« Il existe en France une culture ambiante du viol »

Selon une enquête publiée ce mercredi, de nombreux Français minimisent encore la gravité d’un viol. Présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, la psychiatre Muriel Salmona livre son analyse après cette étude.

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L’étude, commandée par l’association Mémoire traumatique et victimologie, révèle ainsi que, pour 4 Français sur 10, la responsabilité d’un violeur est atténuée si la victime a une attitude « provocante ». Et lorsque celle-ci a une tenue jugée « trop sexy », ils sont près de 3 Français sur 10 à trouver des excuses si ce n’est une justification au crime.

De même, 19% des sondés reconnaissent qu’il leur arrive d’interpréter le refus d’une femme de s’adonner à une relation sexuelle comme un consentement non avoué. Tout aussi grave, 24% d’entre eux méconnaissent la loi en pensant qu’une fellation forcée ne rentre pas dans la définition du viol. Pour Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association à l’origine de l’étude, il existe une « culture du viol » en France: les coupables ont un sentiment d’impunité, tandis que les victimes culpabilisent. 

Pourquoi avoir commandé cette enquête? 

Chaque année, le nombre de viols explose alors que seules 10% des victimes déposent plaintes et seuls 1% des auteurs sont condamnés. Il y a une tolérance persistante à la violence et une mise en cause des victimes.

 

Comment expliquer la persistance de ces préjugés sur le viol? 

Il y a plusieurs facteurs. D’abord, il existe, en France, une culture ambiante du viol, dans laquelle prédomine une vision prédatrice de la sexualité. Les victimes sont déconsidérées.

Quels sont les mécanismes qui alimentent cette culture du viol? 

Je pense que la pornographie a un effet négatif chez les plus jeunes. Ce sont eux qui sont les plus soumis aux idées reçues sur le viol, en raison d’un manque d’éducation à la sexualité, au consentement et au respect de l’autre. La violence est perçue comme exaltante et non comme destructrice.

Il y a aussi ces références culturelles, dans le cinéma ou la littérature, comme dans la saga 50 Nuances de Grey, où les stéréotypes sont omniprésents. Les femmes y sont présentées comme passives, ne sachant pas ce qu’elles veulent. Comme si c’était un jeu de les faire céder. Tout ceci contribue à banaliser la sexualité brutale.