USA: Comment le viol est devenu un rituel et une culture dans les fraternités étudiantes

Une fille sur cinq est victime d’agression sexuelle sur les campus américains titrait « The Guardian » à la rentrée 2014. Les garçons, membres d’une fraternité sont quatre fois plus amenés à commettre un viol que les autres. Et la récente affaire de Brock Tuner, cet étudiant de Stanford accusé d’avoir violé une jeune femme, vient remettre sur le tapis un problème très ancré au sein de ces fraternités estudiantines : la ritualisation du viol.

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Loin du nid familial, ils font la fête, se droguent, boivent et…certains violent des étudiantesL’affaire « Brock Turner » – comme on l’appelle maintenant outre-Atlantique où l’on ne parle plus que de ça – qui a éclaté début juin 2016 a enfin bousculé cette néfaste hypocrisie.

Un soir de janvier 2015, Brock Turner, 20 ans, étudiant bien sous tout rapport à Stanford et meilleur élément de l’équipe de natation de la fac qui lui prédit même un avenir olympique, fait les quatre cents coups à une fête organisée par une fraternité (Kappa Alpha). Au cours de la soirée, il repère une jeune fille enivrée, quasi inconsciente, qui était simplement venue rire un peu, danser, bref s’amuser, accompagnée de sa sœur. Il l’emmène derrière une benne à ordures et la viole.

Mais pourquoi cette histoire remue autant les États-Unis ? Dans un pays où une tentative de viol est commise toutes les deux minutes et demi (selon les statistiques de Key Facts), cette affaire sordide aurait pu malheureusement tomber dans l’oubli.

Mais c’est surtout la sentence du procès – rendue le 4 juin 2016 – qui a provoqué le plus de réactions. Alors que Brock Turner encourait jusqu’à 14 ans de prison, il n’a finalement écopé que de six petit mois dont trois fermes. Le père de l’accusé lui, ne manque pas d’arguments pour défendre son rejeton. Dans une lettre rendue publique par Michele Dauber, professeure de droit et sociologue en charge depuis plusieurs années de la modification du règlement intérieur de Stanford, il dit trouver la peine trop dure pour seulement « 20 petites minutes d’action ».  Des propos ahurissants qui soulignent un problème plus profond : la culture du viol omniprésente sur les campus américains et en particulier dans les fraternités.

La tradition de l’humiliation, du « bizut » à la femme violée

Redouté par les « petits nouveaux » et combattu par les figures d’autorité, le bizutage a toujours trouvé droit de cité dans les fanfaronnades estudiantines.  Car la fraternité veut par tous les moyens rejeter la féminité.

La culture du viol dans les fraternités entraîne alors une négation de la culture elle-même. L’auteur du Bucher des Vanités autopsie brillamment et ce pendant près de 1 000 pages, ce que sont devenus les campus américains, antres des élites transformées désormais en lieux de débauches où on ne pense qu’à baiser.

Le rituel du viol collectif

Peggy Sanday s’est intéressée tout particulièrement aux viols collectifs qui, sur les campus, sont généralement commis par les membres des fraternités. Ces « gang bang » ont tous la même organisation : au cours d’une fête, une femme est amenée à l’écart par un frère qui est ensuite rejoint par plusieurs de ses camarades. 

Exactement le cauchemar qu’a vécu Jackie, étudiante à l’université de Virginie, qui avait eu le courage de relater son calvaire dans les pages du magazine Rolling Stones en 2012. Lors de sa première soirée sur le campus, elle a été violée en « train » – comme ils disent – par sept membres des Phi Kappa Psi. Selon son témoignage, ce viol en groupe était vu comme un rite de rentrée.

Elle raconte qu’au moment où l’un de ses agresseurs a hésité à la pénétrer, elle a entendu l’un des autres lui lancer : « tu ne veux donc pas être frère ? », comme une menace.

Le viol est donc totalement ancré dans la vie sociale de la fraternité. Les frères en font l’éloge dans des chansons paillardes. En 2014, une fraternité de Georgia Tech publiait même, sans aucun scrupule, un « guide du viol ». Pire encore, en 2010, une fraternité de Yale – surnommée l’usine à viols – a choisi pour slogan : « Non, ça veut dire oui. Et oui, ça veut dire sodomie ».

Vanity Fair

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