Nice: malgré la décision du Conseil d’Etat, une femme voilée virée de la plage par la police

Il était 18h30 ce samedi à Nice, quand une vedette de la police municipale est venue enjoindre une femme voilée de quitter la plage de Carras, créant un débat animé parmi les touristes.


Comment la police a-t-elle été prévenue? Personne ne le saura. Une femme musulmane, voilée et habillée des pieds à la tête, a dû quitter la plage après qu’une vedette de la police municipale s’est dirigée vers elle.

« Vous ne pouvez pas rester sur la plage habillée madame, il y a un arrêté municipal«  lance la policière. La femme explique ne pas s’être baignée. Puis elle ramasse ses affaires, son mari sort leur fille de l’eau, et la famille quitte rapidement les lieux.

Après le départ de la police municipale, un débat animé a eu lieu entre les touristes présents sur la plage.

Nice Matin

A Marseille pas d’arrêté anti-burkini mais des femmes voilées Sorties de l’eau par la police

L’histoire se déroule dans un contexte sensible, en plein cœur d’une polémique sur le burkini qui n’en finit plus d’enfler. Sur la plage du prophète à Marseille, jeudi 25 août, deux femmes qui se baignaient voilées et habillées ont été sommées de sortir de l’eau par les forces de l’ordre.

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Une scène – repérée par le site d’informations locales Mars Actu – qui en rappelle d’autres, à Nice ou encore à Cannes. Sauf que contrairement à ces municipalités, qui s’appuient sur ce tout récent arrêté « anti-burkini » pour verbaliser des femmes vêtues d’un simple voile, la ville de Marseille n’est pas concernée par de telles dispositions.

Alors que s’est-il passé ce jeudi, aux alentours de 14 heures, sur l’une des plages les plus fréquentées de la cité phocéenne ? Une témoin, qui préfère garder l’anonymat, raconte à metronews : « Il y avait beaucoup de monde. Une femme a alerté la police. Au début, quatre policiers sont arrivés sur la plage. Ils ont demandé à deux dames voilées de sortir de l’eau. La première portait une tunique noire et sa tête était recouverte par un tissu noir, la seconde avait une robe en forme de voile intégral. »

Selon les dires de notre témoin, les femmes, d’abord, refusent de sortir de l’eau. « L’une criait ‘pourquoi ? Je n’ai rien fait de mal !’ et l’autre disait ‘je ne suis pas une terroriste !’. Les policiers leur ont expliqué que c’était pour des raisons d’hygiène. Alors la première dame a affirmé que sa tenue était conforme, et qu’elle n’était pas du tout sale. Ensuite, ils ont littéralement sortie de l’eau au moins l’une d’elles.

On a vu arriver une quinzaine de policiers. Ils étaient 21, au total. La situation a créé un attroupement devant le poste de surveillance, mais les femmes ont demandé aux jeunes présents de se calmer. Elles ont fini par surveiller leurs enfants en se tenant près du poste, face à la plage. »

« Mouvement d’hostilité de la part d’une partie des baigneurs »

Du côté de la préfecture de police, contactée par metronews ce vendredi, on confirme l’intervention des effectifs de la police nationale chargés de la surveillance des baignades et de la sécurité des plages, tout en réfutant le terme « d’incident ». « Plusieurs femmes se baignaient en tenue couverte. Cette situation a suscité un mouvement d’hostilité de la part d’une partie des baigneurs », explique-t-on.

Mais sur quelle base légale s’appuyer en l’absence d’un arrêté « anti-burkini » à Marseille ? Réponse de la préfecture : « Un arrêté du 30 mai 2016, pris chaque année en amont de la saison estivale, prévoit que le port d’une tenue de bain est obligatoire pour tous les baigneurs et que cette tenue ne devra pas entraver l’aisance dans l’eau et constituer un frein au sauvetage.

 » Quant au geste des policiers qui auraient sorti manu militari les femmes de l’eau ? Sur ce point, notre interlocuteur précise qu’elles ont davantage « été invitées à sortir », ajoutant qu’une autre scène similaire s’est déroulée une heure plus tard, sur la même plage. Les deux interventions, précise-t-on encore, se sont terminées « dans le calme » et n’ont donné lieu à aucune verbalisation.

Metro

Nice, Fréjus, Sisco.. les maires continueront à verbaliser les femmes voilées et en burkini

Plusieurs maires, dont ceux de Nice (Alpes-Maritimes), Fréjus (Var) et Sisco (Haute Corse), ont annoncé, vendredi 26 août au soir, maintenir leurs arrêtés « anti-burkini », malgré la décision du Conseil d’Etat de suspendre l’arrêté similaire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes).

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Lionnel Luca, le député et maire Les Républicains de cette commune, a pour sa part prévenu qu’il se plierait à la décision mais qu’il se battrait dès la rentrée parlementaire en faveur d’une loi pour interdire le burkini. « Je ne conteste pas la décision du Conseil d’Etat qui a dit le droit sur la base du droit actuel, a-t-il expliqué, mais donc, cela revient à dire qu’il nous faut maintenant légiférer. »

A Nice, la mairie a déclaré qu’elle allait « continuer à verbaliser » les femmes portant un burkini, tant que son arrêté n’est pas invalidé. De même, le maire FN de Fréjus (Var), David Rachline, a estimé que « l’arrêté de Fréjus est toujours valable », dans une interview à l’AFP.

Le maire de Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), première commune à avoir adopté un tel arrêté en 2013, maintiendra lui aussi l’application de la mesure. « Cela me rappelle l’affaire du voile à l’école, a considéré l’édile de Leucate (Aude), Michel Py, qui a pris un arrêté similaire. Il a fallu attendre quinze ans pour avoir une loi. J’espère qu’on n’aura pas à attendre quinze ans pour interdire le burkini. »

« Je ne me sens pas concerné »

Le maire socialiste de Sisco (Haute-Corse), Ange-Pierre Vivoni, avait lui aussi annoncé quelques heures plus tôt vouloir maintenir son arrêté, pris au lendemain d’une violente rixe attribuée, à tort comme l’a montré l’enquête, à une dispute sur le port d’un burkini sur une plage de sa commune mi-août. « Je ne me sens pas concerné par la décision du Conseil d’Etat », a déclaré le maire à l’AFP. « Mon arrêté n’était pas de la prévention, je l’ai pris pour la sécurité des biens et personnes de ma commune, je risquais d’avoir des morts ! », a-t-il expliqué.

Arrêtés anti-burkini et procès verbaux

Cette carte représente les 31 villes qui ont pris un arrêté « anti-burkini » et celles dont la police municipale a établi des procès verbaux.

En vert foncé, les villes dans lesquelles la police municipale a établi des procès verbaux ; en vert clair, celles où un arrêté a été pris mais où il n’a donné lieu à aucun procès verbal.

Le Monde

Manuel Valls se dit inquiet par Nicolas Sarkozy qui « suit l’extrême droite »

Le Premier ministre Manuel Valls a dénoncé, ce jeudi matin au micro de BFMTV et RMC, la dérive populiste de Nicolas Sarkozy et la « brutalité des propositions » de l’ancien chef de l’Etat, qui vient d’annoncer sa candidature à la primaire de la droite et du centre. 

Alerte Info : Le Conseil d’Etat annule les arrêtés anti Burkini

Arrêtés anti Burkini annulés par le Conseil d’Etat : Robert Ménard dénonce l’État de droit


Arrêtés anti Burkini annulés par le Conseil d’Etat : le maire FN de Fréjus refuse de se plier à la loi



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Le Conseil d’Etat s’est prononcé, vendredi 26 août, contre l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet. Un collège de trois juges examinait les requêtes déposées par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) contre une ordonnance en référé rendue le 22 août par des juges du tribunal administratif de Nice. Elle validait l’arrêté de la municipalité, donnant tort aux deux associations qui réclamaient son annulation en urgence.

Selon l’ordonnance du Conseil d’Etat du 26 août 2016, l’ordonnance du tribunal administratif de Nice est annulée et l’exécution de l’arrêté de Villeneuve-Loubet est suspendueDans cette commune, porter des vêtements religieux à la plage est de nouveau autorisé. Dans les 30 autres communes ayant pris des arrêtés similaires, les arrêtés municipaux sont toujours en vigueur jusqu’à ce qu’ils soient contestés en justice.

La décision du Conseil d’Etat concernant l’arrêté de Villeneuve-Loubet se veut un arrêt de principe. Il permet d’affirmer que, en cas de recours, les autres arrêtés seront eux aussi cassés par la plus haute juridiction administrative française.

L’ordonnance du Conseil d’Etat précise que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

Le Monde

Nice: des mamans voilées obligées de surveiller leurs enfants de loin pour ne pas se faire verbaliser sur la plage

Assise à quelques mètres de la plage Saint-Hélène, Henda surveille de loin ses enfants qui profitent d’une Méditerranée couleur azur. À 44 ans, cette Grassoise a, comme souvent quand le ciel est clément, pris le bus jusqu’à Nice pour profiter de la mer. 

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Son petit garçon revient de la plage en courant, les cheveux et le corps entièrement trempés, elle sort immédiatement une serviette mauve de son sac et enroule Marwane dedans. Il est 15h ce jeudi, il fait un soleil de plomb, le thermomètre indique 29 degrés. Mais Henda ne ressent pas la chaleur sous son voile gris, vert et rose. «Oh j’ai l’habitude, vous savez», sourit celle qui porte le voile depuis plus de 10 ans.

La veille, Henda n’était pas sur un banc mais sur la plage, assise à quelques mètres de l’eau. Mais elle sait que si elle remet les pieds sur les galets, elle risque d’être verbalisée par les policiers municipaux qui appliquent l’arrêté municipal interdisant «sur la commune de Nice l’accès aux plages publiques, aux sites de mise à l’eau ainsi qu’à la baignade à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonne mœurs et de la laïcité».

«Ça me dérange et ça me rend folle de ne pas pouvoir surveiller mes enfants de plus près ou de mettre mes pieds dans l’eau, mais qu’est-ce qu’on peut faire?»

«Le regard des gens a changé depuis quelque temps, il y a de la peur»

Si elle ne comprend toujours pas pourquoi elle est vue comme une «menace» aux yeux de certains politiques, ne pas correctement veiller sur ses enfants la rend furieuse. «Ça me dérange et ça me rend folle de ne pas pouvoir surveiller mes enfants de plus près ou de mettre mes pieds dans l’eau, mais qu’est-ce qu’on peut faire?» Et elle n’a pas beaucoup plus confiance en l’avenir. «Le regard des gens a changé depuis quelque temps, il y a de la peur chez eux. Je le sens bien et je l’entends dans certains de leurs commentaires. J’en suis à me dire que si la prochaine décision c’est d’interdir le voile partout, alors je déménagerai.»

«On nous interdit la plage, et après? Les jardins publics et les cinémas?»

Pour Cheyma également, terminées les baignades à Nice. Cette maman de 25 ans d’un petit garçon en bas âge vit ici depuis ses 9 ans, et porte le voile depuis ses 18 ans. Elle s’est toujours baignée habillée à Nice ou sur la plage de Villeneuve-Loubet sans que cela ne gêne personne. «Aujourd’hui, on fait du burkini toute une affaire d’État comme si la vie des gens en dépendaitOn cherche des problèmes où il n’y en a pas, dit elle. On critique les femmes voilées en disant qu’elles sont soumises et oppressées mais ce sont ces lois ridicules qui nous oppressent en nous interdisant de nous vêtir comme on le souhaite, où on le souhaite.»

Depuis quelques jours, elle préfère se rendre près d’un lac où elle peut se reposer avec son fils et son mari. L’avenir s’écrit pour le moment en pointillés et pas forcément à Nice, même si imaginer une vie ailleurs est difficile. «On discute beaucoup avec mon époux de l’idée de partir, raconte la jeune maman. On nous interdit la plage, et après? On va nous interdire les jardins publics et les cinémas? J’ai peur pour l’avenir de mon enfant. Mais fuir, ça changera quoi? Toute ma famille est ici, je ne vais abandonner mes proches, dit-elle. Tout ce qu’il faut c’est garder espoir… mais jusqu’à quel prochain arrêté?»

Buzzfeed

Le « burkini », cheval de Troie de l’interdiction du voile ?

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Tenue « correcte » exigée. Depuis que le maire de Cannes a pris un arrêté municipal, le 28 juillet, pour bannir de ses plages le « burkini », un vêtement de bain couvrant le corps et la tête, plus d’une trentaine de communes littorales françaises, majoritairement de droite, lui ont emboîté le pas, dans un mimétisme effréné. Dans certaines municipalités des Alpes-Maritimes, du Var, de la Haute-Corse, des Bouches-du-Rhône, du Pas-de-Calais ou de l’Aude, une « tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades » est désormais obligatoire.

Jeudi 25 août, le Conseil d’Etat doit examiner l’un de ces arrêtés « anti-burkini », celui de la commune de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). En première instance, le tribunal administratif de Nice n’y a pas vu d’« atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ». La décision que prendra bientôt la plus haute juridiction administrative revêt un enjeu de taille. Car derrière elle, bien plus que celle d’une tenue de bain couvrante, c’est une possible interdiction du voile dans l’espace public à l’initiative des maires qui semble poindre.

Depuis quelques jours, plusieurs vidéos, photos et témoignages de femmes verbalisées par des policiers municipaux ont suscité l’indignation sur les réseaux sociaux et auprès d’une partie de la gauche. Ils montrent que, dans les communes concernées, le simple fait d’être habillé sur la plage ou dans l’eau et de revêtir un voile est passible d’une amende. Sur le réseau social…

Le Monde

Femmes voilées verbalisées et déshabillées par la police : « Du pain bénit pour Daesh »

Arrêtés anti-burkini : « Les photos de Nice vont alimenter des années de propagande jihadiste » 

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Les réseaux sociaux sont en émoi depuis la diffusion de photos d’une femme en foulard, ôtant sa tunique devant des agents, sur une plage de Nice. Sur Facebook et Twitter, les commentaires courroucés se succèdent. Les sympathisants djihadistes, eux, voient ces images plutôt d’un bon oeil. C’est du moins l’analyse posée par le spécialiste du terrorisme islamiste David Thomson.

Interrogé par FranceInfo, ce journaliste soutient que « les sympathisants djihadistes semblent eux-mêmes surpris que la police municipale de Nice fasse leur travail de propagande à leur place. Pour eux, c’est du pain bénit. Le récit djihadiste martèle depuis des années qu’il serait impossible pour un musulman de vivre sa religion dignement en France ».

Ce vêtement, qui est pourtant contraire au dogme salafiste, pourrait dorénavant être utilisé dans la propagande des groupes terroristes, tant du côté de l’Etat islamique que d’Al-Qaïda. La raison : « ces photos représentent l’incarnation même de leur rhétorique anti-France.

Celle d’un pays ennemi de l’islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence, où l’on humilie les musulmans sous le regard passif d’un public immobile, à travers des forces de l’ordre perçues comme une autorité qualifiée ‘d’idolâtre’, c’est-à-dire découlant de la souveraineté populaire et non divine », souligne David Thomson dans ce même entretien.

Le journaliste de RFI voit plutôt d’un mauvais oeil les décisions de plusieurs communes de la Côte d’Azur de bannir de leurs plages les tenues ne respectant pas la laïcité. « Les municipalités qui l’ont interdit estiment que le burkini est l’expression d’un ‘communautarisme’ qui pourrait constituer un marchepied vers une forme de radicalité.

Mais à l’inverse, pour celles qui le portent, ce vêtement de bain est paradoxalement vécu comme un compromis entre leur conservatisme religieux et la société occidentale moderne (…) Son interdiction génère des crispations très fortes dans une grande partie de la communauté musulmane, et en donnant corps à la propagande djihadiste, il n’est pas impossible que cette polémique génère une fracture, un dégoût de la France chez certains musulmans, au-delà même des cercles salafistes ou djihadistes.

A l’heure où l’on parle de la nécessité de développer un discours pour contrer le narratif djihadiste, on s’aperçoit que non seulement ce contre-discours n’existe pas, mais qu’en plus, certaines autorités françaises offrent de quoi renforcer ce contre quoi elles pensent lutter. » 

La Libre

Canada : Justin Trudeau prend la défense du burkini, invoquant les libertés de culte

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a défendu le port du burkini, invoquant les libertés de culte, en plein débat en France.

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Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a défendu lundi les libertés de culte garantissant le droit à porter le burkini, symboles selon lui de « l’acceptation » de l’autre de la part d’une société ouverte.

« Au Canada, on devrait être rendu au-delà de la tolérance. Tolérer quelqu’un, c’est d’accepter qu’il ait le droit d’exister mais à condition qu’il ne vienne pas nous déranger trop, trop, chez nous », a regretté en conférence de presse le dirigeant libéral, chantre du multiculturalisme.

Interrogé sur la controverse entourant en France le burkini, un costume de bain enveloppant à l’usage des femmes musulmanes dont le port a été interdit sur certaines plages hexagonales, M. Trudeau a appelé au « respect des droits et des choix des individus », un principe qui « se doit d’avoir la première place dans nos discours et débats publiques ».

« Il y a des petites controverses ici et là comme toujours »

Dans la foulée de la controverse qui agite la France, où une poignée de mairies de localités côtières ont interdit le burkini, des élus québécois ont appelé à une telle mesure dans la Belle Province au nom du principe de la laïcité.

« Oui, sûrement, il y a des petites controverses ici et là comme toujours, des conversations que nous allons continuer d’avoir », a observé le Premier ministre canadien. Toutefois, a-t-il asséné, « au Canada, on devrait être rendu au-delà de la tolérance ».

« Au Canada, peut-on parler d’acceptation, d’ouverture, d’amitié, de compréhension ? C’est vers là que nous allons et c’est ce qu’on est en train de vivre tous les jours dans nos communautés diverses et riches, non en dépit, mais à cause de ces différences », a conclu Justin Trudeau.

Paris Match

Burkini : une dizaine de femmes verbalisées pour port du voile et… short avec t-shirt

De Cannes à Nice, la verbalisation de plusieurs femmes simplement voilées sur la plage fait polémique

La scène se déroule ce mardi 23 août sur la plage de Nice. Une femme est verbalisée par la police pour un simple port de voile. Dans une vidéo que Le HuffPost a pu se procurer, elle engage une discussion avec un policier qui rapporte les consignes émises dans un arrêté municipal en vigueur depuis le 19 août dernier, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Alors qu’une dizaine de communes françaises ont interdit le burkini sur les plages et que le Conseil d’État va examiner la question ce jeudi 25 août, le tribunal administratif de Nice a validé l’interdiction des tenues de bain islamiques pour éviter des troubles à l’ordre public.

« Je suis toujours venue ici, je n’ai jamais eu de problème », explique calmement la femme voilée au policier. « C’est pour éviter qu’il y ait des problèmes comme en Corse où des gens se sont fait caillasser », répond l’agent qui lui rappelle l’entrée en vigueur à Nice de l’arrêté municipal.

Le texte, qui ne mentionne pas directement le terme « burkini », dispose effectivement que « toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité » est interdite « d’accès aux plages publiques, aux sites de mise à l’eau ainsi qu’à la baignade », et ce jusqu’au 15 septembre prochain.

« On n’a pas le droit d’afficher son appartenance religieuse, continue le policier. Le problème c’est qu’il y a des gens que cela dérange, qui nous appellent. Du coup, ils ont pris un arrêté, les communes du littoral ont fait pareil, comme ça il n’y a pas de problèmes », répète-t-il.

La veille, une première vidéo de verbalisation de femme voilée sur une plage à Nice est devenue virale sur les réseaux sociaux. Dans cette séquence récupérée et diffusée le soir-même elle aussi par Feiza Ben Mohamed, porte-parole et secrétaire générale de la Fédération des Musulmans du Sud, on peut voir une femme voilée et habillée sortir de l’eau devant deux policiers municipaux. La scène, déjà vue plus de 100.000 fois en moins de 24 heures a également été très partagée.

« C’était autour de 14 heures, raconte la témoin Sarah à BuzzFeed. Plusieurs policiers municipaux se sont adressés à un maître nageur, qui a pointé un groupe de quatre filles, dont une qui portait le voile. Les policiers leur ont demandé de quitter l’eau, et j’ai vu que le policier écrivait sur un papier. »

« Une fois que l’interpellation était terminée, je me suis rendue vers elles, rajoute Sarah. La fille voilée était en pleurs et pouvait à peine parler. Sa copine, qui n’était pas voilée, mais portait un t-shirt et un short, a aussi eu un PV. Les deux autres filles, qui portaient des maillots deux-pièces, n’ont pas été verbalisées. Elles sont toutes les quatre parties de la plage. Elles n’avaient même pas la vingtaine. »

Des actions en justice à venir?

Ces faits s’ajoutent au témoignage de Siam, une femme voilée verbalisée sur une plage de Cannes le 16 août dernier. Elle a raconté la scène à L’Obs: « La parole raciste s’est totalement libérée. J’étais abasourdie. J’ai entendu des choses que l’on ne m’avait jamais dites en face, comme ‘rentrez chez vous!’ ‘Madame, la loi c’est la loi, on en a marre de ces histoires’, ‘Ici, on est catholiques!' »

Avec la Fédération des Musulmans du Sud, Feiza Ben Mohamed s’est engagée à retrouver ces jeunes femmes verbalisées à Nice pour les accompagner dans leurs démarches dans le but de contester les procès verbaux.

« C’est très humiliant, mais je ne suis pas sûr qu’elles se manifestent, avoue la secrétaire générale de l’association. Il est hors de question, sous prétexte qu’un tribunal administratif a pris une décision politique d’interdire le burkini et a laissé transparaître son idéologie à travers un jugement, que les musulmans se laissent taper dessus comme cela, lance Feiza Ben Mohamed. Si nous parvenons à les retrouver, ces femmes pourront se constituer partie civile et nous opposerons au juge les principes de liberté de culte, la liberté d’aller et venir et la liberté de conscience. »

Huffington

Interdiction du burkini : défense de l’ordre public ou jugement de valeur et politique ?

Saisis en référé, les juges voient dans le burkini « l’expression d’un effacement » de la femme non conforme à son statut « dans une société démocratique ».

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C’est un nouveau camouflet pour le Collectif contre l’islamophobie en France(CCIF). Après avoir validé l’arrêté d’interdiction du burkini sur les plages de Cannes, le tribunal administratif de Nice valide ce lundi 22 août en référé sa prohibition sur les plages de Villeneuve-Loubet. Différence notable : l’ordonnance a cette fois-ci été rendue en collégiale, à la différence de celle de la semaine dernière, prise par un seul magistrat. Les juges s’alignent néanmoins sur la position de leur collègue et arguent de « l’ordre public » pour justifier l’interdiction.

Là où, la semaine dernière, le juge voyait dans le burkini l’expression de « signes religieux ostentatoires », le tribunal qui a statué cette semaine en référé y voit « l’expression d’une revendication identitaire ». « Même si certaines femmes de confession musulmane déclarent porter, selon leur bon gré, le vêtement dit “burkini”, pour afficher simplement leur religiosité, ce dernier, qui a pour objet de ne pas exposer le corps de la femme (…) peut également être analysé comme l’expression d’un effacement de celle-ci et un abaissement de sa place qui n’est pas conforme à son statut dans une société démocratique », peut-on lire.

« Un abaissement de la femme » pas conforme avec la démocratie

« Les plages ne constituent pas un lieu adéquat pour exprimer de façon ostentatoire ses convictions religieuses », osent les juges pour qui, « dans un État laïc, elles n’ont pas vocation à être érigées en lieux de culte ». Une nouvelle fois, le tribunal administratif cite les attentats récents, l’assassinat d’un prêtre à Saint-Étienne-du-Rouvray et le risque « d’exacerber les tensions » pour justifier l’interdiction. Le port du burkini peut être interprété comme relevant du « fanatisme religieux » à même de choquer les croyants ou non-croyants attachés au principe d’égalité des sexes, note le tribunal.

L’interdiction du burkini sur les plages est une « restriction légitime » aux libertés, ajoutent les juristes, « dès lors que l’expression des convictions religieuses est inappropriée ». Un argument qui semble relever plus de la morale que du droit... Le tribunal explique également que les forces de police sont, au vu de la menace terroriste qui pèse sur la France, « très sollicitées », et qu’il n’apparaît « pas envisageable de les mobiliser encore davantage ». En clair : policiers et gendarmes ont autre chose à faire que de créer les conditions d’éventuels affrontements communautaires.

Enfin, pour évacuer toute discrimination alléguée par le CCIF, le tribunal relève que toutes les religions sont concernées par l’arrêté d’interdiction des signes religieux ostentatoires sur la plage, et que le burkini n’est pas le seul concerné. Me Guez Guez, avocat du CCIF, a annoncé déposer un recours devant le Conseil d’État et a tancé une « interprétation sans nuance » de la part des juges.

« Un jugement de valeur », selon Serge Slama

Pour Serge Slama, maître de conférences en droit public, Université Paris Nanterre, CREDOF, cette nouvelle ordonnance rendue à trois juges permet des « possibilités très extensives des restrictions à l’expression de la liberté de religion dans un espace public comme une plage publique« . « La façon dont les juges présentent le burkini est troublant.

On a l’impression qu’ils émettent un jugement de valeur sur les lieux où il serait adéquat d’exprimer sa religion et sur ce qui consitue ou non une « expression appropriée des convictions religieuses ». Porter un burkini exprime certes un croyance religieuse mais est-ce la pratique d’un culte comme le serait le fait de pratiquer un rite ou une messe sur une plage publique? », interroge Serge Slama.

« Le burkini, ce sont des femmes qui pensent, à tort ou à raison, qu’elles doivent porter ce type de tenue, ajoute le juriste, tout comme le pape pense qu’il doit porter un vêtement particulier pour exercer son office ou encore un juif orthodoxe estime devoir porter un vêtement particulier non moins fondamentaliste. Avec ce type de raisonnement, on pourrait interdire des nombreux signes ou tenues religieux ostentatoires dans l’espace public. Que leurs détenteurs soient musulmans, catholiques, juifs ou autres. » Et Serge Slama de conclure : « Ce qui me choque, c’est que cet arrêté d’interdiction n’apparaît ni nécessaire, ni adapté, ni proportionné » à la sauvegarde de l’ordre public.

S’il est saisi en appel, le Conseil d’État se prononcera dans les prochains jours.

Le Point

Police des mœurs laïques : une femme verbalisée pour le port d’un simple foulard à Cannes

Femme voilée verbalisée a cannes : « rentrez chez vous » « Ici on est catholiques » Siam a été lynchée par la foule

Mathilde Cusin, journaliste à France 4, est témoin par hasard de ce qui se passe depuis le boulevard du Midi, le long de la plage. Puis elle s’est approchée et a assisté à toute la scène. Notre consœur raconte : « J’ai vu trois policiers en train de regarder la plage. Deux d’entre eux avaient le doigt sur la gâchette de leur bombe lacrymo, sans doute au poivre. Ça m’a interpellée. Puis je les ai vus traverser la plage vers une femme voilée, elle portait un simple hijab sur les cheveux. »

Une policière se baisse à la hauteur de Siam. « Elle m’a dit : ‘Vous êtes au courant qu’il y a un arrêté sur la ville de Cannes ?’ J’ai dit que non, je ne savais pas exactement de quoi il en retournait, je n’avais pas trop suivi la polémique », explique alors la mère de famille.

Siam, sa sœur, sa mère et une amie de cette dernière sont stupéfaites, même si elles commencent à entrevoir que c’est le voile qui est visé : « Qu’est-ce qu’une tenue correcte pour vous ? » demande la jeune femme. Les deux autres policiers, qui ont rejoint leur collègue, lui rétorquent :

Si vous mettez votre foulard sous forme de bandeau autour de la tête, vous pouvez rester sur la plage. »

Dans le climat actuel, vous comprenez, « on est obligés de verbaliser », m’ont-il dit. »

Siam refuse toutefois de se dévêtir ou de quitter la plage.

« Ici, on est catholiques ! »

« Mes enfants étaient en pleurs, témoins de mon humiliation, ainsi que ma famille », raconte Siam. « Moi-même je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. Ils nous ont humiliées. »Autour d’elle s’est créé un attroupement. Si certains prennent sa défense, arguant qu’elle ne cause de tort à personne et ne porte pas de « burkini », d’autres se lâchent, les insultent fusent. 

« La parole raciste s’est totalement libérée. J’étais abasourdie », raconte-t-elle. « J’ai entendu des choses que l’on ne m’avait jamais dites en face, comme ‘rentrez chez vous !’ ‘Madame, la loi c’est la loi, on en a marre de ces histoires’, ‘Ici, on est catholiques !' »

« Certains ont carrément applaudi les policiers. D’autres ont traversé la route pour se joindre à la mêlée sur la plage. »

« Les gens lui demandaient de partir ou d’enlever son voile, c’était assez violent« , appuie Mathilde Cusin, « J’ai eu l’impression de voir une meute s’acharner sur une femme assise au sol en pleurs avec sa fillette. Ce qui m’a choquée, c’est que c’était surtout des trentenaires, pas des personnes âgées comme on pourrait l’imaginer. »

Les proches de Siam demandent aux policiers : « Si ce sont les signes religieux ostentatoires qui sont visés, comme vous dites, pourquoi n’allez-vous pas chasser les croix ? » « On ne va pas faire la chasse aux croix », leur répond-on. « Allez sur la route, madame, on vous demande de quitter la plage. »

Crier à l’amalgame et à la stigmatisation n’y fera rien : les policiers lui remettent alors une amende de 11 euros, qu’elle accepte à contrecœur de payer pour rester sur la plage.

« Aujourd’hui, on nous interdit la plage. Demain, la rue ? Après-demain, on nous interdira de pratiquer notre culte chez nous ? » s’insurge la Toulousaine. « Dans le pays des droits de l’homme, je ne vois pas de trace des principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Je suis révoltée que cela puisse se passer en France. »

« C’est vraiment du racisme pur et dur »

« C’est la première fois que je subis une discrimination », souffle Siam avec son accent toulousain. Au départ, elle a beaucoup hésité à parler de ce qui s’est passé, par peur de se mettre en avant.

« J’ai bien réfléchi. Je me suis dit que l’on ne pouvait pas laisser passer ça dans notre pays. Le pire, c’est que je suis un peu ‘Française de souche‘ ! Mes parents sont français, mes grands-parents sont françaisQuand on me dit ‘rentre chez toi’, ça me fait doucement rigoler, c’est vraiment du racisme pur et dur… »

Passé le choc, elle décide de réagir et contacte le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dont elle a découvert l’existence en même temps que celle de la polémique sur le « burkini » à son retour. Soutenue par une juriste pour monter son dossier, elle pense porter plainte contre la mairie de Cannes et l’Etat français.

 

L’Obs


Siam, 34 ans, maman de deux enfants, originaire de Toulouse, qui souhaite garder l’anonymat, se souviendra longtemps de sa petite escapade sur la côte d’Azur. 

Hijab plage mer sable voile foulard burkini voilée

  Ce mardi 16 août, elle est tranquillement assise sur la plage de Cannes La Bocca avec ses enfants et des membres de sa famille, quand trois policiers viennent à son encontre. « Ils m’ont dit que ma tenue n’était pas correcte et que le maire avait pris un arrêté qui leur donnait la possibilité de verbaliser celles et ceux qui ne respectaient pas la loi », dit-elle, toujours abasourdie par une telle décision.

Le 28 juillet dernier,  le maire Les Républicains (LR) de Cannes, David Lisnard, avait pris cet arrêté disposant que « l’accès aux plages et à la baignade sont interdits à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes moeurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime ». En gros, un arrêté « anti-burkini », du nom de ce costume de bain pour femme couvrant le torse, ainsi qu’une partie des membres et de la tête.

Siam verbalisée à la plage pour son voile

Pourtant, ce jour-là, Siam ne portait pas de burkini, assure-t-elle, mais un « simple hijab sur les cheveux ». « Je ne comptais pas me baigner, j’étais tout habillée« , précise encore cette dernière.

Après quelques vaines protestations, les policiers lui remettent une contravention de 11 euros, mais ne l’oblige pas pour autant à quitter la plage. De « nature discrète », sur le coup, elle hésite à en parler.

Ce n’est que vendredi dernier qu’elle décide à faire connaître sa mésaventure, d’abord sur les réseaux sociaux, puis en contactant des associations de lutte contre l’islamophobie, pas question pour elle d’en rester là.

Le Courrier de l’Atlas

The Guardian : quand des féministes françaises soutiennent des lois racistes

L’attitude française majoritaire à l’égard du « hijab », c’est-à-dire du foulard porté par certaines femmes musulmanes, est incompréhensible pour le reste de la planète. Pas seulement incompréhensible : elle est répréhensible. C’est ce qu’explique Christine Delphy dans une tribune publiée dans The Guardian. Nous publions ici la traduction en français du texte original.

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La première mesure ouvertement anti-musulmane a été le passage d’une loi en 2004 qui interdit aux jeunes filles d’aller à l’école en portant un « foulard islamique » – ce qu’il était appelé alors, avant de devenir, dans le patois journalistique, un « voile ».

 

Cependant, l’islamophobie, la peur et la haine de l’Islam et des Musulmans, n’est pas spécifiquement française : elle est répandue en Europe, en Amérique du Nord, bref dans tout le monde occidental. Bush Jr a décrété l’Islam ennemi du monde occidental, et c’est ainsi que ce monde en est venu à justifier l’invasion et la destruction d’une grande partie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale depuis les années 2000.

En France, cependant, en sus des raisons géopolitiques (l’alliance avec les Etats-Unis), l’islamophobie a des racines proprement françaises. La campagne idéologique contre l’Islam a commencé il y a plus de quarante ans. Thomas Deltombe a montré qu’entre les années 1980 et le milieu des années 2000, pas une semaine ne s’est écoulée sans que l’un ou l’autre des principaux hebdomadaires ne publie un numéro ayant un titre comme : « Devrions-nous avoir peur de l’Islam ? » ou « L’Islam est-il compatible avec la démocratie ? ». Les quotidiens, les radios et les télés faisaient preuve de la même obsession. Cela n’a fait qu’empirer au cours des années, au fur et à mesure que le public est devenu convaincu que la « civilisation occidentale » était menacée par l’Islam, et que ce danger était incarné en France par les cinq millions de descendants d’immigrés d’Afrique du Nord vivant en France – des Musulmans potentiels.

La loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles publiques se base sur la croyance que les signes religieux sont contraires à la laïcité, c’est-à-dire au sécularisme politique. La loi de 1905 mit en place une nouvelle règle, qui est de fait celle de tous les Etats modernes : pas de religion d’Etat, toutes les opinions et croyances – religieuses ou non – étant mises sur un pied d’égalité.

Pas d’interférence du clergé dans les affaires de l’Etat, ni de l’Etat dans les affaires religieuses. La liberté de conscience implique la liberté d’expression, et cette liberté signifie que les opinions – sur n’importe quel sujet – peuvent être exprimées en public comme en privé.

Aujourd’hui pourtant, cette loi est utilisée contre les Musulmans, car elle a subi une réinterprétation radicale de la part des politiciens, des journalistes et des lobbies ; elle a été, comme le dit Jean Baubérot, falsifiée. Elle est présentée comme disant le contraire exact de ce que la loi française et les Conventions internationales disent.

Même avant la loi de 2004 excluant les adolescente portant foulard de l’école publique – violant ainsi leur droit fondamental à l’instruction – les groupes féministes établis n’acceptaient pas les femmes portant foulard dans leurs réunions. Elles avaient décidé, assez tôt, que ces femmes ne pouvaient pas être féministes, et même, qu’elles étaient contre tout ce que le féminisme représente. L’une des ironies de leur posture est qu’elle les a menées à essayer physiquement de sortir des femmes portant foulard d’une manifestation… pour le droit à l’avortement (2005) ! En 2003, les féministes blanches décidèrent que le foulard est un « symbole d’oppression », et seulement cela – et pour elles il va sans dire que porter un symbole d’oppression ne peut signifier qu’une chose : que vous êtes pour l’oppression.

Ces féministes blanches n’ont jamais mis en question ce qu’elles portent elles-mêmes.

Si les féministes blanches voyaient vraiment les femmes portant le foulard comme des femmes opprimées, loin d’être une excuse pour les renvoyer de l’école et des mouvements féministes, ce devrait être une raison de les « prendre dans leurs bras ».

Les femmes qui portent le foulard sont pour la plupart les filles ou les petites filles de gens qui ont émigré d’Afrique du Nord, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, c’est-à-dire de territoires qui ont été conquis et colonisés par les Français. Ceux-ci leur ont attribué le statut d’ « Indigènes ». Durant toute la colonisation, qui a duré 130 ans pour l’Algérie, si les « Indigènes » étaient français, ils n’étaient pas des citoyens, mais des « sujets » de l’Empire français. C’est ainsi que les Français les connaissaient, et c’est ainsi qu’ils continuent de les voir : comme « pas vraiment » Français. C’est aussi ainsi qu’ils veulent les garder. Les femmes autant que les hommes subissent les manifestations de ce racisme. Les Blancs, quand on les interroge, expriment des sentiments extrêmement négatifs envers les Noirs et les Arabes. Ils adoptent aussi une posture de déni total vis-à-vis de la discrimination que notre société inflige aux Arabes et aux Noirs. Les femmes sont aussi discriminées que les hommes, et ont une conscience vive de cette communauté de destin.

Dans ces conditions, porter un signe religieux ostensible peut avoir plusieurs sens différents, et tous à la fois : cela peut signifier leur solidarité avec les autres membre du groupe racisé ; cela peut signifier la tentative d’échapper mentalement à leur condition objective en s’échappant dans la spiritualité que la religion leur offre ; ou revendiquer des racines que les Blancs jugent infamantes ; ou encore une protestation muette contre la façon dont les traitent les Blancs. Et bien d’autres sens encore.

Mais les Blancs, et parmi eux, un grand nombre de féministes, refusent de comprendre leur situation, et continuent de demander qu’elles agissent comme si elles n’étaient pas discriminées et humiliées tous les jours de leur vie ; comme si elles étaient « comme tout le monde », c’est-à-dire comme les Blancs ; or elles ne le sont pas. Au contraire elles font partie d’un groupe opprimé et défavorisé dans la société. Les fils et les filles d’immigrés africains, né.e.s en France, sont citoyen.ne.s aujourd’hui. Et cependant elles et ils sont deux fois plus au chômage que la population globale, sont persécutés par la police, et insultés par les Blancs.

Ainsi un sécularisme politique – la laïcité dévoyée de son sens – est utilisé pour priver les Musulmans de leurs droits fondamentaux – car en France les Musulmans sont majoritairement des Arabes. Ceci atteint d’abord les femmes. Les femmes musulmanes portant le foulard sont progressivement privées – loi d’exception après loi d’exception – de la plupart des possibilités d’emplois rémunérés.

Comme Saïd Bouamama l’a écrit en 2004, la version française de l’islamophobie n’est ni plus ni moins qu’une façon de rendre un racisme classique respectable. Que des féministes aident et encouragent une telle série de mesures racistes qui sont à la fois ouvertes et illégales, c’est plus qu’inquiétant.

Les féministes devraient comprendre que les femmes portant le foulard partagent avec les autres l’oppression patriarcale, avec en plus le handicap de la discrimination raciste. Elles devraient comprendre que ces femmes, portant le foulard ou non, aient envie de développer leur propre féminisme, en partant de leur propre situation, et que ce féminisme prendra forcément en compte leur culture islamique d’origine. Les féministes blanches contribuent à aggraver l’une des pires coupures de la société française, alors qu’il est urgent de la réparer.

Imsi

Une conseillère de François Hollande se voile pour pouvoir rencontrer le Pape

François Hollande a-t-il voulu envoyer un signe ostentatoire en direction de l’électorat catholique conservateur encore contrarié par l’instauration du « mariage pour tous »? En marge de sa rencontre avec le pape Francois mercredi 17 août, le président français lui a présenté les quatre membres composant sa délégation: Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et des cultes et trois membres de son cabinet élyséen.

En France les JT de 20 heures ne se sont guère attardés sur cette séquence. Mais au même moment en Italie, le journal de la Rai Uno a présenté des images que l’on croyait pourtant révolues: la seule femme de la délégation française, Claudine Ripert-Landler, conseillère de François Hollande en « communication, stratégie et international », s’est présentée devant le pape en portant… un foulard noir sur sa tête.

Un couvre-chef nommé « mantille ». Le quotidien belge Le Soir qui expliquait en mars 2015 à ses lecteurs « pourquoi la reine Mathilde portait un voile [blanc] devant le pape François » précisait que « pour les autres femmes devant se présenter devant le pape, une mantille noire est traditionnellement requise. Cette règle n’est cependant plus aussi suivie qu’avant ». Car si malgré la révision du droit canonique en 1983 le service protocolaire du Saint-Siège préconise toujours aux visiteuses du pape le port de la mantille, de fait, cette recommandation n’est plus une obligation.

Application stricte d’une règle protocolaire, comme l’assure l’Elysée, ou marque ostensible de respect à la fonction papale, la tenue vestimentaire imposée à la conseillère de François Hollande symbolise également un sacré retour en arrière.

Huffington Post