lutte contre l’islamophobie, pas question pour elle d’en rester là.

Le Courrier de l’Atlas

Philippot : «Il faut interdire tous les signes religieux ostensibles dans l’espace public»

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Florian Philippot a la laïcité chevillée au corps. Certes, il s’agit d’une conception très personnelle de la laïcité, l’élu du Grand-Est n’hésitant pas, par exemple, à défendre le Concordat en Alsace-Moselle au nom de la laïcité alors qu’il s’agit pourtant, en l’espèce, d’une exception au principe de laïcité et à la séparation de l’Eglise et de l’État. Il n’empêche : le n°2 du Front national veut que son parti soit perçu comme le garant de la laïcité en France, peu importe la définition qu’on appose à cette notion.

Nouvel exemple en cette douce fin d’un été marqué, entre autres, par un grand débat sur le port du burkini en France. Le vice-président du FN y est opposé. Il n’est pas le seul : plusieurs maires ont décidé d’interdire sur les plages de leurs communes le port de ce vêtement destiné aux femmes désirant se couvrir pour se baigner.

Florian Philippot va plus loin. Interdire le burkini, c’est bien. Mais il faut, pour le n°2 du FN, déjà penser à l’étape d’après. Interrogé par Atlantico dimanche 21 août, l’élu frontiste réaffirme la volonté du FN d’interdire dans l’espace public les « signes religieux ostensibles ». Il dit :

Sur les signes religieux ostensibles, je renvoie à  notre proposition de 2012, au moment de la campagne présidentielle. La question va devoir se poser. On parle du burkini, mais on ne pourra pas laisser les maires seuls avec leurs arrêtés municipaux. Il faut réfléchir au bannissement des signes religieux ostensibles dans l’espace public.

Et c’est là que le Lab ressort la boîte à archives. Car concernant les propositions du FN sur les « signes religieux ostentatoires » en 2012, il y a deux écoles : celle d’avant l’élection présidentielle et celle d’après.

Dans son programme présidentiel de 2012, Marine Le Pen écrivait ceci :

Les signes religieux ostentatoires seront interdits pour les agents comme pour les usagers du service public.

« La multiplication des voiles, la multiplication des burqas et leur insertion dans le service public est choquante pour les Français », avait-elle encore déclaré durant la campagne. L’interdiction se limitait donc aux services publics. Le reste de l’espace public n’était pas concerné.

Ce n’est qu’après l’élection présidentielle que Marine Le Pen a formulé une interdiction plus stricte de tous les signes religieux ostentatoires dans l’espace public. Interrogée par Le Monde en septembre 2012, la présidente du FN s’était dite favorable à l’interdiction du voile dans « les magasins, les transports, la rue… ». « Il est évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public« , ajoutait-elle avant d’expliquer qu’une « dictature laïque » valait mieux qu’une « dictature religieuse » :

Je remarque que dans les pays où il y a eu des dictatures laïques, les populations vivaient incontestablement mieux, avaient plus de libertés individuelles que sous des dictatures non pas religieuses, mais de fondamentalisme islamique.

« L’été que nous vivons nous le rappelle : avec le burkini, ce qui s’est passé à Sisco (voir ici), le centre aquatique qui devait être privatisé pour des femmes en burkini (voir ici), etc. Ce sont ces capitulations que subissent maintenant quotidiennement les Français. La République, la laïcité et la loi ont cédé, capitulation après capitulation, depuis des années et des années », lance Florian Philippot. Une « démission » de l’État qui, d’après lui, « mène à l’affrontement ».

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 stipule que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ». Le port d’un voile, d’une kippa ou même d’une soutane en pleine rue est donc autorisé en France, tant que cela ne créé pas de troubles à l’ordre public.

En revanche, depuis 2010, la loi française interdit « la dissimulation du visage dans l’espace public ». Le port de la burqa et du niqab, entre autres, est donc prohibé dans la rue en France.

Le Lab

Ce que la gauche ne pardonne pas aux « maghrébins », c’est d’avoir fait des enfants musulmans

Professeur à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie), où il dirige le programme méditerranéen, Olivier Roy est un spécialiste de l’islam. Il y a consacré différents ouvrages comme En quête de l’Orient perdu, en 2014, ou La laïcité face à l’islam, en 2005.

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Les polémiques récurrentes sur la viande halal, le port du voile à l’université ou les prières de rue poussent certains à se demander si la pratique de l’islam est compatible avec la laïcité française… 

C’est un faux débat. On peut, bien entendu, se poser de nombreuses questions théologiques sur l’islam. Mais le port du foulard à l’université, du burkini, ou le débat sur la viande halal ne sont pas des problématiques propres à l’islam. Elles sont liées à l’évolution de l’acceptation des signes religieux en France, au même titre que la soutane, la kipa ou la viande casher.

La conception de la laïcité française a considérablement évolué depuis la loi de 1905, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cette législation ne dit rien sur les religions. Il n’y a donc pas lieu d’interdire le voile à l’université ou le burkini. Dans son essence, la laïcité ne devait pas chasser le religieux de l’espace public, mais seulement organiser la gestion des lieux de culte. Mais la laïcité est devenue une idéologie politique, qui sert à exclure la religion vers l’espace privé. Il y a désormais une « morale laïque ». 

Pourquoi le débat se cristallise-t-il autour de l’islam ? 

Si cette religion fait autant parler d’elle, c’est parce qu’il y a une conjonction entre une droite identitaire, qui définit le christianisme comme la religion fondatrice de la société française, et une gauche laïque et anti-cléricale. Quand Manuel Valls déclare qu’il « comprend » les maires qui ont pris l’arrêté anti-burkini, il se place dans la continuité d’une certaine gauche fondamentalement hostile aux religions. Rappelez-vous qu’en 1996, Michel Charrasse, un ancien ministre du Budget socialiste, avait refusé d’entrer dans l’église pour les obsèques de François Mitterrand, par conviction laïque.

Cette alliance hors-nature entre cette droite et cette gauche se concentre sur l’islam, qui est devenu l’ennemi commun, mais pour des raisons complètement différentes. C’est ce qui lui donne autant de résonance dans le débat public.

Pourquoi ce débat sur la compatibilité entre islam et laïcité n’a pas eu lieu avec la même ampleur en 1995, lors de la vague d’attentats terroristes perpétués par le Groupe islamique armé ?

En 1995, on était dans une logique d’intégration, dans la foulée de « la marche des beurs ». Mais dans l’esprit de la gauche, à l’époque, intégration signifiait sécularisation. Aujourd’hui, ce que la gauche ne pardonne pas aux immigrés maghrébins, c’est d’avoir fait des enfants musulmans. Elle s’attendait à ce que la deuxième et la troisième génération soient sécularisées et a été très surprise de découvrir une génération de croyants…

Après une telle polémique sur le burkini, quelles peuvent-être les répercussions dans la société française ?

Cela risque de créer un sentiment de rejet et de dégoût chez les musulmans, qui pourrait se traduire par un repli identitaire. Après, il y a des tensions, mais la France est un pays de tensions permanentes. Les gens ont complétement perdu la mémoire historique. L’identité française est un mythe : relisons Celine et Bagatelle pour un massacre, souvenons-nous de l’OAS ! Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 1920 sont aujourd’hui repris à propos de l’islam : incompatibilité culturelle et une loyauté plus grande accordée à la religion qu’à la nation. 

France TV