« On peut être nazi, mais un nazi stylé ». Quand les fascistes d’Europe se donnent rendez-vous à Rungis
Samedi 14 novembre, le Gud avait filé un rencard aux partis nationalistes européens, pour refaire le monde et faire la fête près de Paris. Un rassemblement évidemment interdit aux journalistes. Reportage.

Ça déconne sec dans la voiture. Il y a Sophie*, il y a Jean et puis moi, journaliste infiltré. On part tous de la région Centre, pas loin de chez « notre pucelle nationale ». Un bon petit convoi de patriotes en ce samedi 14 novembre. On roule vers Rungis, dans le Val-de-Marne, « un département de bougnes ! » (bougnoules) hurle Edouard, bras tendu. Tout le monde éclate de rire en frappant des mains.
C’est là que se tient le congrès européen du Gud. Le deuxième du nom. Gud pour Groupe Union Défense, syndicat d’extrême droite nationaliste révolutionnaire, célèbre pour ses actions violentes et un temps interdit.
Au programme, une ribambelle de groupes de l’ultra droite européenne. En Guest Star ? Aube Dorée, la sulfureuse bande néonazie grecque. A part ça, des groupes d’Italie, d’Espagne, de Chypre, de Belgique, de Russie, d’Afrique du Sud, et avec, son cortège de militants.
Jean, 21 ans, les phalanges déjà abîmées
Forcément, tout le monde est impatient. Surtout Jean. Il a envie d’en découdre. Traduction : des ratonnades. Jean, c’est le plus excité de la bande. Il est tout jeune, 21 ans, les phalanges déjà abîmées, quelques bagues au doigt et des marques de la tête aux pieds. Bien sapé. Le mois dernier, il a failli se faire la nana « d’un enculé de nègre ».
« On peut être nazi, mais un nazi stylé. »
Et c’est parti pour une séance de saluts hitlériens sur fond de musique punk glorifiant le Maréchal Pétain.
Entre blancs
On arrive vers 12 heures. Déjà une centaine de personnes présentes. Des jeunes, des vieux, des femmes et des gamins. Beaucoup de tatoués, surtout des crânes rasés, tous ou presque habillés de sombre. J’aime pas les clichés mais là, il y a une belle photo à faire. Ça fume des clopes, ça boit des bières et mange des saucisses « 100% porc ».
Ça discute attentats de la veille mais pas trop.
C’est la guerre là, il faut prendre les armes. On a la chance d’être entre blancs donc parlons-en … », propose un ancien qui n’a pas le temps de conclure.
Tout le monde se retourne. Stupéfaction. Voilà qu’arrive Logan Dijan, leader du Gud. Un tatouage qui ressemble fort au blason de la division SS Charlemagne sur le bras gauche. Il donne quelques consignes, un peu tendu. Dit qu’il ne veut pas en voir certains traîner ici. Tu m’étonnes, début octobre, il a cogné l’ancien leader du Gud à son domicile. Une castagne qui l’a envoyé éphémèrement derrière les barreaux.
« Pas de poing américain, pas de couteau ? »
Elam ouvre la première partie consacrée à l’actualité européenne. Elam, c’est un parti chypriote grec se vantant d’être « l’Aube Dorée » de Chypre. Il faut « reconquérir les territoires », lance-t-il, et « retrouver la liberté avec les mains et le sang ». Dans leur cas, expulser les turcs de l’île. Les gens hochent la tête, ça plait, applaudissements nourris dans une ambiance quasi militaire.
Au tour de Casapound de s’exprimer, parti fasciste italien, et de son leader, Gianluca Iannone, un géant à la longue barbe poivre et sel façon cascade de ruisseaux. Lui aussi dira de l’immigration que c’est un « venin ». Idem pour Aube Dorée juste après, qui rendra même hommage à ses militants emprisonnés. Rien, pour les victimes de l’attentat qui a frappé Paris la veille. Rien, à part qu’ils l’avaient « prévu », tous.
Surtout Hervé Van Laethem. C’est le fondateur de Nation, un mouvement identitaire belge prônant la rémigration. « avant-garde de l’Europe et premier rempart contre le Djihadisme ». Et jure que « l’Europe vaincra ».
Oui, mais comment ? Au tour du Gud d’apporter un fragment de réponse dans son « plaidoyer pour une jeunesse rebelle ». « Les peuples blancs de la planète doivent s’unir (…) car nous ne sommes pas tous égaux », avance le jeune porte-parole.

Fans de la Wehrmacht et de Jean-Marie Le Pen
En parlant d’arme, Jean veut me montrer quelque chose. Ça tombe bien, c’est la fin. Il file vers sa voiture, ouvre sa boîte à gants et brandit façon trophée une matraque télescopique « toute neuve ».
Près du stand de livres, là où ça vend du Robert Brasillach sans trompettes. A l’écart, là où des skins écoutent un chant de la Wehrmacht sous un ciel vidé d’étoiles. Dehors, où on adule Jean-Marie Le Pen au terme d’une journée sans soleil. Là près des toilettes, où sa fille « Marine est une pute » et le FNJ « une bande de bourgeois sans consistance ». Dans la salle des concerts, où une jeune femme fluette arbore un t-shirt « 88 » (pour « Heil Hitler »). Là enfin où des bras se lèvent comme des grues, formant un essaim de saluts nazis bourdonnant au rythme des basses.