Après les attentats, la soirée shit et McDo de Salah Abdeslam avec des lycéens

Le 13 novembre, comme bien des vendredis, Tom* squatte avec ses copains la cage d’escalier d’une des tours de la Cité Vauban à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine. La petite bande de lycéens fume, discute, fait des allers-retours au McDonald’s situé juste en bas pour se ravitailler.
Le soir des attentats de Paris, vers 1 heure du matin, un inconnu débarque au neuvième étage, connu pour être un lieu de trafic de shit. A la main, il tient un menu acheté au McDonald’s, et cherche un endroit calme pour manger et se reposer. Il est « sympa » et passera une partie de la nuit à fumer et discuter avec les lycéens, raconte Tom, que « l’Obs » a retrouvé et longuement interrogé.
Eux ne savent pas qu’il s’appelle Salah Abdeslam, et qu’il vient de renoncer (ou d’échouer) à activer sa ceinture d’explosifs en même temps que son frère et ses amis de Molenbeek. Cet épisode surréaliste contribue à épaissir encore le mystère qui entoure le seul membre vivant des commandos de Paris.
Les joints tournent
Tom, 17 ans et élève en première, se souvient :
« On mangeait notre McDo avec deux copains quand on l’a vu arriver vers 1 heure du matin. Il avait l’air d’un mec normal, qui n’a rien à faire. On a commencé à discuter, il était sympa, alors il est resté avec nous. »
« Il voulait manger puis dormir je crois, alors il a demandé à un gars du McDo d’en bas de lui indiquer un endroit calme. »
A moins que le petit voyou de Molenbeek n’ait demandé un endroit où acheter de quoi fumer du shit. Abdeslam n’a pas très faim et propose ses frites à ses nouveaux amis. Les joints tournent, les têtes aussi. Tom explique encore :
« Il nous a beaucoup parlé de lui, il nous a raconté qu’il travaillait dans la maintenance des trams en Belgique. Il nous a parlé de sa fiancée, il nous a dit qu’il allait bientôt se marier. »
Salah évoque en fait une vie révolue. Il a été licencié de la Stib (les transports bruxellois) en 2011. Trois jours avant les attentats, il a dit au revoir à sa petite amie.
Salah reste de marbre
Au cours de la discussion, les portables des lycéens ne cessent de vibrer : des alertes sur le bilan des victimes qui s’alourdit tout au long de la nuit. Salah ne laisse rien paraître. Il reste de marbre en regardant, derrière l’épaule d’un des lycéens, la vidéo amateur montrant les terroristes du Bataclan tirer sur les forces de l’ordre. Ni exalté, ni atterré, juste « curieux », se souvient Tom.
Vers 4 heures, la petite bande lève le camp. Salah se met en boule, dans un coin, pour dormir. Ses deux copains belges viendront le chercher au petit matin pour l’exfiltrer vers Bruxelles. Ils seront arrêtés plusieurs fois aux barrages mis en place par les autorités après les attentats, mais ne seront pas interpellés.
Deux jours plus tard, les lycéens découvriront, éberlués, le visage de leur étrange compagnon d’une nuit sur un avis de recherche.