Ramy, chauffeur RATP, menacé de mort: “On viendra dans les banlieues pour vous égorger”

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Depuis près de 9 ans, Ramy*, à la barbe apparente, se rend chaque jour à la RATP en tant que chauffeur de bus. En près d’une décennie de carrière, jamais Ramy, avant ce 10 mars 2016, n’aurait imaginé qu’une haine aussi aveugle et gratuite puisse se diriger contre lui.

Au moment de démarrer à Gare-Saint-Lazare, Ramy entend un passager du bus qui commence à se plaindre de l’attente. Les commentaires s’expriment avec une véhémence et une hostilité grandissante.

Ramy lui demande de bien vouloir garder ses commentaires. Ce à quoi lui répond le passager Vous me connaissez pas, ne me parlez pas, avant de revenir à la charge: vous verrez dans un an, elle va vous redresser”. Ramy reste silencieux. 10 minutes plus tard, l’individu, descend par les portes arrières.

L’homme ne s’arrête pas à cette évasive menace, puis s’empresse de marcher jusqu’au niveau de la porte-avant pour préciser, enfin, le fond de sa pensée:

Vous verrez dans un an quand Marine Le Pen va passer, on viendra dans les banlieues pour vous égorger”.

L’individu s’éloigne, visiblement satisfait d’avoir extériorisé sa haine.

Ramy s’immobilise et déclenche l’alarme discrète, tendu, il ne se sent pas bien. Une voiture secteur intervient et ramène le bus au dépôt. Après ce premier choc, Ramy doit désormais se confronter à l’indifférence générale des passagers: au moment de demander qui accepterait de témoigner de la scène qui vient de se produire, absolument personne ne réagit.

Ramy est allé au commissariat pour déposer plainte. Il a ensuite contacté le service juridique du CCIF qui l’aidera dans ses démarches juridiques.

10 jours après l’agression verbale dont a été victime Ramy, le mouvement “Printemps Républicain”, rassemblant des personnalités se réclamant « de gauche », relayait le discours suivant lors de son lancement:  “Dans le nord de Paris, il y a une ligne de bus où il est difficile de rentrer si on est pas barbu” #PrintRep:

Après enquête par des journalistes, il s’avérait que c’était une pure polémique sans fondement, comme tant d’autres émergeant cycliquement dans le paysage public français, visant le plus souvent des migrants, des Noirs, des Roms ou des Musulmans.

Pour Ramy, c’est au contraire parce qu’il a été identifié pour son apparence, et notamment sa barbe, qu’il craint désormais de se rendre quotidiennement sur son lieu de travail en tant que chauffeur de la RATP.

*Le prénom est fictif.

Collectif Contre l’Islamophobie

Agressée dans un bus, elle retrouve son sauveur grâce à Facebook

Kaitlyn Regehr Firat Ozcelik agresse bus metro transport blanche racisme turc

Agressée le 6 octobre dernier dans un bus londonien, Kaitlyn Regehr est sauvée grâce à l’intervention d’un autre passager. Lançant un appel à témoins sur Facebook le lendemain, la jeune femme retrouve aujourd’hui son sauveur, un certain… Firat Ozcelik, un Britannique d’origine turque.

C’est après avoir échappé à une agression que Kaitlyn Regehr s’était mise à la recherche de son sauveur pour le remercier. Dans un post publié plus de 86 000 fois, la londonienne s’adresse à son héros :

To the man on the 207 buss towards Acton last night (the tall, dark, and dapper one with the beard), Thank you for…

Posté par Kaitlyn Regehr sur mercredi 7 octobre 2015

« A l’homme du bus 207, vers Acton, la nuit dernière (le grand, brun et élégant avec une barbe),  Merci, d’avoir dit quelque chose quand cet homme m’a attrapée. Merci d’avoir insisté sur le fait que son comportement n’était pas acceptable.

Par-dessus tout, merci de lui avoir demandé s’il avait des femmes dans sa vie, une mère, une sœur… Vous avez dit « Elle pourrait être votre sœur. C’est la sœur de quelqu’un », et ce faisant, vous avez fait de moi une personne. Vous nous avez créé une communauté.

Je ne vous remercie pas seulement parce que vous vous êtes levé pour me défendre, ou parce que vous m’avez fait me sentir en sécurité, mais parce que sur votre trajet pour rentrer chez vous, dans cette ville si grande et potentiellement anonyme, vous avez humanisé l’agression.

Vous n’avez pas détourné le regard. Vous vous êtes interposé. Vous avez dit quelque chose. Car vous aviez raison. Je suis la sœur de quelqu’un. Nous le sommes tous. Et nous, les enfants, devrions tous nous défendre les uns, les autres.

Cordialement,

– La petite blonde avec un chapeau dans le bus 207 vers Acton.

S’il vous plaît, efforçons-nous tous de « dire quelque chose », s’il vous plaît, partagez et aidez-moi à retrouver ce mec génial pour que je puisse lui offrir une pinte! »

Témoignant au site américain Buzzfeed, la jeune doctorante confie : “Il était 22h30, j’étais sur la ligne 207 qui passe par Shepherds Bush, quand un gars m’a pelotée. Je n’ai rien dit, je me sentais mal à l’aise et j’ai changé de place » explique-t-elle. « Je sais que cela semble ridicule, mais j’ai fait ce que font la plupart des femmes, simplement se déplacer et espérer qu’il ne va pas descendre du bus et se mettre à vous suivre ».

C’est à ce moment là qu’un autre passager intervient pour lui porter secours. Un geste pour lequel la femme est profondément reconnaissante.

« J’encourage les gens à suivre l’exemple de Firat »

A la suite de son post sur Facebook partagé de nombreuses fois, Kaitlyn Regehr retrouve et rencontre Firat Ozcelik, l’homme qui lui est venu en aide le jour de son agression.

Last week I made a post in order to find a stranger who stood up for me on a bus. Last night, I got to meet and thank…

Posté par Kaitlyn Regehr sur jeudi 15 octobre 2015

« La semaine dernière, j’ai écrit un post pour retrouver un étranger qui s’est levé pour me défendre dans un bus. La nuit dernière, j’ai pu le rencontrer et remercier ce bon samaritain, en payant une tournée à ce mec génial, Firat.

L’expérience avec ce post a été surprenante et puissante. Je suis reconnaissante envers tous les gens qui ont permis à cette rencontre de se produire, ainsi qu’à la police londonienne qui a beaucoup aidé; je suis surtout reconnaissante envers les nombreuses personnes qui ont partagé leurs propres histoires.

Ainsi, le post est allé bien au-delà d’une personne qui s’adresse à une autre personne dans le microcosme du bus 207. C’est devenu un débat international et intersectionnel.

Firat et moi sommes tous les deux d’accord sur ce point et en sommes très reconnaissants. J’encourage les gens à suivre l’exemple de Firat. À réagir et à s’exprimer, dans le bus 207 et au-delà. »

Daily Mail