Benjamin Stora « Il est quasiment interdit d’évoquer tout acte de violence commis par la France pendant la colonisation »

Après les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation qu’il a qualifiée de «crime contre l’humanité», l’historien Benjamin Stora réagit. Il donne raison au candidat. 

Pour illustrer le papier de Rébecca Frasquet : "Benjamin Stora: "Il faut affronter la guerre d'Algérie" ". Algerian born historian and writer Benjamin Stora poses on May 6, 2010 at his home in Asnieres-sur-Seine, a Paris suburb. Stora is one of 12 intellectuals who published a text on yesterday replying to accusations of colonial history "falsifications" in the Franco-Algerian film "Hors-la-loi", by Rachid Bouchareb to be presented at the Cannes Film Festival this month. AFP PHOTO BERTRAND LANGLOIS

La colonisation est-t-elle un crime contre l’humanité ?

BENJAMIN STORA. La définition juridique est très large : elle englobe aussi bien la Shoah que l’esclavage ou la colonisation. Cela fait très longtemps que les historiens ont apporté la preuve de massacres, de crimes, de tortures durant la longue période de la colonisation. En 1959, Michel Rocard publiait un rapport concluant à des déplacements de 2 millions de paysans en Algérie. Mais la France a construit un système juridique qui fait qu’aucune plainte ne peut aboutir et que cette période ne peut être jugée.

C’est-à-dire ?

Il est indispensable, pour qu’un crime contre l’humanité soit reconnu, qu’un Etat ou un particulier dépose plainte. C’est ce qu’avait tenté de faire Rocard en attaquant en 1986 Jean-Marie Le Pen pour torture pendant la guerre d’Algérie. Mais, en raison des lois d’amnistie votées dans les années 1960, aucune plainte ne peut aboutir. Seules des poursuites devant des tribunaux internationaux pourraient débloquer le processus. C’est un problème d’autant plus insoluble qu’en France, dès que l’on prononce les mots « crimes contre l’humanité », le débat se clôt ou se politise.

Il est quasiment interdit d’évoquer tout acte de violence commis par la France pendant la colonisation. On oppose immédiatement l’apport des « Lumières », l’oeuvre civilisatrice de la France… Or, en matière de colonisation, la France a bâti un faux modèle républicain : elle a proclamé le principe d’égalité mais ne l’a que rarement mis en pratique.

Le Parisien

Essai nucléaire en 1960 : 150 prisonniers algériens utilisés comme cobayes humains par la France

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René Vautier est mort le 4 janvier 2015. Résistant à 15 ans, il fut, avec pour seule arme sa caméra, engagé sa vie durant contre le colonialisme et les injustices ; emprisonné dès son premier film à 21 ans ; censuré comme nul autre réalisateur français ne le fut. Lui qui avait des liens si forts avec l’Algérie s’était fait l’écho d’un témoignage terrible. Il était surtout intervenu auprès d’amis algériens

Cela se passe au Centre saharien d’expérimentation militaire situé à Reggane, à 700 km au sud de Colomb Bechar. Les tirs sont effectués à Hamoudia, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Reggane. Le 1er avril 1960 a lieu le second essai nucléaire français, sous le nom de code “Gerboise blanche”. La bombe dégagea environ 4 kilotonnes.

Le tir a été l’occasion d’étudier la résistance des matériels militaires (avions, véhicules, parties de navires…) à une explosion nucléaire. L’armée française a mené des essais sur des rats, des lapins et des chèvres. Des exercices militaires en ambiance «post-explosion» ont été réalisés. Ils commencèrent vingt minutes après les tirs. Mais, environ 150 hommes vivants furent aussi exposés aux effets de la bombe, ligotés à des poteaux, à environ 1 km de l’épicentre.

Nous sommes en pleine guerre d’Algérie, cette guerre qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes algériennes, militaires et surtout civiles. Beaucoup de victimes meurent torturées. Pour le colonialisme français et son armée, la vie des algériens ne vaut pas cher à l’époque…

René Vautier, avait monté son film “Algérie en flammes”, tourné aux côtés des combattants algériens dans les studios de la DEFA (Deutsche Film-Aktiengesellschaft) en RDA. 
C’est là qu’il a appris que Karl Gass, réalisateur documentariste à la D.E.FA. avait recueilli le témoignage d’un légionnaire français d’origine allemande affecté à la base de Reggane. Le témoin affirmait avoir reçu, juste avant l’explosion, l’ordre de récupérer dans des prisons et des camps de concentration, 150 Algériens qui devaient être utilisés comme cobayes à proximité du point zéro. Il déclarait les avoir fait venir, les avoir remis à ses supérieurs hiérarchiques et ne les avoir jamais revus. Ce légionnaire a été affecté ailleurs en 1961.

M. Mostefa Khiati, médecin à l’hôpital d’El Harrach et M. Chennafi, enlevé avec cinq de ses amis de Staouéli (ouest d’Alger) à Reggane où ils devaient travailler, confirment ce témoignage (voir encadré “Ce que disent les Algériens”). En Algérie, la presse et les médias algériens, la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, des juristes, des médecins évoquent ces questions.

Suite sur le Matin d’Algérie

La fausse rumeur des « 7 millions d’Algériens en France »

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L’IFOP a interrogé 15 459 personnes de 15 ans et plus, représentatives de la population française pour son sondage, dont 874 qui se disent de confession musulmane. Cela représente environ 5,6 % des répondants. Si l’on applique ce ratio à l’ensemble de la population française, on arrive donc à une estimation de 3 millions de musulmans sur la base de cette étude.

« Complètement bidon ! », ont rétorqué certains internautes, déterrant des articles de 2015 qui avancent des chiffres bien supérieurs. Et pour cause, il y aurait 7 millions d’Algériens en France, selon l’ambassadeur français en poste à Alger en personne.

Preuve selon eux – et même si tous les Algériens ne sont pas musulmans – que le nombre réel de musulmans serait largement supérieur à 3 millions.

Exemple de message qui avance le chiffre.

POURQUOI C’EST FAUX

Dreuz Info, Boulevard Voltaire, Breizatao… De nombreux sites d’extrême droite ont en effet relayé, en février 2015, des propos prêtés à Bernard Emié, ambassadeur de France en Algérie. Dreuz cite ainsi le site France-Algérie, qui lui-même dit s’être appuyé sur Lexpressiondz. Ce dernier, quant à lui, ne donne pas sa source, mais rapporte cette phrase, que M. Emié aurait prononcée au cours d’une visite à « l’université de Tlemcen » au début de février 2015 :

« Le nombre de Français ayant un lien direct avec l’Algérie avoisine les sept millions. »

Sauf que le texte du discours prononcé par l’ambassadeur français le 3 février 2015 à l’université en question, consultable sur le site de l’ambassade, ne contient pas cette phrase, ni aucune déclaration comparable. Contactée pour en savoir plus, l’ambassade affirme également que M. Emié n’a pas tenu ces propos.

Le seul chiffre véritablement disponible est le nombre de personnes de nationalité algérienne présentes en France : 476 000 en 2013, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Un chiffre qui n’inclut pas les descendants – souvent français de naissance. On peut également citer le nombre d’électeurs algériens inscrits en France (qui peuvent être de nationalité algérienne ou avoir une double nationalité) : 815 000 en 2014.

Le Monde

L’Algérie ordonne le retrait immédiat de livres scolaires qui mentionnent Israël

La ministre algérienne de l’Education, Nouria Benghabrit-Remaoun, a ordonné le « retrait immédiat » des livres de géographie des écoles primaires après avoir remarqué la présence du nom d’Israël sur les cartes et l’absence de la « Palestine », a rapporté le journal Ennahar.
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D’après le rapport, la ministre a également ouvert une enquête contre la maison d’édition responsable de la publication de ces cartes.

La religion majoritaire en Algérie est l’islam sunnite et le pays se revendique profondément pro-palestinien comme la quasi-totalité des pays d’Afrique du Nord.

L’Algérie figure parmi les 5 pays les plus antisémites du monde.

La semaine dernière, l’équipe féminine paralympique algérienne de goalball a été visée par une enquête du Comité International Paralympique (IPC) soupçonnée de boycotter des matchs contre Israël.

Par ailleurs, un match amical de football entre le Ghana et l’Algérie programmé pour septembre, avait été annulé en juillet en raison de l’opposition du gouvernement algérien envers l’entraîneur de l’équipe ghanéenne d’origine israélienne.

I24

Torturée, violée par les troupes coloniales françaises, la résistante Kheira Garne est morte

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De son vivant, elle n’aura connu ni honneurs, ni reconnaissance officielle, ni attestation, ni pension. Elle, c’est Kheira Garne, un nom qui ne vous dit peut-être rien. Et pourtant ! A l’instar de Louisette Ighilahriz, Kheira Garne est de ces voix qui ont eu le courage de révéler au grand jour, à leur corps défendant, l’un des crimes les plus abominables de l’histoire coloniale, qui est resté longtemps, trop longtemps, couvert d’une chape de plomb : les viols massifs commis par l’armée française durant la Guerre de Libération nationale. Kheïra Garne n’avait que 15 ans lorsque des militaires français la torturèrent et la violèrent dans un camp de concentration à Theniet El Had, dans l’Ouarsenis. C’était en août 1959.

De ce viol collectif naîtra un enfant, Mohamed, qui voit le jour le 19 avril 1960, à El Attaf. Mohamed Garne restera 28 ans durant séparé de sa mère «biologique». Mohamed attaque l’Etat français en justice contre les «prescriptions» des Accords d’Evian, et obtient gain de cause. «Français par le crime», comme il dit, il demeure à ce jour la seule victime reconnue de la «Guerre d’Algérie».

Dans un numéro de l’émission «Secret de famille» sur France2 consacré au destin bouleversant de Mohamed Garne (première diffusion le 18 janvier 2012), Kheïra, sa mère, témoigne : «Pendant la guerre, nous étions dans la montagne. Ils (les soldats français) voulaient nous capturer. Il y avait les avions, les chars. On était dans le maquis. J’étais cachée dans un arbre et c’est un chien qui m’a trouvée.

On nous a emmenés dans un camp d’internement. Certains sont morts pendant la capture, d’autres ont survécu, comme moi.» Kheira était alors mariée à un valeureux maquisard de l’ALN, Abdelkader Bengoucha. L’armée française voulait ainsi soutirer à la jeune captive des informations sur les moudjahidine. Kheira est soumise à la «question».

«Ils nous ont torturés et ont attenté à notre honneur», raconte-t-elle dans ce reportage. «J’ai été frappée, ligotée, humiliée… Dieu seul sait ce qu’on a subi.

C’est dit. «On m’a violée, on m’a violée, on m’a violée !»

En novembre 1960, Kheira Garne et son fils Mohamed sont placés à l’orphelinat Saint-Vincent-de-Paul, à Alger. C’est cet orphelinat attenant au Palais du peuple. Fortement marquée par les terribles sévices qui lui ont été infligés pendant plusieurs mois, Kheira est transférée dans un établissement psychiatrique pour «crises de démence». Le petit Mohamed est confié à une nourrice. Dans le document diffusé par France2, Kheira déclare : «Ils m’ont dit ton fils est mort, j’étais désespérée.

Quand j’étais seule, je priais Dieu pour qu’il envoie quelqu’un qui le fasse revivre.» Il a fallu attendre un soir pluvieux de septembre 1988 pour que Mohamed vienne frapper à la porte de sa vraie mère. Dans l’intervalle, un parcours époustouflant qu’il raconte dans son autobiographie : Lettre à ce père qui pourrait être vous (Lattès 2005) — l’ouvrage a été réédité chez l’Harmattan en 2011 sous le titre :

Un jour, il consulte subrepticement le dossier administratif qui accompagne chaque pupille de l’Etat. Et c’est ainsi qu’il découvre le nom de sa mère biologique : Kheira Garne. Il entreprend, dès lors, des recherches folles pour la retrouver. Il est persuadé qu’elle est vivante. Le concours d’un de ses amis qui travaille dans la police est décisif. Un beau jour, il lui remet un bout de papier sur lequel sont griffonnés le nom et l’adresse de sa mère. A sa grande stupéfaction, il apprend que celle à qui il doit la vie logeait dans une espèce de grotte, entre les tombes, au cimetière Sidi Yahia, à Alger.

Dans le reportage de France 2, Kheira confie : «Je vivais dans ce cimetière à cause de la guerre et du destin ; j’ai choisi d’habiter avec les morts car les vivants m’ont fait du mal.»

El Watan