Le « dévoilement » des femmes, une longue histoire française

Il y a 12 ans, le 15 mars 2004 était votée la loi sur les signes ostentatoires à l’école, qui bannit le foulard des établissements scolaires secondaires et, par la même occasion, les jeunes filles qui le portent. Un dévoilement à la française promulgué par la loi faisant écho aux rituels coloniaux imposés aux « femmes indigènes ». Zhor Firar, militante associative et femme engagée, analyse ce « dévoilement à la française » du temps des colonies.

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Féminisme « colonial »

Pour maîtriser cet Orient, un des moyens utilisés fut le contrôle des corps des femmes indigènes. En témoignent des écrits de l’époque comme l’ouvrage de E.F Gaultier, professeur à l’université d’Alger (1931), intitulé Mœurs et coutumes des musulmans. Il écrivait : « Nous sommes pleins de pitié pour les femmes musulmanes cloîtrées et tyrannisées, leur émancipation nous paraît un devoir d’humanité, une loi du progrès. [5] »

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« Portraits de femmes algériennes dévoilées sous la contrainte prises par le photographe Marc Garanger en 1960.

Avec ces photographies, Marc Garanger apporte un témoignage saisissant concernant ces dévoilements forcés. Comme le relate Frantz Fanon, « Chaque nouvelle femme algérienne dévoilée annonce à l’occupant une société algérienne aux systèmes de défense en voie de dislocation, ouverte et défoncée [14] » La domination se justifie par ses exactions coloniales, et entend maîtriser cet Orient sauvage par tous les moyens. Malek Halloula dans son livre, Le Harem colonial [15] apporte lui aussi des témoignages frappants par le biais de centaines de cartes postales datant, pour les premières, des années 1900. On y voit les femmes indigènes progressivement dénudées et mises à disposition du colon.

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Malek Halloula dénonce l’imagerie coloniale et cette érotisation du corps de l’indigène destiné aux militaires et aux touristes. La femme indigène s’est retrouvée progressivement « folklorisée », « érotisée », « docilisée » et déshumanisée par le biais de tout un « patrimoine » iconographique.

Par ces dévoilements, le colonialisme a pratiqué une politique d’humiliation afin de montrer sa suprématie face à l’Orient désigné comme barbare. La violence subie par les femmes indigènes est un marqueur révélateur de la structure même du système colonial et de ses mécanismes idéologiques et politiques.

L’oppression coloniale était tolérée, sous couvert de projet civilisationnel et moderniste, armée d’une agressivité militaire, culturelle et raciste dont les corps des colonisés portent encore les blessures.

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