Assigné à résidence car il est tireur sportif et musulman pratiquant

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En novembre 2015, Abdel Hajji, au casier judiciaire vierge, est brutalement arrêté puis assigné à résidence durant trois mois. Butin de la perquisition : des armes qu’il détient en toute légalité. Un an plus tard, le tribunal administratif a invalidé le dossier et condamné l’Etat à verser une broutille. Reste un profond traumatisme.

De l’intervention du GIGN, il ne reste que peu de traces visibles. La porte de la maison dynamitée a été rafistolée. La baie vitrée remplacée. Mais dans la tête d’Abdel Hajji, ça tourne encore en boucle. La perquisition en pleine nuit, l’arrestation violente et l’assignation à résidence pendant trois mois. L’humiliation, aussi, d’avoir été considéré comme un potentiel terroriste. Il est tireur sportif et musulman pratiquant : le préfet de l’Yonne ne s’embarrasse pas de détails pour l’ériger en menace. Allant jusqu’à fonder ses arrêtés sur une fragilité psychologique à la suite d’un accident industriel où l’un de ses collègues est mort devant ses yeux quelques mois auparavant. Mais pièce après pièce, les charges s’effondrent. La perquisition est annulée par le tribunal administratif et son assignation est levée en février. Aujourd’hui, le dossier est vide. Il ne reste quelques tee-shirts de contrefaçon pour lesquels la justice a finalement tenté de le poursuivre. Le 8 décembre, il a appris par courrier que l’Etat était condamné à réparer son préjudice.

Abdel, 31 ans, de nationalité marocaine, dort dans sa chambre. «Je me suis réveillé en sursaut et je suis sorti les bras en l’air, les agents m’ont mis un coup de bouclier dans la tête qui m’a projeté contre un mur», mime l’électromécanicien. Puis Abdel poursuit par le récit de «cinq minutes interminables» de coups et d’insultes racistes de la part de l’unité d’élite : «Une fois maîtrisé au sol, un gendarme m’étranglait et pesait de tout son poids sur mon dos tandis qu’un autre m’enfonçait son doigt dans l’œil, un d’eux répétait des insultes en boucle : « Fils de pute de terroriste », « Sale Arabe de merde, on va te tuer ».» Il s’en sort avec cinq jours d’ITT et en garde une discrète cicatrice à l’arcade.

Lors de la perquisition, dans cette maison qu’il partage avec des membres de sa famille, les gendarmes saisissent l’arsenal du tireur sportif dont trois armes soumises à autorisation : un pistolet, des fusils de chasse et un fusil semi-automatique, réplique de kalachnikov. Tout est pourtant dans les règles : licence fédérale, permis de chasse et déclaration de toutes les armes. «En France, ce n’est pas possible d’avoir la passion du tir et d’être musulman», en déduit Abdel Hajji. Les gendarmes saisissent aussi un drapeau du Tawhid, qui énonce le premier pilier de l’islam : «Il n’y a pas de dieu autre qu’Allah». Un symbole commun mais repris depuis par la propagande de l’Etat islamique.

Des bruits courent rapidement autour de lui. «Les gens disaient que j’avais un drapeau de Daech chez moi, se désole-t-il.Quand j’en ai eu écho, ça m’a détruit.» Sa vie sociale en prend un coup : «Avec certains voisins, on discutait de temps en temps. Maintenant, ils ne me disent même plus bonjour.» L’intervention des forces d’élite déroge à la tranquillité d’un village «où tout le monde se connaît». L’angoisse et les rumeurs font le reste. La note blanche, document anonyme parfois peu étayé produit par le ministère de l’Intérieur, apporte la touche finale du tableau grossièrement dressé.

L’électromécanicien serait «en relation avec un malfaiteur belge d’origine marocaine». Devant le juge administratif, la préfecture évoquera par la suite un lien «indirect», sans jamais fournir plus d’éléments. Dans la foulée, il est assigné à résidence. Casier vierge et inconnu de la police jusqu’alors, Abdel doit pointer trois fois par jour à la brigade de gendarmerie locale.

Libe

4 réflexions sur “Assigné à résidence car il est tireur sportif et musulman pratiquant

  1. A reblogué ceci sur Xamxam Islamet a ajouté:
    En novembre 2015, Abdel Hajji, au casier judiciaire vierge, est brutalement arrêté puis assigné à résidence durant trois mois. Butin de la perquisition : des armes qu’il détient en toute légalité. Un an plus tard, le tribunal administratif a invalidé le dossier et condamné l’Etat à verser une broutille. Reste un profond traumatisme.

    De l’intervention du GIGN, il ne reste que peu de traces visibles. La porte de la maison dynamitée a été rafistolée. La baie vitrée remplacée. Mais dans la tête d’Abdel Hajji, ça tourne encore en boucle. La perquisition en pleine nuit, l’arrestation violente et l’assignation à résidence pendant trois mois. L’humiliation, aussi, d’avoir été considéré comme un potentiel terroriste. Il est tireur sportif et musulman pratiquant : le préfet de l’Yonne ne s’embarrasse pas de détails pour l’ériger en menace. Allant jusqu’à fonder ses arrêtés sur une fragilité psychologique à la suite d’un accident industriel où l’un de ses collègues est mort devant ses yeux quelques mois auparavant. Mais pièce après pièce, les charges s’effondrent. La perquisition est annulée par le tribunal administratif et son assignation est levée en février. Aujourd’hui, le dossier est vide. Il ne reste quelques tee-shirts de contrefaçon pour lesquels la justice a finalement tenté de le poursuivre. Le 8 décembre, il a appris par courrier que l’Etat était condamné à réparer son préjudice.

    Abdel, 31 ans, de nationalité marocaine, dort dans sa chambre. «Je me suis réveillé en sursaut et je suis sorti les bras en l’air, les agents m’ont mis un coup de bouclier dans la tête qui m’a projeté contre un mur», mime l’électromécanicien. Puis Abdel poursuit par le récit de «cinq minutes interminables» de coups et d’insultes racistes de la part de l’unité d’élite : «Une fois maîtrisé au sol, un gendarme m’étranglait et pesait de tout son poids sur mon dos tandis qu’un autre m’enfonçait son doigt dans l’œil, un d’eux répétait des insultes en boucle : « Fils de pute de terroriste », « Sale Arabe de merde, on va te tuer ».» Il s’en sort avec cinq jours d’ITT et en garde une discrète cicatrice à l’arcade.

    Lors de la perquisition, dans cette maison qu’il partage avec des membres de sa famille, les gendarmes …

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  2. « Le 8 décembre, il a appris par courrier que l’État était condamné à réparer son préjudice. »
    Donc nous sommes bien dans un État de droit et des boulettes ça arrive ! L’État est donc sensé remettre l’appartement dans le même état qu’auparavant. Pour le préjudice moral, ce n’est jamais très élevé. Reste les insultes à caractères racistes, qui ne semblent pas avoir été retenues contre l’Administration. C’est un délit pénal, il n’y a aucune légitimité à en faire usage, bien au contraire, et en plus elles sont accompagnées de violences qui ne semblent pas être justifiées. Toujours pareil : il faut voir le dossier…
    Il peut toujours faire appel dans les deux mois.

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