«Sein nu de Marianne» : une historienne corrige ce «crétin» de Valls

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Hier soir à Colomiers, en banlieue de Toulouse, Manuel Valls, visiblement en sueur, a invoqué Marianne pour parler de burkini sans le citer, déclarant ainsi : «Marianne elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça la République !». Ce qui a fait bondir sur Twitter l’historienne Mathilde Larrere, spécialiste des révolutions et de la citoyenneté et auteure de L’ urne et le fusil – elle a également coordonné le livre Révolutions – Quand les peuples font l’Histoire.

«Marianne a le sein nu parce que c’est une allégorie, crétin», s’est ainsi emporté la maître de conférences à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, avant de détailler sa réflexion dans une série de tweets désormais compilés sur un Storify, dans lequel Larrere rappelle que le sein de Marianne est dénudé «sur le modèle des allégories antiques, sans que ça signifie quoi que ce soit… juste un code artistique». In fine, la représentation au fil des ans de Marianne n’a rien à voir avec celle de la féminité : «tout ce qui se joue là est l’image que l’on veut donner de la République, et pas du tout ce qu’on veut dire des femmes !».

Libération

Le « dévoilement » des femmes, une longue histoire française

Il y a 12 ans, le 15 mars 2004 était votée la loi sur les signes ostentatoires à l’école, qui bannit le foulard des établissements scolaires secondaires et, par la même occasion, les jeunes filles qui le portent. Un dévoilement à la française promulgué par la loi faisant écho aux rituels coloniaux imposés aux « femmes indigènes ». Zhor Firar, militante associative et femme engagée, analyse ce « dévoilement à la française » du temps des colonies.

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Féminisme « colonial »

Pour maîtriser cet Orient, un des moyens utilisés fut le contrôle des corps des femmes indigènes. En témoignent des écrits de l’époque comme l’ouvrage de E.F Gaultier, professeur à l’université d’Alger (1931), intitulé Mœurs et coutumes des musulmans. Il écrivait : « Nous sommes pleins de pitié pour les femmes musulmanes cloîtrées et tyrannisées, leur émancipation nous paraît un devoir d’humanité, une loi du progrès. [5] »

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« Portraits de femmes algériennes dévoilées sous la contrainte prises par le photographe Marc Garanger en 1960.

Avec ces photographies, Marc Garanger apporte un témoignage saisissant concernant ces dévoilements forcés. Comme le relate Frantz Fanon, « Chaque nouvelle femme algérienne dévoilée annonce à l’occupant une société algérienne aux systèmes de défense en voie de dislocation, ouverte et défoncée [14] » La domination se justifie par ses exactions coloniales, et entend maîtriser cet Orient sauvage par tous les moyens. Malek Halloula dans son livre, Le Harem colonial [15] apporte lui aussi des témoignages frappants par le biais de centaines de cartes postales datant, pour les premières, des années 1900. On y voit les femmes indigènes progressivement dénudées et mises à disposition du colon.

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Malek Halloula dénonce l’imagerie coloniale et cette érotisation du corps de l’indigène destiné aux militaires et aux touristes. La femme indigène s’est retrouvée progressivement « folklorisée », « érotisée », « docilisée » et déshumanisée par le biais de tout un « patrimoine » iconographique.

Par ces dévoilements, le colonialisme a pratiqué une politique d’humiliation afin de montrer sa suprématie face à l’Orient désigné comme barbare. La violence subie par les femmes indigènes est un marqueur révélateur de la structure même du système colonial et de ses mécanismes idéologiques et politiques.

L’oppression coloniale était tolérée, sous couvert de projet civilisationnel et moderniste, armée d’une agressivité militaire, culturelle et raciste dont les corps des colonisés portent encore les blessures.

Contre Attaques

Torturée, violée par les troupes coloniales françaises, la résistante Kheira Garne est morte

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De son vivant, elle n’aura connu ni honneurs, ni reconnaissance officielle, ni attestation, ni pension. Elle, c’est Kheira Garne, un nom qui ne vous dit peut-être rien. Et pourtant ! A l’instar de Louisette Ighilahriz, Kheira Garne est de ces voix qui ont eu le courage de révéler au grand jour, à leur corps défendant, l’un des crimes les plus abominables de l’histoire coloniale, qui est resté longtemps, trop longtemps, couvert d’une chape de plomb : les viols massifs commis par l’armée française durant la Guerre de Libération nationale. Kheïra Garne n’avait que 15 ans lorsque des militaires français la torturèrent et la violèrent dans un camp de concentration à Theniet El Had, dans l’Ouarsenis. C’était en août 1959.

De ce viol collectif naîtra un enfant, Mohamed, qui voit le jour le 19 avril 1960, à El Attaf. Mohamed Garne restera 28 ans durant séparé de sa mère «biologique». Mohamed attaque l’Etat français en justice contre les «prescriptions» des Accords d’Evian, et obtient gain de cause. «Français par le crime», comme il dit, il demeure à ce jour la seule victime reconnue de la «Guerre d’Algérie».

Dans un numéro de l’émission «Secret de famille» sur France2 consacré au destin bouleversant de Mohamed Garne (première diffusion le 18 janvier 2012), Kheïra, sa mère, témoigne : «Pendant la guerre, nous étions dans la montagne. Ils (les soldats français) voulaient nous capturer. Il y avait les avions, les chars. On était dans le maquis. J’étais cachée dans un arbre et c’est un chien qui m’a trouvée.

On nous a emmenés dans un camp d’internement. Certains sont morts pendant la capture, d’autres ont survécu, comme moi.» Kheira était alors mariée à un valeureux maquisard de l’ALN, Abdelkader Bengoucha. L’armée française voulait ainsi soutirer à la jeune captive des informations sur les moudjahidine. Kheira est soumise à la «question».

«Ils nous ont torturés et ont attenté à notre honneur», raconte-t-elle dans ce reportage. «J’ai été frappée, ligotée, humiliée… Dieu seul sait ce qu’on a subi.

C’est dit. «On m’a violée, on m’a violée, on m’a violée !»

En novembre 1960, Kheira Garne et son fils Mohamed sont placés à l’orphelinat Saint-Vincent-de-Paul, à Alger. C’est cet orphelinat attenant au Palais du peuple. Fortement marquée par les terribles sévices qui lui ont été infligés pendant plusieurs mois, Kheira est transférée dans un établissement psychiatrique pour «crises de démence». Le petit Mohamed est confié à une nourrice. Dans le document diffusé par France2, Kheira déclare : «Ils m’ont dit ton fils est mort, j’étais désespérée.

Quand j’étais seule, je priais Dieu pour qu’il envoie quelqu’un qui le fasse revivre.» Il a fallu attendre un soir pluvieux de septembre 1988 pour que Mohamed vienne frapper à la porte de sa vraie mère. Dans l’intervalle, un parcours époustouflant qu’il raconte dans son autobiographie : Lettre à ce père qui pourrait être vous (Lattès 2005) — l’ouvrage a été réédité chez l’Harmattan en 2011 sous le titre :

Un jour, il consulte subrepticement le dossier administratif qui accompagne chaque pupille de l’Etat. Et c’est ainsi qu’il découvre le nom de sa mère biologique : Kheira Garne. Il entreprend, dès lors, des recherches folles pour la retrouver. Il est persuadé qu’elle est vivante. Le concours d’un de ses amis qui travaille dans la police est décisif. Un beau jour, il lui remet un bout de papier sur lequel sont griffonnés le nom et l’adresse de sa mère. A sa grande stupéfaction, il apprend que celle à qui il doit la vie logeait dans une espèce de grotte, entre les tombes, au cimetière Sidi Yahia, à Alger.

Dans le reportage de France 2, Kheira confie : «Je vivais dans ce cimetière à cause de la guerre et du destin ; j’ai choisi d’habiter avec les morts car les vivants m’ont fait du mal.»

El Watan

Essais nucléaires : L’Eglise protestante accuse l’État français de crime contre l’humanité

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L’Eglise protestante maohi, qui regroupe les protestants de Polynésie française, va attaquer la France pour crime contre l’humanité, en raison des conséquences des essais nucléaires dans l’archipel. La plainte sera déposée devant le tribunal de La Haye et devant l’Organisation des nations unies.

La Polynésie française a subi 193 essais nucléaires entre 1966 et 1996« Pour toutes les conséquences des essais nucléaires, et pour son mépris face à toutes les maladies endurées par les Polynésiens, l’Eglise protestante maohi a décidé de porter plainte contre l’Etat français au tribunal de La Haye », a annoncé le 7 août, devant les fidèles, Céline Hoiore, la secrétaire générale de cette église. Cette plainte doit aussi être présentée à l’ONU. La puissante église protestante prend régulièrement des positions à connotation politique et s’est déjà opposée aux essais nucléaires. Avec cette plainte, elle durcit le ton.

Les Polynésiens demandent l’indemnisation des patients touchés par des maladies radio-induites, la pérennisation de la dette nucléaire (un versement de l’Etat qui a baissé à plusieurs reprises depuis la fin des essais), ou encore la création d’un mémorial. Le président de la République, François Hollande, s’était engagé à accéder à ces requêtes lors de sa venue à Papeete en février.

France TV

Le Bénin demande à la France de restituer les trésors pillés pendant la colonisation

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C’est une nouvelle importante : le gouvernement du Bénin demande à la France de restituer les trésors pillés pendant la colonisation. Pour ce qui est des anciennes colonies d’Afrique subsaharienne, c’est une première. La décision a été prise lors du conseil des ministres du 27 juillet dernier. Le porte-parole de la présidence s’est exprimé en ces termes : « Le ministre de la culture et du tourisme a engagé des négociations avec les autorités françaises et l’Unesco pour le retour au Bénin de ces biens culturels ».

Depuis quelques années, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), on le sait, fait campagne pour la réparation des crimes liés à l’esclavage et à la colonisation. La restitution est évidemment une des modalités de la réparation. Selon Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali, 95 % du patrimoine culturel matériel de l’Afrique est en dehors de l’Afrique. Il s’agit en général de biens qui, pendant la colonisation, ont été volés, voire pillés, ou à tout le moins acquis dans des conditions très discutables. En Occident, on parle parfois des « biens mal acquis » des présidents africains, il faudrait également parler des biens mal acquis de l’Occident.
Le Monde

La Ligue des droits de l’Homme demande la restitution des têtes de résistants algériens, conservées dans un musée

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Des chercheurs ont interpelé les autorités françaises et algériennes sur le scandale que constitue à leurs yeux la présence de crânes de résistants algériens à la colonisation de leur pays au XIXe siècle dans des collections anthropologiques dépendant du Musée d’histoire naturelle.

Parmi ces restes humains, ceux de personnages parfaitement identifiés qui combattaient des troupes coloniales sous la Monarchie de Juillet, la Seconde République et le Second Empire, et qui, une fois faits prisonniers, ont été décapités afin d’exhiber leurs têtes devant les populations locales, leurs crânes étant ensuite collectionnés par des militaires avant d’être déposés dans des musées.

La Ligue des droits de l’Homme partage la demande exprimée par ces historiens et chercheurs d’une restitution symbolique de ces restes humains ; afin que leur histoire emblématique de la violence coloniale et du déni d’humanité qui l’a accompagnée soit reconnue comme un élément de notre histoire en décalage avec les principes proclamés en 1789 et dont nous nous réclamons aujourd’hui ; et pour que, loin de toute « repentance » et de toute « guerre des mémoires », cette page d’histoire ne soit pas déniée et réintègre notre mémoire nationale.

La Ligue des Droits de l’Homme

La Grande Mosquée de Paris fête ses 90 ans

Ce vendredi 15 juillet, la Grande Mosquée de Paris fête ses 90 ans. Inaugurée en 1926, elle a été construite pour remercier les musulmans d’Afrique du Nord de leur sacrifice pour la France pendant la Première Guerre Mondiale. Tout un symbole à l’époque, qui ne résonne plus pareil en 2016.

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Elle est bien loin des 671 ans de la cathédrale Notre-Dame de Paris, mais la Grande Mosquée commence à devenir une dame âgée. Elle fête ce vendredi 15 juillet, les 90 ans de son inauguration, en 1926, près du Jardin des Plantes, dans le 5è arrondissement de Paris, pour remercier les « Français d’Afrique du Nord » de leur sacrifice à Verdun particulièrement, lors de la Première Guerre Mondiale.

« Dès la fin de la guerre, dès l’armistice, le gouvernement français a décidé de proposer à l’Assemblée Nationale de voter un budget de construction d’une mosquée à Paris, raconte Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris. Et la proposition a été immédiatement votée à l’unanimité des deux chambres. C’est pour nous un événement exceptionnel d’amour, de confiance et de certitude dans l’avenir d’un destin commun d’une France qui allait devenir en grande partie musulmane. »

Symbole de l’amitié franco-musulmane de l’après-guerre

Le recteur y voit donc, un message et un symbole de paix « pour que l’ensemble de cette population nationale, française, des deux bords de la méditerranée ne forme qu’un ilot d’amitié, de fraternité de coop, tout pour vivre ensemble. » D’ailleurs, le jour de l’inauguration, le Préfet de la Seine aura ces mots : « Les Musulmans sentiront que la France et Paris les accueillent non comme des étrangers, mais comme des frères ! »

Que reste-t-il 90 ans plus tard ?

Mais alors qu’il sort de la Mosquée, 90 ans plus tard, Mohammed ne se sent pas comme un étranger en France, mais pas comme un frère non plus. « Il y a toujours la peur de l’autre parce qu’on ne se connaît pas. Mais pas seulement en France, partout dans le monde ça va mal. » Ce fidèle n’a pas la solution pour vivre ensemble, mais il veut « rester optimiste. »

France bleu

La directrice d’une ONG poursuivie en Serbie pour avoir parlé de «génocide» à Srebrenica

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Ce lundi, le monde entier commémore la tuerie perpétrée il y a 21 ans en Bosnie. Mais à Belgrade, il est dangereux de briser le tabou

Recevoir menaces et invectives est presque devenu une habitude pour Anita Mitic. À 26 ans, la directrice du bureau serbe de l’ONG Youth Initiative for Human Rights (YIHR, Initiative de la jeunesse pour les droits de l’homme) en est régulièrement la cible. «Il y a quelques jours, nous avons encore été publiquement pris à partie par un politicien pour avoir demandé de faire voter la reconnaissance du massacre de Srebrenica comme un génocide», raconte-t-elle.

L’exécution à Srebrenica, en Bosnie, de plus de 7000 musulmans à partir du 11 juillet 1995 par les forces serbes de Bosnie est l’un des sujets les plus sensibles dans le pays, vingt et un ans après les faits. Mais c’est également un puissant tabou dans la Serbie voisine. Si le président a demandé pardon pour le massacre, les autorités réfutent toujours le terme de «génocide».

L’une des principales activités de YIHR est d’œuvrer à la réconciliation régionale en poussant à reconnaître les crimes commis pendant les guerres des années 1990. L’organisation rend ainsi hommage aux victimes de Srebrenica chaque 11 juillet, jour officiel des commémorations.

La persistance de l’organisation est ce qui vaut aujourd’hui à sa directrice d’être poursuivie en justice pour avoir «illégalement organisé un rassemblement pour commémorer le «génocide» de Srebrenica» à Belgrade en 2015. «Nous avions prévu un rassemblement, autorisé, devant le Parlement. Il a été annulé au dernier moment en invoquant des raisons de sécurité», explique la jeune femme.

L’ONG décide alors de maintenir la manifestation, malgré les nombreuses menaces. Des groupuscules d’extrême droite les attendent sur place. «Ils nous jetaient des objets dessus, nous poussaient», se souvient Anita

Mitic. Quelques jours plus tard, elle reçoit une convocation au tribunal. Mais pas les membres des groupes ultranationalistes.

La Serbie connaît depuis plusieurs années une tendance inquiétante au retour au nationalisme des années 1990 et à la glorification des responsables de crimes de guerre. Dans son dernier rapport sur l’état de la justice transitionnelle, le Centre sur le droit humanitaire décrit la Serbie comme une oasis pour des milliers de criminels qui ne sont pas inquiétés par la justice serbe et pour ceux qui ont été condamnés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui rentrent au pays accueillis en héros.

Ceux qui osent élever une voix discordante sont immédiatement dénoncés. Les députés qui demandent un vote sur la reconnaissance du génocide de Srebrenica sont des «traîtres» attaqués par leurs pairs. Les activistes qui parlent de devoir de mémoire sont pris à partie par les tabloïds et la télévision. «Une fois, une émission a même affiché mon profil Facebook sur grand écran», se souvient Anita Mitic.

Pas question pour autant d’abandonner la cause. Pour la jeune femme, la persévérance est la clef pour inverser la tendance. Ce lundi soir, elle allumera à nouveau des bougies en mémoire des victimes de Srebrenica. «C’est le plus persistant qui gagnera», assure-t-elle, convaincue que l’avenir lui donnera raison.

24 Heures

Srebrenica: Il y a 21 ans, 8 372 musulmans étaient massacrés par les milices serbes de Bosnie

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Veuves ou filles de certains des plus de 8 000 hommes et adolescents musulmans tués en juillet 1995, par les forces serbes de Bosnie, des femmes pleurent, consolées par des proches. D’autres sont accroupies près des cercueils, en caressant l’étoffe verte ou y posant une fleur.  Retrouvées dans des fosses communes et identifiées depuis le dernier anniversaire, ces dépouilles vont être enterrées au mémorial de Potocari, près de Srebrenica, où les cercueils ont auparavant été disposés pour permettre aux proches de se recueillir.

A proximité, quelques hommes s’agenouillent et prononcent une prière. Plus loin, des familles attendent près des tombes creusées où les cercueils seront portés après la prière du midi qui sera prononcée par le grand mufti bosnien, Husein Kavazovic.

Selon les chiffres du Mémorial de Srebrenica, ce massacre a coûté la vie à 8 372 hommes, exécutés en quelques jours, cinq mois mois avant la fin de la guerre intercommunautaire en Bosnie (1992-95).

« Plus de mille personnes sont toujours recherchées », précise Lejla Cengic, porte-parole de l’Institut bosnien pour les personnes disparues. A ce jour, quelque 6 300 victimes du massacre ont été enterrées au mémorial de Srebrenica et 230 sur d’autres cimetières, selon la même source. Les restes de 350 personnes n’ont pas été inhumés, soit parce qu’elles n’ont pas été identifiées, soit faute d’accord des familles. Les morts de Srebrenica ont été retrouvés dans 77 fosses communes.

L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été condamné en mars par la justice internationale à 40 ans de prison pour crimes de guerre en Bosnie, et a notamment été reconnu coupable de génocide à Srebrenica. Soupçonné d’avoir ordonné ces massacres, l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, l’ex-général Ratko Mladic est actuellement jugé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye.

Le Parisien

La plus vieille bibliothèque du monde, créée par une femme musulmane, a rouvert ses portes

Au Maroc, la plus ancienne bibliothèque du monde, Al Quaraouiyine , située à Fès au Maroc et fondée en 859 apr. J.-C. par Fatima El-Fihriya, a rouvert ses portes grâce au travail de l’architecte maroco-canadienne Aziza Chaouni. Cette dernière a restauré l’établissement reconnu par l’UNESCO grâce aux financements fournis par l’organisation à but non lucratif TED.

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La bibliothèque Al Quaraouiyine, située à Fès au Maroc, fait partie de ces joyaux patrimoniaux : fondée entre 859 et 877 apr. J.-C., selon les sources, elle fait partie d’un ensemble comprenant une mosquée et une université. Fatima El-Fihriya, surnommée Oum al Banine, originaire de Tunisie, a créé ce complexe avec sa fortune personnelle : décédée en 880, elle suscite un immense respect à Fès, qui abrite de fait une des universités les plus anciennes du monde.

Entre ses murs ont lu et étudié Ibn Arabi, poète mystique et philosophe du XIIe siècle, ou encore l’historien et économiste Ibn Khaldoun, au XIVe siècle.

La réouverture de l’établissement est effective depuis la fin du mois de mai dernier, après plus de trois ans de travaux dirigés par Aziza Chaouni, elle-même originaire de Fès. « Quand vous grandissez dans cette ville, vous êtes happé par ces architectures et ces détails », explique-t-elle. Sa tante était elle-même architecte, et son apprentissage chez l’Italien Renzo Piano lui a fait réaliser quelle architecte elle souhaitait devenir.

La rénovation de la bibliothèque a été pour elle l’occasion de mener un projet chargé d’histoire et de symboles : Al Quaraouiyine a représenté pendant des siècles les échanges entre le Maroc et l’Europe, et Chaouni a tenu à utiliser des technologies d’énergie renouvelable, comme des panneaux solaires et des récupérateurs d’eau. 

Les rénovations n’étaient pas un luxe pour cet établissement, ouvert depuis des années à un public très restreint. La bibliothèque était peu isolée, et manquait d’un système de drainage moderne, ce qui a endommagé les sols et une partie des murs, d’où sortaient parfois des fils électriques. Sans oublier les manuscrits : « Quand j’ai visité la bibliothèque pour la première fois, j’ai été choquée », explique Aziza Chaouni. « Dans des salles abritant des manuscrits du VIIe siècle, température et humidité n’étaient pas contrôlées, et les plafonds étaient complètement fissurés. »

L’architecte a dû trouver l’équilibre entre le respect du bâtiment et la nécessité de le transformer pour qu’il devienne à nouveau un lieu de savoir, de partage et de culture : Aziza Chaouni a particulièrement apprécié la rénovation des fontaines, et a même réalisé de nouvelles installations, à partir de matériaux récupérés sur place. D’une manière générale, Chaouni a eu recours, dès que cela fut possible, à des réalisations d’artisans locaux.

La nouvelle bibliothèque comprend ainsi une salle de lecture, une autre destinée aux conférences, un laboratoire de restauration de manuscrits, et une collection de livres rares, sans oublier des bureaux rénovés et un café. Un espace sera également destiné à l’accueil d’expositions, avec une collection permanente et des événements temporaires.

Actua Litté

Une pétition réclame la restitution des têtes de résistants algériens, détenues par un musée

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Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au 19ème siècle, morts au champ d’honneur, sont entreposés dans de vulgaires cartons, rangés dans des armoires métalliques, au Musée de l’Homme de Paris.

Ces restes, des crânes secs pour la plupart, datant du milieu di 19ème siècle, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif « Boubaghla » (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Émir Abdelkader.

Il faut que ces restes soient rapatriés en Algérie pour y recevoir une digne sépulture!

Namibie : le premier génocide de l’Allemagne

Le premier génocide a eu lieu en Namibie, sur ordre des autorités allemandes de l’époque, à partir de 1904. Deux peuples ont été quasiment anéantis en l’espace de 4 ans : les Nama et les Héréro. Près de 100 000 morts sans sépultures, dont une partie dans des… camps de concentration.

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20 ans de colonisation « banalement » brutale

L’Empire allemand de 1871 n’a pas de colonies dignes de ce nom, et par une série d’accords, se voit accorder  — en 1884 — par les autres puissances coloniales, quatre zones d’expansion. L’Afrique du Sud-ouest est l’une de celles-ci, nommée « Südwestafrika ». Durant 10 ans, le IIe Reich va donc étendre son autorité sur ce territoire correspondant à l’actuelle Namibie, avec force répression, jusqu’à obtenir la signature d’un accord de protectorat avec le chef des Héréro, l’une des populations colonisée.

Les 10 ans qui suivent, faits de la « banale brutalité coloniale » en vogue à l’époque, voient tout de même un autre traité signé avec la population des Nama. Mais c’est en 1904 que le soulèvement des Héréro contre l’administration allemande va faire basculer la répression du colonisateur dans l’horreur.

Ordre officiel d’extermination

Les Héréro, en 1904, victimes de la spoliation de leurs terres, empêchés de pratiquer la transumance se soulèvent contre le colon allemand. Une garnison est détruite, plusieurs centaines d’Allemands sont tués, mais leurs femmes et enfants, épargnés. La réponse de Berlin ne se fait pas attendre : un corps expéditionnaire de 15 000 soldats est envoyé sur place, équipés de mitrailleuses, de canons et de grenades. 6 mois de « guerre d’usure » s’en suivront, jusqu’au moment où le général Lothar von Trotha, connu pour sa butalité et en charge de la répression des Héréro passe à la « vitesse supérieure ».  Sur un plateau, l’armée allemande massacre des milliers de Héréro à la mitrailleuse. La plupart des survivants héréro qui parviennent à s’enfuir vers le désert du Kalahari sont inlassablement pourchassés pour être massacrés.

La décision d’extermination date de ce moment là, selon les archives encore consultables en Namibie. Le général Lothar von Trotha fait empoisonner les points d’eau, poste des soldats au points stratégiques et leur donne un ordre officiel qui résonne encore lugubrement : « Chaque Héréro trouvé à l’intérieur des frontières allemandes, avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n’accepte aucune femme, aucun enfant, qu’ils s’en aillent ou je laisserai mes hommes leur tirer dessus« .

Les historiens sont unanimes pour dire qu’alors, la plupart officiers allemands pensent que c’est une guerre pour « la survie de la race blanche ». Exterminer les noirs africains devient donc, pour eux, une nécessité. L’ordre du général Trotha ressemble à sorte de « carte blanche à la troupe » pour tuer sans distinction.

Camps de concentration

En décembre 1904, l’information sur l’extermination des Héréro parvient jusqu’en Allemagne. Craignant une crise diplomatique les autorités militaires font annuler l’ordre d’extermination de Lothar von Trotha. Désormais les Héréro sont faits prisonniers.

6 camps de concentration, sur le modèle des camps sud-africains de la guerre des Boers sont donc construits pour y enfermer des milliers de Héréro survivants du génocide. La différence des camps allemands avec ceux d’Afrique du Sud réside dans la décision d’y faire travailler les prisonniers dans des conditions extrêmes, en les nourrissant à peine.

Identification par des médaillons avec numérotation, tenue d’un registre des morts : l’organisation bureaucratique des camps de concentration allemands de 1905 ne diffère pas beaucoup de celle des nazis 35 ans plus tard, selon les historiens, qui pensent même qu’elle les a inspirés. La seule nuance se trouve dans l’absence des chambres à gaz, mais la mortalité de ces camps africains est plus élevée que celle des nazis : sur 16 000 Héréro forcés à construire les infrastructures ferroviaires, plus de la moitié en mourront.

Un double génocide de l’horreur

En 1905, les Nama, suite au massacre des Héréro, se rebellent à leur tour, dans le sud du pays. C’est en avril 1905 que le général Lothar von Trotha promulgue, une nouvelle fois, un ordre d’extermination en direction des Nama. Celui-ci ne sera pas annulé. S’en suit une guerrilla qui se termine en 1906 avec la capture du dernier chef de cette population. Tous les prisonniers Nama sont alors envoyés dans un camp de concentration de sinistre réputation, nommé « Shark Island » (l’île aux requins). C’est dans ce camp que l’horreur absolue va être perpétrée. Un médecin allemand, le Docteur Fischer y « étudie » des têtes coupées de Héréro et de Nama qu’il conserve dans des bocaux. La démonstration de l’infériorité de la race noire face à la race blanche est la préoccupation centrale de ce « scientifique », qui inspirera la théorie de l’hygiène raciale nazie, et formera les médecins SS, dont le tristement célèbre Docteur Mengele qui sera son assistant.

Des scientifiques allemands demandent à cette époque l’envoi de crânes humains, pour confirmer leurs théories sur la dangerosité de la « mixité des races ». Le comble de l’abjection est atteint lorsque les responsables du camp forcent les prisonniers à faire bouillir les têtes d’autres prisonniers morts, puis de retirer leur chair à l’aide de morceaux de verre afin d’envoyer les crânes en Allemagne pour satisfaire « la soif de connaissance » des « scientifiques » de Berlin.

Depuis très peu de temps, en 2015,  ce double génocide des Héréro et des Nama a été officiellement reconnu comme tel par la voix du ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier (SPD) qui a annoncé publiquement que le massacre et l’internement inhumain des populations héréo et nama étaient « un crime de guerre et un génocide ».

En 2011, le musée anthropologique de l’hôpital de la Charité de Berlin a restitué 20 crânes de Héréro et de Nama à la Namibie. Malgré les excuses officielles du gouvernement, aucune indemnisation spécifique pour ce génocide n’a été envisagée par l’Allemagne, qui continue tout de même à participer au développement de la Namibie en lui allouant près de 12 millions d’euros par an…

TV5

Mon père, ce juif clandestin dans l’armée nazie

J’ai grandi à Manhattan. Quand j’étais enfant, mon défunt père, un juif né en Roumanie, aimait entonner des chansons allemandes sous la douche. A l’époque, je n’y comprenais rien. Mais après avoir étudié l’allemand à l’université, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’au rang de ses préférées, figurait le «Horst Wessel Lied», l’hymne du parti nazi, aujourd’hui encore interdit en Allemagne. 

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Ma mère également décédée, une Américaine de première génération qui s’est consacrée à son foyer, était elle aussi juive. Son père, un immigré polonais, était même rabbin. Et, voyez-vous, mon père s’est pourtant arrangé pour interdire quasiment tout –par exemple, un exemplaire de la Haggada– ce qui pouvait signaler la moindre proximité avec la religion juive dans notre appartement de l’Upper East Side.

Un jour, la nièce de ma mère a demandé à mon père ce que nous prévoyions de faire pour la fête de Pessa’h. Il est devenu blême et muet. Nous avons fini par fêter Noël parce que mon père y tenait absolument. Chaque année, mes parents, mon frère aîné et moi-même ressortions notre sapin artificiel du fond de la cave et regardions l’allumage rituel de la bûche de Noël (Cacho fio) à la télévision. A propos de l’identité religieuse de ma famille, rien n’était normal.

Arrivé en Amérique au début des années 50, mon père s’est forgé une brillante carrière de cadre à Wall Street. Dans l’un de ses premiers postes, il était préposé au service des opérations boursières de la société F. M. Mayer, aux côtés d’un autre réfugié transylvanien du nom de George Soros.

Quand j’étais petit, il me disait qu’il était catholique. Jeune adolescent, je me rappelle qu’une révélation lui a échappé: ses deux parents avaient été juifs, mais ils s’étaient convertis au christianisme vers l’année de sa naissance, 1925. Et c’est là que j’ai appris qu’il avait dû effacer sa judaïté pour survivre à l’Holocauste.

Dans son pays natal, la Roumanie, il avait fréquenté un lycée jésuite. Lorsque les Allemands marchèrent sur la ville au début des années 40, il fut appelé sous les drapeaux de l’armée nazie. Adolescent, il officia comme traducteur pour Friedrich Paulus, le général allemand défait contre les Russes à Stalingrad.

A mon adolescence, j’étais ému à chaque fois que j’imaginais le passé tragique de mon père, ce juif nazi qui vivait dans le mensonge. Mais qu’il fasse pression pour que moi aussi je coupe mes liens avec l’héritage juif de mes grands-parents, paternels et maternels, m’a dérangé.

Il est mort à l’été 2014, alors même que j’entamais l’écriture de mon livre First Dads: Parenting and Politics From George Washington to Barack Obama, que je lui ai dédicacé. Il s’est révélé une excellente référence lorsque je me suis mis à étudier l’évolution de la paternité au cours des 250 dernières années.

Un jour, mon père m’a dit que, l’une des raisons pour lesquelles il avait épousé ma mère, c’est qu’elle avait des allures de Wasp à l’extérieur et qu’elle était juive à l’intérieur. Avec ses yeux bleus et son teint pâle, elle ne «ressemblait pas à une juive». Quelque part en son for intérieur, une parcelle de lui avait une identité juive, mais il redoutait de se mettre en danger s’il la donnait à voir. Cette parcelle juive a souvent été occultée par ses autres parcelles, comme celle du soldat allemand qui restait attaché à la fois aux chansons du Troisième Reich et à tout l’attirail nazi. Quand la jaquette de son exemplaire écorné du Troisième Reich, des origines à la chute de William Shirer a commencé à s’user, il a découpé les croix gammées qui étaient imprimées sur la couverture. «Je ne veux pas qu’elles partent à la poubelle», m’avait-il dit en les rangeant soigneusement dans un tiroir.

Ces aspects contradictoires resurgissaient souvent lorsque revenais de la fac et que je lui parlais de l’identité juive qui naissait en moi. Cela le mettait, pour le moins, mal à l’aise et il me faisait quelques réponses toutes faites. Notamment: «Tu es comme Hitler, qui considérait le judaïsme comme une race ou «Le judaïsme est une malédiction!»  La première tenait à sa part juive qui exécrait Hitler, la seconde à sa part antisémite qui continuait de s’identifier à l’agressivité nazie. Et pendant ce temps, je tentais de comprendre, pour moi, ce que cela voulait dire d’être juif. Fallait-il appartenir à une race, à une culture ou à une synagogue? Ou aux trois, peut-être?

Slate

Deux siècles de présence française en terre d’Islam

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Les liens entre la France et le monde arabe ne datent pas d’hier. Dans un livre qui explore les relations entre l’empire colonial et les religions, Pierre Vermeren nous rappelle que la France a marqué sa présence en terre d’islam, dès la fin du XVIIIème siècle, grâce au général Bonaparte et son expédition d’Egypte. Mais aussi la conquête d’Alger et le protectorat sur le Levant.

RFI