BarakaCity, l’ONG islamique soupçonnée de tout et poursuivie pour rien

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« On a eu pour instruction de ne plus parler aux journalistes après l’incident qui s’est passé la semaine dernière sur Canal+. » Deux salariés de BarakaCity quittent les locaux de l’ONG islamique, à Courcouronnes (Essonne), lundi 1er février, à bord d’un grand monospace. Il est 9h30. Ils partent « en déplacement » et précisent que personne ne va ouvrir les portes de l’association à francetv info : son président, Idriss Sihamedi, n’est pas là et il ne reste « que les fundraisers », des leveurs de fonds.

Effectivement, la porte des locaux de l’ONG, créée en 2010 dans le Val-d’Oise, reste close. Ce n’est pas une surprise. Joint par téléphone, la semaine précédente, le responsable cette association, qui compte 23 membres, dont trois femmes, avait déjà prévenu qu’il ne souhaitait plus recevoir de journalistes. « A la rigueur, si je dois m’exprimer face à des médias, je ferai une conférence de presse, lors de laquelle on pourra me poser les questions les plus folles, les plus farfelues. J’y pense », imaginait-il.

Une prise de position hésitante… mais justifiable

Idriss Sihamedi a fait polémique lors de l’émission « Le Supplément », dimanche 24 janvier sur Canal+. Invité pour évoquer le cas de Moussa Ibn Yacoub, un salarié de l’ONG emprisonné au Bangladesh, le dirigeant de 31 ans s’est montré particulièrement hésitant lorsque le chroniqueur Azzeddine Ahmed-Chaouch lui a demandé s’il condamnait les exactions de l’organisation Etat islamique (à partir de 13 minutes et 20 secondes sur la vidéo).

« Je n’ai pas condamné fermement leurs violences parce que je ne voulais pas mettre en danger les équipes de BarakaCity en Syrie », explique le président de l’association à francetv info, comme il l’a fait dans une tribune sur Facebook puis une longue vidéo postée le 28 janvier.

Un argument « tout à fait compréhensible » pour une grande ONG française contactée par francetv info, qui préfère ne pas être identifiée. « Pour travailler dans une zone, il faut être en contact avec tout le monde. Si on vous laisse un espace de travail et que vous êtes trop virulent, on peut vous chasser. Il faut donc être prudent pour ne pas compromettre son assise opérationnelle », argumente-t-elle.

Trois perquisitions en 2015… pour rien

Ce n’est pas la première fois que BarakaCity fait parler d’elle. L’association est apparue dans la presse au moins trois fois en 2015, pour des perquisitions.

La première survient le 11 février. Ce jour-là, l’ONG célèbre le départ de vingt ambulances pour la Syrie en les filmant avec un drone. Mais le pilote de l’appareil est interpellé avant qu’une trentaine de policiers ne débarquent dans les locaux. Ils pensent trouver une mosquée clandestine et fouillent la « mosquée personnelle » de l’organisation, précise BarakaCity au Parisien. Mais les forces de l’ordre ne découvrent rien de suspect.

L’autre perquisition a lieu deux semaines après les attentats du 13 novembre, au domicile de Samir Oueldi, ancien développeur informatique de l’ONG. Les policiers ne trouvent rien. Contacté par francetv info, l’informaticien indique qu’il n’a pas eu de nouvelles des autorités depuis et qu’il compte saisir le tribunal administratif « pour rendre caduque la perquisition », « même si ce n’est que symbolique ».

Les forces de l’ordre reviennent frapper à la porte de BarakaCity le 26 novembre. « Il existe des raisons sérieuses de penser que [dans ses locaux parisiens] se trouvent des personnes, armes ou objets liés à des activités à caractère terroriste »indique le préfet« Ils cherchent de la drogue et des armes dans un bâtiment de 1 700 m2 mais viennent sans chien ni équipe scientifique ! » commente alors auprès du Parisien le président de l’ONG. Encore une fois, les policiers font chou blanc.

Des versements suspects… mais en règle

En plus d’être dans le viseur des forces de l’ordre, BarakaCity est également dans celui des banques. En 2014, 700 000 euros de versements vers l’étranger, dont un de 200 000 euros vers la Palestine, sont signalés. 

L’organisme Tracfin, qui dépend de Bercy, se saisit de l’affaire. Finalement, les transactions sont en règle, selon le parquet d’Evry, précise Le Parisien. Mais le mal est fait : la Société générale et le CIC ferment les comptes de BarakaCity en avril de cette année-là, sans justification, comme la loi les y autorise. L’ONG brasse pourtant beaucoup d’argent. Elle affirme avoir levé 16 millions d’euros en six ans d’existence, dont un million en seulement une semaine en 2013. Des sommes venues presque exclusivement de donateurs privés, dont de célèbres footballeurs, se vante l’organisation. « Nos comptes sont contrôlés et validés par un commissaire aux comptes. Tout est clair », se défend Idriss Sihamedi.

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