Les identitaires investissent le Front national

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Plusieurs cadres de cette mouvance radicale d’extrême droite obtiennent des promotions au sein du parti frontiste.

Steeve Briois est à Antibes pour une réunion publique face à près de 150 militants du Front national des Alpes-Maritimes. Le maire de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) commence son discours avec un mot pour Philippe Vardon, assis à sa droite sur la tribune. « Je ne regrette pas d’avoir été un des rares à faire ta promotion, alors qu’il y avait une sorte de fatwa lancée contre toi », revendique le vice-président du FN. Le conseiller régional de PACA, 36 ans, reçoit l’hommage d’un hochement de tête timide.

La marque de soutien n’est pas anodine pour l’intéressé, connu pour son physique massif et son parcours politique radical : il a chanté pour le groupe de rock identitaire Fraction – qui charriait dans ses concerts des skinheads et des saluts fascistes – et a été un des deux principaux dirigeants du Bloc identitaire. En 2013, son adhésion au Rassemblement Bleu Marine avait été retoquée du fait de ce pedigree.

Aujourd’hui, l’homme est devenu un élément-clé de la direction de campagne de Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle, nonobstant sa condamnation à six mois de prison ferme en octobre 2016 par le tribunal correctionnel de Draguignan (Var) pour sa participation à une rixe à Fréjus en 2014. Condamnation dont il a fait appel.

« Ce sont nos trotskistes »

Son ascension au sein du FN illustre la relative lune de miel qui unit le parti lepéniste et une frange de la mouvance identitaire. L’affaire peut sembler paradoxale, avec d’un côté une formation politique qui cherche à se normaliser et de l’autre une minorité radicale qui lutte en faveur de la « rémigration » – le retour des immigrés dans leur pays d’origine –, contre l’islam et contre la « fracture ethnique » (en clair, contre le métissage). Entre, d’un côté, un parti jacobin et souverainiste, et, de l’autre, un groupuscule de quelques milliers de militants revendiqués qui ne cache pas son régionalisme.

Mais, après une brève période d’affrontement électoral, chacun voit son intérêt dans cette alliance de circonstance. Pour la plupart jeunes, rompus à la communication numérique et à l’agit-prop, les militants identitaires trouvent un débouché professionnel dans les collectivités administrées par le FN. Et ce dernier, en plein essor électoral, est trop heureux de récupérer des cadres correctement formés, dont il manque cruellement.

« Depuis 2012, la stratégie du Bloc identitaire [rebaptisé “Les Identitaires” en juillet 2016] est de pratiquer l’entrisme, relève l’historien Stéphane François, spécialiste des droites radicales. Le deal, c’est d’un côté pour le FN de récupérer des militants avec un savoir-faire, et de l’autre, pour les identitaires, la possibilité de pratiquer l’entrisme idéologique. » 

Au Front national, certains plaisantent à ce sujet : « Ce sont nos trotskistes. » L’entreprise n’est pas sans efficacité. Comme le note Stéphane François, les thématiques portées par les identitaires dominent au sein de l’extrême droite, même si la direction du FN rechigne, pour l’instant, à calquer sa ligne sur la leur.

« C’est un tueur en com’ »

La députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, elle, assure n’avoir « jamais eu de problèmes » avec ces militants. La jeune femme a rameuté un certain nombre d’entre eux au sein du parti et n’hésite pas à populariser leurs thèses. « Philippe Vardon, c’est un tueur en com’, il est très bien formé politiquement. C’est leur maître à penser », assure Mme Maréchal-Le Pen à propos de celui qu’elle a poussé comme tête d’affiche de ses listes aux élections régionales en 2015.

Pas étonnant, donc, de retrouver le « tueur » au sein de la cellule « idées-images » de Marine Le Pen. Ou comme prestataire de services, avec son frère Benoît Vardon, du député européen Nicolas Bay. Ce dernier a d’ailleurs embauché comme assistant parlementaire l’ancien patron des identitaires marseillais, Guillaume Pradoura.

Et la nièce de Marine Le Pen, quant à elle, a salarié au conseil régional de PACA Damien Rieu – un pseudo –, chef de file de Génération identitaire (la branche « jeunes » du Bloc identitaire) et contributeur du site de la fachosphère « Fdesouche ». Le jeune homme a aussi cofondé la société de communication Janus, prestataire de la députée.

Malgré cette porosité, le mot « identitaire » sent encore le soufre au FN. « Il n’y a pas de traitement de structure à structure, tient à préciser un dirigeant frontiste. Quelques éléments raisonnables travaillent avec nous. D’autres sont plus folkloriques. La mouvance est assez hétérogène. » Si Mme Maréchal-Le Pen se félicite du fait que les identitaires « s’associent » aux manifestations frontistes sur le terrain – « le FNJ [Front national de la jeunesse] est souvent avec eux » –, le directeur du FNJ, Gaëtan Dussausaye, assure pour sa part qu’il n’y a « aucun travail commun »« Ce sont des associations qui défendent des visions et des objectifs différents », affirme ce proche du vice-président du FN, Florian Philippot. Entre la « fatwa » et l’amour fou, il reste une marge.

Le Monde

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