Jérôme Jamin «L’extrême droite influence les partis traditionnels»

Le professeur belge Jérôme Jamin explique comment les mouvements populistes profitent de la crise des réfugiés et la présence de l’Islam en Europe pour gagner du terrain sans pour autant proposer des solutions valables
Dimanche dernier, l’Alternative für Deutschland (AfD), populiste et d’extrême droite, a fait une percée dans des élections régionales. Début mars, c’était Notre Slovaquie du néofasciste Marian Koleba qui est entré au parlement de Bratislava.
En Finlande, Les Vrais Finnois sont entrés au gouvernement l’année dernière. Les partis d’extrême droite gagnent en effet inexorablement du terrain. Jérôme Jamin, professeur de Science politique à l’Université de Liège, et auteur de L’Extrême droite en Europe (Bruxelles, Bruylant, 2016), décortique le phénomène.
Le Temps: L’extrême droite devient de plus en plus fréquentable en Europe, non?
Jérôme Jamin: On définit un parti d’extrême droite à partir d’au moins trois critères. Premièrement: la croyance fondamentale dans l’inégalité entre les peuples, les cultures, les races et les civilisations et le sentiment que ces inégalités sont une bonne chose, parce qu’elles sont naturelles, et qu’à ce titre, elles ne doivent en aucun cas être altérées. Deuxièmement: le nationalisme est brandi comme un outil pour protéger un peuple supérieur contre des ennemis intérieurs et extérieurs. Enfin, pour atteindre ses objectifs, un parti d’extrême droite tolère l’usage de méthodes radicales pour arriver à ses fins jugées justes, incontestables et indispensables.
– Quelles sont les formations qui incarnent ces critères?
– Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, le British National Party au Royaume-Uni et la Ligue du Nord en Italie rencontrent sans ambiguïté ces critères. La situation est plus complexe avec le Front national français ou le Parti de la liberté autrichien qui ont opéré des changements au niveau du discours. Il en va de même pour des partis qui peuvent avoir une rhétorique très agressive contre l’immigration et l’islam sans avoir historiquement des liens avec le fascisme des années 1930, comme l’Union démocratique du centre en Suisse ou le Parti de la liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas.
– L’extrême droite n’influence-t-elle pas aussi les partis traditionnels?
– C’est réciproque. Depuis déjà pas mal d’années, les partis traditionnels s’emparent de thèmes qui étaient dans les années 1980 exclusivement du ressort de l’extrême droite: immigration, mythe de l’invasion de l’Europe, insécurité et chômage. Je pense surtout au lien en termes de causalité. Plus récemment, les partis traditionnels se sont également emparés de la question de l’islam. Je ne veux pas dire qu’il ne faut pas parler de ces sujets. Je souligne simplement qu’ils sont devenus banals dans le débat public et ils ne suscitent plus l’indignation.
Le Temps