Islamophobie, antisémitisme : la Fachosphère «Fdesouche, Egalité et Réconciliation», arme d’intoxication massive

Mouvance disparate où cohabitent les sphères complotistes, antisémites, anti-musulmans… la fachosphère jouit désormais d’une audience telle qu’elle empoisonne le débat politique national.

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  • Fachosphère : arme d’intoxication massive

 

La fachosphère n’a certes rien d’un milieu homogène : sa diversité est celle de l’extrême droite. Y cohabitent identitaires et catholiques traditionalistes, nationalistes-révolutionnaires et disciples d’Alain Soral… Certains, telle l’actrice porno Electre, ont même tenté de mettre le X au service des idées nationales.

Immigration. Ces agents hétéroclites partagent a minima certains ennemis : élites, «mondialisme», libéralisme culturel… «Notre seul point commun, c’est vous, les médias, juge Pierre Sautarel, le créateur de Fdesouche. Votre réaction nous apporte la cohésion idéologique que l’on n’a pas forcément.»

Cette fachosphère roule-t-elle pour le FN de Marine Le Pen ? Elle affiche dans l’ensemble des positions plus radicales que cette dernière, voire de francs désaccords. Mais la plupart de ses représentants n’en valident pas moins les orientations fondamentales du parti, notamment l’hostilité envers l’islam et l’immigration. A l’instar d’un Eric Zemmour, la mouvance assume ainsi un rôle d’auxiliaire. Créant sur Internet un terrain favorable à la propagation des thèses du FN sans que ce dernier n’ait besoin de soutenir officiellement ces initiatives. La fachosphère reste une marge, mais de celles où se fabrique peut-être le débat politique de demain.

Boris Le Lay : le nazillon breton

«Bevet Breizh ! Breizh Atao !» («Vive la Bretagne, Bretagne toujours !»). Lancée d’un ton jovial, la devise ouvre chaque vidéo de Boris Le Lay sur YouTube. Avec ses traits juvéniles et ses longs cheveux blonds, ce Breton est une vraie gueule d’ange. S’il n’est pas l’une des figures les plus influentes de la fachosphère, il en est l’un des éléments les plus radicaux. Face caméra, le jeune homme disserte avec emphase sur ses nombreuses obsessions : indépendance de la Bretagne,«judéo-trotskisme», «croisade» contre «la secte mahométane»… Sur son site Breiz Atao, ces joyeusetés voisinent avec des références à l’Allemagne nazie, mais aussi avec les menaces et invectives adressées à ses têtes de Turc. Ancien militant du groupuscule indépendantiste Adsav, Boris Le Lay affiche un parcours baroque : il a basculé vers 2008 dans un antisémitisme forcené. Ses outrances lui ont valu de nombreuses condamnations – notamment deux ans de prison en avril à la suite d’une virulente diatribe contre une magistrate noire.

Pierre Sautarel : la voix de «Fdesouche»

Terrorisme, agressions, drames sociaux : Fdesouche consiste en une compilation d’articles anxiogènes liés à l’islam et à l’immigration. Le site se veut le «lobby des Français de souche» : il encourage ses lecteurs à «faire buzzer» les sujets les plus sensibles afin d’inciter les politiques à s’en emparer à leur tour. En mai, Fdesouche a activement contribué à l’annulation du concert du rappeur Black M à Verdun. En 2014, il avait aussi fait pression pour que le maire FN de Fréjus, David Rachline, reprenne sa croisade contre l’ouverture d’une mosquée dans sa commune. Sautarel n’est pas un inconnu au FN. Ancien habitué du Kop of Boulogne, un groupe de supporteurs du PSG, il a été membre du mouvement lepéniste. Et même prestataire de service de celui-ci entre 2006 et 2011, au sein de la cellule Internet du parti.

Alain Soral : l’entrepreneur conspirationniste

Il est l’une des figures les plus connues de la fachosphère et l’une des plus prospères. A bientôt 60 ans, le polémiste Alain Soral a bâti autour de son organisation «Egalité et Réconciliation» une véritable PME politique, dont le succès est indissociable du Web. Le site du mouvement est un véritable centre de formation idéologique où d’innombrables textes et vidéos déclinent la pensée du leader – un ensemble confus, puisant à différentes traditions d’extrême droite, où surnagent surtout antisémitisme et conspirationnisme. C’est aussi sur la Toile que l’ex-frontiste, désormais en duo politique avec «l’humoriste» Dieudonné, réalise un lucratif business à base de produits dérivés : tee-shirts, DVD, mais aussi grands classiques de la littérature conspirationniste, survivaliste ou antisémite. Tel Mein Kampf, bible d’un nazisme que la notice soralienne présente comme un simple «socialisme protecteur à l’intérieur de frontières assumées». 

Guillaume de Thieulloy : le magnat catho

Guillaume de Thieulloy est un Citizen Kane de la blogosphère catholique. A la tête du petit hebdomadaire droitier les 4 Vérités, ce royaliste revendiqué, familier des milieux «pro-vie» américains, est aussi directeur de la publication d’une série de sites et de blogs. Parmi eux, le Salon beige. Centré sur les questions identitaires, familiales et religieuses, le blog a connu un pic d’activité lors des mobilisations anti-mariage homosexuel. Relayant les actions de terrain des partisans de la Manif pour tous, il est vite devenu un incontournable carrefour pour une partie d’entre eux. Au grand dam de la direction du mouvement, où l’on déplore en privé le «positionnement intégriste, limite FN» du site.  L’homme rêve désormais de constituer un lobby «familialiste» en mesure d’influer sur la droite, grâce aux vastes fichiers de coordonnées que ses activités en ligne lui ont permis de constituer.

Libe

Antisémitisme sur Réseaux Sociaux : 1 an de prison ferme pour un militant d’extrême droite

L’homme avait tenu des propos injurieux sur Twitter et Facebook. Conformément à la loi, il a été condamné à de la prison ferme et une amende de plusieurs milliers d’euros

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Un militant d’extrême-droite, Hervé Lalin (dit « Ryssen ») a été condamné mercredi à un an de prison ferme pour des messages antisémites publiés sur Twitter et Facebook.

Le tribunal correctionnel de Paris l’a déclaré coupable des délits de provocation à la haine et injure raciale. Déjà condamné à plusieurs reprises, Hervé Lalin ne s’était pas présenté à son procès. 

Les juges ont estimé que les messages poursuivis, publiés en 2014 et 2015, étaient « à l’évidence de nature à susciter la haine contre les juifs », car ils « exhortent les lecteurs à les stigmatiser » et « exploitent l’un des thèmes antisémites les plus éculés, à savoir leur omniprésence dans l’économie et les médias« , et leur impute même « la responsabilité de la traite des Noirs ». 

Hervé Lalin a été condamné pour un montage représentant une fausse publicité pour un médicament pour « guérir du judaïsme ».

Le tribunal a ordonné le retrait des messages litigieux et a condamné le prévenu à verser 1 500 euros de dommages et intérêts à chacune des trois associations parties civiles et 1 000 euros pour les frais de justice.

Que dit la loi ?

En France, l’injure ou la provocation à la haine raciale est passible d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, y compris lorsqu’il s’agit de publications sur internet.

Liberté d’expression ou délit ?

Les propos injurieux, racistes, xénophobes, antisémites, islamophobes, diffamants ou incitant à la haine et la violence ne relèvent donc pas de la liberté d’expression mais bien d’un délit, passible de poursuites. 

Sud Ouest

Un général américain retweete – et supprime – un post antisémite

Un général américain à la retraite qui s’est exprimé à la Convention nationale républicaine de la semaine dernière est critiqué sur Twitter pour avoir retweeté un post qui semble blâmer les Juifs pour la récente fuite de mails du Comité national démocratique.

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Le lieutenant-général Michael Flynn a par la suite supprimé le tweet et présenté des excuses.

« La machine démocratique corrompue va faire et dire quoi que ce soit pour obtenir #NeverHillary (jamais Hillary) au pouvoir. C’est un nouveau coup bas », écrit Flynn dans le message original, dans un message auquel est attaché un tweet depuis un compte du nom de Saint Bibiana.

Le tweet joint semble se moquer d’une déclaration de la campagne d’Hillary Clinton disant que la Russie est derrière la fuite des e-mails du Comité national démocratique afin d’embarrasser le parti et d’aider à faire élire Donald Trump. Il laisse entendre que les Juifs sont en réalité derrière la publication des e-mails.

« CNN est impliqué. L’URSS est à blâmer !, déclare le tweet, ajoutant : « Plus maintenant, Juifs. Plus maintenant ».

Dans son tweet d’excuses, Flynn a dit qu’il souhaitait seulement tweeter le lien vers un article de CNN inclus dans le message antisémite. « Voilà ce qui aurait dû être retweeté… le retweet d’avant était une erreur », a écrit Flynn. « Mes plus sincères excuses ».

Time Of Israel

L’extrême-droite utilise de nouvelles parenthèses pour mener ses attaques antisémites

Après la parenthèse, la parenthèse inversée. Il y a un mois, 20 Minutes vous parlait de l’« écho », code utilisé par les suprématistes américains pour désigner les noms juifs. En fait, ces militants d’extrême droite encerclaient sur Twitter les noms à consonance juive de six parenthèses (ou parfois de crochets), pour encourager les trolls à harceler ces personnes.

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Le symbole « écho » était surtout monté en puissance lorsque des soutiens de Donald Trump avaient apostrophé plusieurs journalistes américains par ce code, comme Jonathan Wiesman du New York Times et Julia Ioffe, auteure d’un portrait de l’épouse Trump dans GQ. Melania Trump avait déclaré que la journaliste avait « provoqué » ces attaques antisémites.

Un symbole difficilement détectable

En réaction, des journalistes, des militants pour l’égalité des droits et de simples utilisateurs de Twitter avaient à leur tour commencé à encercler leurs propres noms de parenthèses, rendant ainsi illisible l’opération des suprématistes. Mais ces derniers n’ont pas renoncé. Leur nouvelle trouvaille ? Placer les parenthèses à l’envers, cette fois-ci autour de leur propre nom, de cette manière :

20 Minutes