Attentat : Quand de Gaulle était la cible d’une « fatwa chrétienne »

S’appuyant sur des archives inédites, l’historien Jean-Noël Jeanneney remet en perspective un attentat dont la déflagration se fait encore sentir.
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« Le général de Gaulle a été condamné à mort pour le crime de haute trahison par un tribunal militaire, le 3 juillet 1962. Le 22 août, à 20 heures 20, un commando du 1er Régiment d’Opérations spéciales a attaqué au fusil-mitrailleur et au pistolet mitrailleur le convoi du Président de la République sur la Nationale 306, à proximité du carrefour du Petit-Clamart. Cette opération a été effectuée sur ordre du Haut Commandement militaire en métropole, en application des directives de la commission exécutive du CNR.»Six semaines après les faits, une revendication pétrie de bluff voulut donc faire croire en l’existence de structures clandestines drapées dans la légitimité d’une instance résistante – le Conseil national de la Résistance – faussement ressuscitée par les ultras de l’Algérie française décidés à exécuter le chef de l’Etat.

« Tuer de Gaulle à tout prix »

Dans un livre tenant à la fois du roman d’espionnage et de l’essai historique, Jean-Noël Jeanneney analyse les ramifications d’un épisode célèbre mais finalement peu connu, dont les quarante-cinq secondes synthétisent une époque pas si éloignée de la nôtre.

A l’heure où le pays, meurtri par le terrorisme islamiste, se fractionne face à une extrême droite au poids grandissant, il paraît en effet urgent de comprendre les circonstances, le sens et les conséquences – réelles comme uchroniques – d’un attentat mû par des considérations théologiques trop longtemps négligées: «Le projet meurtrier a pu prendre les apparences d’une fatwa à la mode chrétienne, telle que le passé en fournit bien des exemples», explique Jeanneney, non pour relativiser le présent, mais pour mieux l’éclairer.

« Tuer de Gaulle à tout prix », tel était le mantra agité par une OAS atomisée. Alors que l’Algérie accédait à l’indépendance, ses cadres n’aspiraient plus qu’à se venger dans le sang. Agissant dans une certaine autonomie, les quatorze hommes impliqués dans le commando du 22 août se sont agrégés au hasard des rencontres, limitées à l’horizon des fanatiques de l’Algérie française, où se mêlaient têtes brûlées, officiers aveuglés par la haine et, d’après l’un d’eux, des «catholiques pratiquants» convaincus d’accomplir un «tyrannicide légitimé par l’Eglise» censé ouvrir les yeux du peuple français.

« Opération Charlotte Corday »

Le chef du groupe, Jean-Marie Bastien-Thiry, est issu d’une longue lignée de ministres et d’officiers supérieurs imprégnés de traditionalisme. Animé d’une foi ardente, ce lieutenant-colonel énigmatique et dépressif, loué pour sa «ténacité»et sa «droiture», n’a jamais combattu, mais tentera à plusieurs reprises d’assassiner celui qu’il compara volontiers à Hitler, voire à l’Antéchrist, lors d’un procès traversé de débats théologiques.

Autre factieux de première importance, Alain de Bougrenet de La Tocnaye, vichyste devant l’éternel, assure compter des croisés parmi ses ancêtres et se réclame de Saint Louis. Se disant «engagé devant sa patrie et devant Dieu», il a été mis en contact avec Bastien-Thiry par l’«archétype de l’homme de l’ombre», Jean Bichon alias «commandant S», cinquante ans et âme damnée du complot. Officier blessé en juin 1940, cet ancien employé du Commissariat aux affaires juives de Vichy fut de toutes les conjurations antigaullistes, notamment le putsch des généraux d’avril 1961. Avec une douzaine de comparses, Bastien-Thiry tendit donc un traquenard, «l’opération Charlotte Corday», qui échoua par la grâce d’une succession de coïncidences dont l’histoire a le secret.

L’impact est néanmoins immédiat : après une brève traque, une justice d’exception et dénuée de recours condamne à mort Bastien-Thiry, exécuté en mars 1963, et deux de ses lieutenants, graciés. Homme de sang-froid et plein de sens politique, de Gaulle sut surtout tirer profit de l’affaire pour imposer l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, et ainsi renforcer son pouvoir. Soit l’une des multiples traces, visibles ou plus discrètes, laissées par cet attentat.

L’Obs

2 réflexions sur “Attentat : Quand de Gaulle était la cible d’une « fatwa chrétienne »

  1. Ping : Attentat : Quand de Gaulle était la cible d’une « fatwa chrétienne » — Fdebranche | MONSITE

  2. de gaulle traitre devant l’éternel lui qui a envoyé des femmes,des enfants,des hommes vers 1 mort certaine en algerie des milliers de morts,assassinés par 1 populace qui avait collaborée avec les français pendant 132 ans,et,qui voulait prouvé son attachement a 1 patrie qu’elle ne voulait pas 6 mois auparavant,le fln avait perdu,l’armée française vainqueur,c’est la 1ere fois qu’1 vainqueur s’avouait vaincu,il faut vraiment être 1 nanar de 1ere pour avoir raté de gaulle au fm,le nom illustre ne vaut rien il est mort pour rien ayant raté sa cible

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