Clémence pour “Air Cocaïne” mais pas de pitié pour les ados Marseillais

Air cocaïne Pascal Fauret Bruno Odos evasion République dominicaine trafic de drogue

« Les quartiers Nord de Marseille, une nouvelle fois le théâtre de la guerre des stupéfiants », annonce BFMTV dimanche dernier. « Un énième règlement de comptes sur fond de trafic de drogue », renchérit Anne-Claire Coudray sur TF1. Après la fusillade qui a causé la mort de trois personnes, dont deux mineurs de 15 ans, les télés unanimes attribuent le massacre aux trafiquants de drogue, encouragées par la déclaration de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur : « A ce stade, l’hypothèse de meurtres liés au trafic de stupéfiants est privilégiée. »

Manuel Valls confirme par un tweet : « Rien n’arrêtera la détermination de l’Etat à lutter contre le crime organisé. » « La cité des Lauriers a la réputation d’être une plaque tournante dans le trafic de drogue », commencent invariablement les reportages des télés, rappelant que « les trois victimes étaient connues des services de police ». « On peut parler de guerre de territoires, on a affaire à ce que j’appelle le narco-banditisme, une alliance des gangs des cités avec des organisations mafieuses », estime Jean-Michel Verne, « spécialiste du grand banditisme », interrogé sur BFMTV. « Qu’est-ce qui a changé ?, s’enquiert la présentatrice. La multiplication des armes lourdes, le jeune âge des personnes impliquées, la guerre des territoires, les cités : tout ça est une sorte de cocktail… »

Un cocktail frelaté. Le lendemain, lundi, le procureur de la République de Marseille indique que l’enquête sur le triple homicide « ne permet pas à ce jour d’affirmer qu’il y a un lien avec le trafic de stupéfiants. Aucune des trois victimes n’a été condamnée dans des affaires de stupéfiants », précise-t-il. Où l’on apprend que le majeur avait été condamné treize fois, dont une fois à quatre ans de prison ferme pour des violences aggravées ; qu’un des mineurs avait été condamné une fois pour violences aggravées, que le deuxième n’avait aucune mention à son casier. Et qu’une des victimes mineures était en outre revenue à Marseille très récemment, alors qu’elle habitait habituellement à Rennes.

Ces précisions arrivent trop tard. Les victimes, et notamment les deux mineurs, sont présentées comme des trafiquants de drogue en ouverture de tous les JT du dimanche. Et, le lundi, l’affaire est déjà reléguée en brève.

Même morts, les habitants des cités sont donc présumés coupables, comme le regrette Rouguyata Sall, du Bondy Blog, dans un article de Libé paru lundi (« Tuerie à Marseille : les mots devancent l’enquête »). Cette sévérité contraste avec la complaisance dont ont fait preuve toutes les chaînes pour relayer le plaidoyer d’autres personnes soupçonnées de trafic de drogue — d’une toute autre ampleur —, les deux pilotes de l’affaire « Air cocaïne » échappés de République dominicaine.

Conférence de presse en direct et en intégralité sur les chaînes info, avis d’experts (en barbouzerie, pas en trafic de stupéfiants), témoignage de la mère d’un des fuyards (pardon, « exfiltrés »), antennes ouvertes aux soutiens des deux pilotes…

L’un d’eux, l’eurodéputé du Front national Aymeric Chauprade, se multiplie pour passer en direct sur le plateau de BFMTV à 18h et sur celui de C à vous (France 5) à 19h, tout en donnant une interview pour Le 19.45 de M6 et pour le 20 heures de France 2, qui accueille les pilotes Pascal Fauret en plateau et Bruno Odos en duplex.

Tout au long de la journée, les journalistes tendent les micros pour relayer les deux arguments des pilotes arrêtés avec 680 kilos de cocaïne dans leur Falcon : la justice dominicaine est inique, nul pilote au monde n’est responsable des marchandises qu’il transporte. Personne ne prend la peine de les mettre en doute même si le dossier de leurs auteurs (mis en examen par une juge de Marseille) est beaucoup plus fourni que celui des deux mineurs assassinés à Marseille.

Dès décembre 2012, les gendarmes de Saint-Tropez (!) ont été alertés par le déchargement de nombreuses valises sur l’aéroport de La Môle depuis un avion en provenance de Saint-Domingue. Au total, avec celui qui leur a été fatal, ce sont trois vols transatlantiques très douteux qu’a effectués le même équipage à bord d’avions privés.

D’un côté, on déplore l’acharnement judiciaire dont sont victimes deux pilotes transportant 680 kilos de drogue. De l’autre, on assure sans aucune preuve que deux adolescents de 15 ans victimes d’une fusillade sont des trafiquants de drogue. Et au milieu, on commémore les émeutes de 2005… Cherchez l’erreur.

Télérama

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