Un candidat musulman à la mairie de Londres traité de « radical » et renvoyé à ses origines pakistanaises
A un mois de l’élection du maire de la capitale britannique, le candidat conservateur est accusé de vouloir instrumentaliser la question communautaire. Un moyen de rattraper son retard sur son adversaire, le travailliste Sadiq Khan?

La peur de l’islam comme argument de campagne? Le travailliste Sadiq Khan pourrait devenir le premier maire musulman de Londres aux élections du 5 mai. Alors ces derniers temps, Zac Goldsmith, le candidat conservateur à la mairie de Londres a infléchi sa stratégie et multiplie les insinuations basées sur les origines pakistanaises de son adversaire. Le député tory est même accusé de vouloir attiser des tensions supposées entre Londoniens d’origines ethniques et confessionnelles diverses: Anglo-Indiens contre Anglo-Pakistanais, hindous ou sikhs contre musulmans.
Dès janvier, Sadiq Khan reprochait à son adversaire de le qualifier de « radical« . L’expression table sur deux registres. Il s’agit de le disqualifier en insinuant une proximité idéologique avec le chef du Labour, Jeremy Corbyn, classé très à gauche. « Une contre-vérité, souligne Philippe Marlière, professeur de sciences politiques à l’University College de Londres. Sadiq Khan n’a jamais été proche de l’aile gauche du Labour. »
Mais le travailliste soupçonne surtout son adversaire d’utiliser le terme « radical » pour ce qu’il sous-entend lorsqu’il est attribué à un musulman: au mieux, une vision rigoriste de l’islam, au pire une connivence avec les extrémistes religieux. Sadiq Khan fait pourtant figure d’icône du cosmopolitisme et de la réussite sociale londonienne. Fils d’un chauffeur de bus et d’une couturière, il a fait des études d’avocat avant de rejoindre le gouvernement de Gordon Brown. Pro-européen, il s’est prononcé pour le mariage gay et s’est battu pour empêcher la fermeture d’un pub de sa circonscription populaire de Tooting, rappelle The Economist.
La campagne de Zac Goldsmith a pris un nouveau tour avec l’envoi de lettres et tracts ciblés. Ces derniers s’adressent d’abord aux « Indiens britanniques« , aux hindous originaires du Gujarat ou aux sikhs venus du Pendjab. En soi, rien de très anormal dans cette ville multiculturelle. Mais les libelles insistent en effet sur l’importance d’élire Zac Golsmith « au moment où il est nécessaire de protéger nos rues des attaques terroristes ».
Stéréotypes et préjugés
Dans une réponse envoyée au Premier ministre, Barbara Patel, une biologiste, regrette quant à elle d’avoir été ciblée en raison de son patronyme qui ferait d’elle une hindoue originaire du Gujarat, ce qu’elle n’est pas: « Vous avez essayé, à partir de ces présupposés ethniques, de m’effrayer afin de me convaincre de voter pour Zac Goldsmith » a-t-elle confié au Guardian.
Mais l’usage de l’enjeu communautaire a choqué jusqu’à une élue locale tory qui enjoint, dans le Daily Telegraph, le candidat de son parti à éviter la condescendance envers les minorités.
La stratégie de l’équipe de campagne de Zac Goldsmith n’a pas suffi à entamer l’avance dans les sondages de Sadiq Khan: mi-mars, il récolte 32% des intentions de vote contre 25% pour le conservateur, selon une enquête Yougov. Alors que les priorités des Londoniens sont le logement et les transports, ces manoeuvres pourraient même se retourner contre son auteur.