Une association musulmane fermé par un arrêté préfectoral, l’avocat dénonce un acharnement de l’Etat

Un arrêté préfectoral vient d’ordonner la fermeture de l’association mulhousienne d’obédience musulmane Langue et Horizon, pour travail illégal. Un nouvel épisode pour cette organisation suivie de près, depuis plus d’un an, par les plus hautes autorités de l’État.

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L’association Langue et Horizon a été créée en 2009 et son objet social est d’enseigner la religion musulmane, mais aussi d’assurer un accompagnement scolaire. « Les enfants suivent les cours Pi par correspondan-ce » , comme le rappelle l’avocat de l’association, le Strasbourgeois Me François Zind. L’Éducation nationale contrôle aussi le niveau scolaire de ces enfants. En 2014, afin d’accueillir dans de meilleures conditions possibles la petite centaine d’enfants (âgés de 3 à 16 ans) qu’elle encadre, Langue et Horizon emménage dans des locaux de 700 m² boulevard de la Marseillaise, face à la caserne des pompiers de Mulhouse, et à une centaine de mètres du commissariat central.

« Bernard Cazeneuve suit directement le dossier »

Il se trouve que le but de cette association est également « de promouvoir les principes de l’islam dans le respect de ses valeurs », et c’est pour cette raison qu’elle propose également des cours de religion et d’arabe. Mais pour les autorités, derrière ce discours se cache peut-être autre chose : car les valeurs prônées sont celle d’un islam dit « des origines », que les représentants de l’État qualifient de « salafiste ». « Je dirais plutôt, un islam sunnite rigoriste », avance quant à lui Me François Zind.

Le 16 janvier 2015, l’association reçoit un courrier de la mairie de Mulhouse lui notifiant qu’elle fait l’objet d’un arrêté de fermeture administrative, la commission de sécurité ayant émis un avis défavorable au maintien de l’ouverture au public. Le président de l’association, Mounir Rabia, mandate alors Me Zind, qui dépose une requête en référé-liberté au tribunal administratif de Strasbourg à l’encontre de cet arrêté. Fin février, le juge ordonne au maire de suspendre l’exécution de son arrêté.

En mars 2015, une membre de Langue et Horizon, Mulhousienne de 22 ans convertie à l’islam, fait une demande pour un nouveau passeport. Il se trouve que quelques mois plus tôt, sa mère a alerté les autorités en disant que sa fille se serait radicalisée et qu’elle aurait tenu des propos tendancieux. Puis vient le 13 novembre 2015, et de nouveaux attentats qui ensanglantent la France. Le ministre de l’Intérieur décide immédiatement d’inter-dire à cette jeune femme la sortie du territoire, la prive de son passeport et sa carte d’identité. Là encore, Me François Zind intervient pour défendre les intérêts de cette dernière.

« En fait, Bernard Cazeneuve s’est chargé de prendre cette décision car il a décidé de suivre directement le dossier concernant Langue et Horizon, explique-t-il. Ma cliente avait comme projet d’aller faire un pèlerinage à La Mecque, dans un premier temps, et peut-être de suivre, en Arabie Saoudite, des cours de théologie, voilà tout. » S’en sont suivis des perquisitions administratives, des téléphones confisqués et, finalement, une décision du Conseil d’État donnant gain de cause à sa cliente.

« Les services de l’État stigmatisent une communauté »

Les services de l’État n’ont pas pour autant oublié l’association Langue et HorizonEt après les attentats du 13 novembre 2015, une enquête a démarré pour tenter de faire à nouveau fermer ce lieu. La justice a alors commencé à se tourner vers le code du travail, une juge d’instruction ayant été saisie dans le cadre d’une procédure pour travail dissimulé. « L’instruction est en cours, donc je ne peux pas trop en parler, commente Me François Zind. Mais, honnêtement, cela me semble tiré par les cheveux ! » Là aussi, d’après l’avocat, ce dossier serait suivi de près par le ministre de l’Intérieur.

« Depuis plus d’un an, tout a été fait en matière judiciaire, enchaîne Me François Zind. Il y a eu des enquêtes pour tenter de démontrer que des membres de Langue et Horizon étaient radicalisés : cela n’a rien donné. Il y a eu des perquisitions administratives en pagaille entre décembre 2015 et août 2016 : toujours rienMaintenant, on nous sort le droit du travail et on va même jusqu’à brandir un texte de 1873, édité sous le régime allemand, concernant le droit d’ouvrir une école… Franchement, je suis en colère car les services de police et de la préfecture du Haut-Rhin ne font que stigmatiser une communauté. »

Et voilà que vendredi dernier, le 2 septembre, un arrêté préfectoral a été rendu ordonnant la fermeture provisoire de Langue et Horizon pour travail illégal. L’association est donc fermée depuis lundi 5 septembre, pour trois mois.

« Pour l’instant, je ne sais pas ce que l’on va faire concernant cette décision, conclut Me François Zind. Mais c’est tout de même incroyable, alors même qu’il y a un dossier d’instruction en cours avec aucune décision de prise, que la préfecture décide comme ça de prendre cet arrêté. Si ce n’est pas de l’acharnement, je ne sais pas ce que c’est… »

L’Alsace

«Vanter le modèle d’intégration portugais est un choix politique pour stigmatiser les maghrébins»

La finale de l’Euro 2016 entre la France et le Portugal aura une résonance particulière dans un pays où vivent plus d’un million de personnes d’origine portugaise. L’éclairage de Victor Pereira, spécialiste de l’émigration portugaise.

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Le Portugal entretient des liens forts avec la France, pays où ont choisi d’émigrer de nombreux Portugais. Avant la finale entre la France et le Portugal, le coeur de cette communauté portugaise, très forte en Île-de-France, balancera forcément. Victor Pereira, maître de Conférences en histoire contemporaine à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, estime que 1,2 million de Portugais ou de Français descendants d’immigrés portugais vivent en France. Entretien avec ce spécialiste de l’émigration portugaise. 

Peut-on s’attendre à ce que la communauté portugaise présente en France supporte le Portugal lors de la finale? 

On parle souvent de « communauté portugaise », alors qu’il y a beaucoup de différences chez les Portugais. Certains ne vont pas suivre le match, d’autres, comme moi, vont considérer qu’ils sont déjà champions, quel que soit le vainqueur. Les plus visibles vont supporter le Portugal de façon ostentatoire: en mettant des maillots ou des écharpes. Ils veulent gagner, car il y a un passif de défaites contre les Français, ou parce que le Portugal n’a jamais gagné l’Euro, à la différence de la France. Mais tout le monde ne va pas avoir le même sentiment. Cela dépend notamment des régions où vous habitez. Si vous êtes dans une ville où la concentration de Portugais est importante, comme Champigny, vous allez plus être enclin à supporter le Portugal par exemple. 

En plus des différences géographiques, y a-t-il un facteur générationnel à prendre en compte? 

Effectivement, la première génération d’immigrés est plus attachée au Portugal. Ils ont émigré dans les années 60- 70, quand le Portugal était un pays pauvre et surtout connu pour sa dictature. Chez leurs enfants ou petits-enfants, beaucoup soutiennent le Portugal par fidélité vis-à-vis de leurs parents. C’est un pays auquel ils sont attachés, où ils vont souvent en vacances. C’est par exemple le cas de Français qui jouent pour la sélection portugaise comme Raphaël Guerreiro ou Anthony Lopes. Parfois les jeunes ont même une image idéalisée du Portugal. Ils y vont en vacances l’été, chez leurs famille. 

Les cas de Guerreiro ou Lopes sont-ils représentatifs de cet attachement des descendants d’immigrés? 

Il faut souligner que Guerreiro a la double nationalité, mais effectivement son cas n’est pas singulier. On peut également parler  de Adrien Silva, un Français. Le Portugal est un fort pays d’émigration et depuis quelques années, la sélection nationale est plus attentive aux performances des fils d’émigrés. D’autres fédérations, comme l’Algérie ou le Sénégal, font d’ailleurs la même chose. La mère de Griezmann avait ainsi été approchée par fédération portugaise quand il était adolescent, en raison de ses origines. Il y a une vraie volonté d’attirer les jeunes talents issus de l’émigration. Ce n’était pas forcément le cas à l’époque de Robert Pires par exemple. 

Quels sont les autres facteurs qui peuvent expliquer cet attachement au Portugal? 

Il y a également des critères économiques à prendre en compte, ainsi que la pression familiale. Mais Guerreiro et Lopes allaient souvent au Portugal dans leur jeunesse. L’idole de Lopes était Vitor Baia, le gardien de la sélection dans les années 90. Il faut également comprendre que quand vous êtes enfant, à l’école on vous renvoie parfois à vos origines portugaises, de façon plus au moins agréable, avec des blagues sur le BTP ou les travaux domestiques. Pires expliquait que même en 1998, en équipe de France, on l’appelait « le Portugais ». Pour les jeunes Portugais, être de la même équipe que Ronaldo, ou Figo avant lui, c’est une source de fierté. Si le Portugal était moins fort au foot, leur attachement à la sélection portugaise serait moins développé. 

Vous faites référence aux blagues sur le BTP, y a-t-il une forme de mépris envers les Portugais en France qui expliquerait cet attachement ? 

Il n’existe pas de racisme contre le Portugais comme il peut y en avoir contre des populations de couleur. Mais il y a bien une forme de mépris social, quand on parle des maçons ou des femmes de ménage. Le même phénomène est arrivé aux Italiens et aux Espagnols. C’est ce que décrivait l’écrivain François Cavanna dans son livre Les Ritals, ou Luis Fernandez dans ses autobiographies. Mais les Portugais sont bien intégrés dans la société français, et ils sont souvent cités comme des exemples. Cependant, il est vrai qu’il existe une vie communautaire portugaise importante, même si tout le monde n’y participe pas. En France, on compte 200 clubs de foot amateurs avec le mot « portugais » dans leur nom. Il y a un entre-soi relativement fort, c’est certain. 

Pourquoi vante-t-on alors autant le modèle d’intégration portugais? 

C’est un choix fait à des fins politiques, pour stigmatiser d’autres populations immigrées. On dit que les Portugais sont discrets, mais c’est parce qu’on décide qu’on ne ne veut pas les voir. En vrai ils sont plutôt visibles, notamment avec leurs drapeaux et leurs maillots. Mais ils bénéficient du paratonnerre maghrébin.

En France les problèmes de société sont focalisés sur les populations maghrébines. Les Portugais peuvent continuer à maintenir un lien avec leur pays, sans être victime de rejets. Parfois la Marseillaise est sifflée lors de matchs France-Portugal, mais personne ne le mentionne, ou si c’est le cas on parle de cas isolés. On n’assiste pas aux mêmes réactions quand la France joue contre des pays du Maghreb.  

L’Express

USA: un étudiant éjecté d’un avion et interrogé par le FBI pour avoir parlé arabe au téléphone

« Pourquoi parliez-vous arabe dans l’avion ? » Un étudiant irakien de l’université de Berkeley (Etats-Unis) a été exclu d’un avion à l’aéroport de Los Angeles, rapporte le New York Times (en anglais) dimanche 17 avril. Son tort : un coup de fil, passé en arabe à son oncle de Bagdad (Irak), qui a inquiété un passager.

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Les faits se sont produits le 6 avril. Ce jour-là, Khairuldeen Makhzoomi embarque à bord d’un vol Los Angeles-Oakland de la compagnie Southwest Airlines. Il appelle son oncle, pour parler de sa rencontre avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, lors d’un colloque« J’étais très excité donc j’ai appelé mon oncle pour lui raconter », explique-t-il au New York Times.

« Il m’a parlé comme si j’étais un animal »

C’est après avoir raccroché qu’il se rend compte qu’il y a un problème. Sa voisine le fixe, puis se lève. Un employé arabophone de la compagnie arrive quelques minutes plus tard. « Pourquoi parliez-vous arabe dans l’avion ? », lui lance-t-il, avant de l’escorter hors de l’avion. « Il m’a parlé comme si j’étais un animal », raconte Khairuldeen Makhzoomi, 26 ans.

Un représentant de l’association CAIR, qui défend les droits des musulmans aux Etats-Unis, explique au quotidien américain que ce cas n’est pas isolé. Selon ses calculs, six musulmans ont été éjectés d’un vol depuis le début de l’année« Nous sommes inquiets parce que les musulmans sont de plus en plus surveillés et harcelés de manière injustiée lorsqu’ils voyagent », explique Zahra Billoo.

Ejecté de l’avion, Khairuldeen Makhzoomi a ensuite été fouillé par les policiers de l’aéroport en public, avant d’être interrogé par trois agents du FBI dans une pièce. Lavé de tout soupçon, il a ensuite pu obtenir le remboursement de son billet.

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