Olivier Roy : l’islam n’explique pas le terrorisme de Daesh

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Si la menace n’était pas aussi grave et les enjeux politiques aussi importants, la querelle entre Gilles Kepel et Olivier Roy n’aurait jamais dû sortir du petit cénacle des spécialistes du monde musulman et de la science politique. Pour le premier, le problème est à chercher dans les dynamiques propres à l’islam, et en particulier dans la montée du salafisme, qui sert parfois de sas de passage vers une action violente. A l’inverse, pour le second, l’islam n’est que l’étendard – ou le prétexte – d’une révolte armée, qui s’est exprimée par le passé au nom d’autres idéologies, comme le marxisme au temps des Brigades rouges italiennes et de la Fraction armée rouge allemande, par exemple.

Cette querelle est lourde de conséquences dans un contexte aussi tendu que celui de la société française, dont les politiques exacerbent les fractures par calcul électoraliste ou par conviction profonde. Car, pour lutter contre daesh et son entreprise mortifère, faut-il prendre des mesures contre les pratiques visibles et fondamentalistes de l’islam ? Ou faut-il s’attaquer aux racines du nihilisme social et politique qui s’exprime à travers les attentats-suicides ?

Conclusions sur l’avenir de daesh

Rien ne sert, explique Olivier Roy dans son dernier ouvrage, Le Djihad et la mort, de chercher dans l’islam les explications à cette violence fondamentalement moderne. « Au lieu d’une approche verticale qui irait du Coran à Daech, en passant par Ibn Taymiyya, Hassan Al-Banna, Saïd Qotb et Ben Laden, en supposant un invariant (la violence islamique) qui se manifeste régulièrement, je préfère une approche transversale, qui essaie de comprendre la violence islamique contemporaine en parallèle avec les autres formes de violence et de radicalité, qui lui sont fort proches (révolte générationnelle, autodestruction, rupture radicale avec la société, esthétique de la violence, inscription de l’individu en rupture dans un grand récit globalisé, sectes apocalyptiques). »

Pour Roy, « le révolté souffre de la souffrance des autres »

Après avoir réfuté les racines religieuses du terrorisme djihadiste, Olivier Roy s’attache à démonter les arguments de ceux qui y voient une révolte politique, à l’instar de François Burgat, pour qui il exprime la révolte de peuples colonisés et opprimés, ainsi que des exclus des sociétés occidentales. En fait, explique Roy, « le révolté souffre de la souffrance des autres ». C’est donc dans la « construction des imaginaires » qu’il faut chercher la clé.

Olivier Roy ne se contente pas d’un plaidoyer démonstratif de sa thèse de « l’islamisation de la radicalité ». Il en tire des conclusions sur l’avenir de l’EI, miné par sa contradiction entre ancrage local et djihad global, mais aussi protégé par les calculs des principaux acteurs du Moyen-Orient. Il termine surtout par un appel à ne pas « rentrer dans le fantasme de Daech » en évitant de faire de l’islam un continuum de Bagdad à Paris et des musulmans une communauté distincte et homogène. Déradicaliser ne sert à rien, explique-t-il enfin, ce qu’il faut, c’est faire éclater au grand jour l’inanité de cette radicalité, la priver de son discours autojustificateur.

Le Djihad et la mort, d’Olivier Roy, Seuil, 170 p., 16 euros

Le Monde

6 réflexions sur “Olivier Roy : l’islam n’explique pas le terrorisme de Daesh

  1. Je rectifie. Ils n’ont pas de foi du tout meme. Elle est juste un support. Elle est prise en otage, mais il n’y a pas l’ombre d’une spiritualité là dedans.

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  2. Le fait que l’Islam ait une dynamique propre (cf. Kepel) n’empêche pas sa rencontre avec des populations diverses qui ont des raisons diverses d’entrer en lutte armée, que ce soit contre une colonisation (ou une impression…) un problème personnel d’intégration ou de narcissisme, etc. De même, il faut aussi que les personnes concernées aient une tendance à la violence. Cette tendance n’explique pas tout non plus, c’est une erreur de chercher une cause unique et d’exclure la nature même de l’Islam. Le Coran a une dimension politique totalitaire évidente, qu’heureusement la plupart des musulmans ne recherchent pas et même que beaucoup subissent.
    Aussi « des mesures contre les pratiques visibles et fondamentalistes de l’islam » n’empêche pas de « s’attaquer aux racines du nihilisme social et politique », en quoi ce serait incompatible ??

    La démarche de Kepel est d’expliquer aux non-musulmans comment Daesh puise dans l’Islam et l’Histoire ses sources idéologiques, pour pouvoir répondre à cette idéologie en connaissance de cause. Il n’y a pas de rapport entre les révoltes générationnelles et les sectes apocalyptiques ; l’autodestruction n’était pas souhaitée par les Brigades rouges, qui n’avaient pas non plus un territoire administré et des ressources régulières et abondantes… Bref, on peut toujours trouver des points communs entre des groupes de gens qui s’unissent dans la violence pour accomplir un but, ce n’est pas forcément signifiant.

    Réfuter « les racines religieuses du terrorisme djihadiste » est un non-sens : le djihad est l’un des piliers de l’Islam ! Sinon on peut dire aussi que l’Inquisition n’a pas de racines religieuses, etc. Burgat dit que c’est « la révolte de peuples colonisés et opprimés, ainsi que des exclus des sociétés occidentales » ? C’est une vision très superficielle. Par exemple les Frères musulmans sont nés en Égypte et n’était pas dans cette situation, tout comme la Libye où s’implante Daesh. Ces gens s’appuient sur les plus pauvres et leur désigne un coupable mais leur dessein est autre et ne prennent JAMAIS de risques eux-mêmes.

    Je n’ai pas lu le livre (et rien ne m’en donne l’envie) mais je ne vois pas de contradiction entre « ancrage local » et « djihad global ». Le catholicisme a un ancrage local (au Vatican/Rome) et une vocation globale… Olivier Roy appelle à ne pas « rentrer dans le fantasme de Daesh » en évitant de faire de l’islam un continuum de Bagdad à Paris et des musulmans une communauté distincte et homogène » ? Mais qui fait ça ? C’est vraiment une idée étrange, il suffit de voir les luttes entre chiites et sunnites. De même je ne crois pas qu’il y ait une seule communauté sur Terre qui soit « distincte et homogène » avec plusieurs centaines de millions de personnes !

    La déradicalisation sert un but curatif individuel, c’est complémentaire d’une approche préventive comme celle que Roy semble préconiser seule.

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    • Ce pauvre keppel cherche des explications dans la Confrérie tandis qu’elle est une entité qui fait de la politique tout l’inverse du djihadisme qui lui est apolitique.
      La Confrérie sait jouer le jeu de la démocratie et s’effacer lorsqu’elle perd les élections comme en Tunisie par exemple.
      Les partis politiques sont certes pas ragoutant puisqu’ils sont conservateurs et bondieusards, mais ils passent par les urnes.
      On pourrait dire qu’ils racolent la meme clientèle à la limite mais ils sont rivaux. Entre prendre les armes ou un bulletin de vote il y a un monde. La Confrérie représente d’ailleurs peanuts.
      Le Qatar s’en est éloigné, la Tunisie à dit non, Au Maroc l’islam politique ne concerne que la code de la famille, en Egypte ils ont été massacrés sous le silence assourdissant de la communauté internationale au bénéfice du dictateur Sissi.
      Bref, la Confrerie ne représente plus que l’ombre d’elle meme. Mais elle n’a surtout pas de rapport avec le djihadisme qui lui est apolitique et qui est soutenu par l’Arabie et des Etats occidentaux afin que des dictatures à leurs bottes restent en place.
      Donc apolitique et donc anti Confrérie.
      Les dictateurs déchus se réfugient d’ailleurs en Arabie.
      L’Arabie ne veut pas que les pays se démocratisent. Elle est anti Confrérie. Sa tete en dépend sans mauvais jeu de mot.
      La cause du terrorisme n’est pas à chercher du coté de l’islam contrairement à ce que l’on veut nous faire croire mais du coté de certains Etats pour des intérêts économiques, stratégiques, politiques. Ce n’est pour rien si l’on accuse l’islam. On n’a des comptes à rendre au peuple lorsque l’on dirige. On lui balance les miettes. Nous armons et soutenons des milices. C’est l’islam puisqu’ils sont musulmans. Les théocraties comme les Etas occidentaux veulent une hégémonie. Guerre froide américains russes. Guerre froide Arabes Iran.

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  3. Non.
    Le djihad n’est absolument pas un pilier de l’islam Sinople.
    Les chiites sont pro Assad. Les sunnites sont la population majoritaire en Syrie. Cependant ils sont discriminés et marginalisés depuis des années.
    Les Assad père et fils ont fait massacrer des milliers de sunnites. La minorité chiite s’octroie tous les bons postes en affaire, et discriminent les sunnites.
    En Irak c’est l’inverse. La population est majoritairement chiite. Le gouvernement américain à fait interdire le parti Baas, le parti de S.Hussein. Le gouvernement chiite a fait également massacrer des sunnites, les a traité comme des étrangers dans leur propre pays, les a incriminé et amalgamé à des terroristes pour discréditer leur demande d’intégration à des postes de décision. Daesh est né suite à l’humiliation et la marginalisation des sunnites.
    Ces milices sont soutenues par des Etats religieux conservateurs, sectaires, et des démocraties anti Assad.
    Les wahhabo-takfiristes sont certes des musulmans, mais il n’y a pas l’ombre d’une spiritualité dans leur foi, elle est identitaire et n’est que cela. C’est un mouvement sectaire.
    Ne pas avoir la meme idéologie ce n’est pas etre de la meme confession.
    Etre musulman sunnite n’est pas le paramètre, le critère. C’est l’idéologie le critère. Ce n’est pas d’islam dont il question donc, mais d’adhérer ou pas à ce mouvement sectaire, la religion n’a rien à voir là dedans, ce n’en est pas une. Et ce n’est pas non plus le seul paramètre de la situation. Elle est la conséquence du délabrement politique, ou d’antagonismes.

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  4. Ping : Bondy Blog, «islamo-gauchistes» : Pourquoi Gilles Kepel doit (rapidement) prendre sa retraite | Fdebranche

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